‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 166 sur 169 · DANTE HÉRÉTIQUE · texte numérisé non relu

DANTE HÉRÉTIQUE

révélatrices^ jelne puisse en accepter les conséquences ; et les contemporains du Dante ne les accepteront pas non plus, eux qui surent aussi reprocher à son ami Gavalcanti de déraisonner sur la mortalité de rame.

Aussitôt que Dante fut mort, vêtu, comme il Tavait demandé, de rhabit de franciscain , on dit que le cardinal du Poyet chercha à troubler ses cendres.SCe du Poyet, mauvais prêtre et mauvais général, qui n*apportait pas en Italie les bénédictions du pasteur, mais en commandait les armées pour la dévaster, devait abhorrer le Gibelin qui n'épargna jamais les reproches aux papes , et qui , dans la Mo» narchiCy proclama des principes diamétralement opposés aux libertés guelfes et à la suprématie de la pensée sur l'épée. Mais les derniers événements m*ont du moins appris à distinguer ce qu'un homme a fait de ce qu*il voulait faire; et certainement du Poyet ne troubla point les cendres du grand Italien, bien que ce soit un lieu commun de répéter qu'il votUait le faire. Dante, tant qu'il vécut, «invoquait matin et soir le nom de la belle fleur, » c'est-à-dire de Marie (Parad. 23). A peine mort, sa chère Florence, la capitale du parti guelfe, le faisait lire et commenter ; et où ? dans l'église et le dimanche; et par qui ? par Boccace, qui était, dites-vous, en communauté de doctrines avec le poëte^ et qui pourtant ne nous a laissé rien de plus clair.

L'image de Dante fut peinte à Sainte-Marie del Flore, et son voyage, dans la cathédrale d'Orvieto et le Gampo Santo de Pise ; un archevêque de Milan établit une chaire , où deux philosophes et deux théologiens devaient l'expliquer; au concile de Bâle, un cours était fait sur la Divine Comédie. Enfin Raphaël Sanzio, par commission d'un pape, . et lorsque la réforme religieuse se trouvait dans toute sa chaleur, devait peindre Dante dans les salles même du Vatican, parmi les grands saints qui couronnent l'autel du Saint-Sacrement.

Que veut|dire cela ? que TÉglise et les prêtres, dans Yinepte et féroce moyen âgCy c'est-à-dire alors qu'ils avaient en main les jugements et la force pour les faire exécuter, se montrèrent moins intolérants que ne cherchent à l'être quelques individus de nos jours, lesquels , réduits uniquement à la plume, veulent au moins avec elle soutenir le droit de la persécution et l'opportunité de i'intoléranee. Laissons-les dire, cher Aroux, et, si jamais vient le temps où ces écrivains soient obligés de se réfugier derrière la tolérance, réservons-nous la oonso- ]ation]de ne pas l'avoir reniée, même alors qu'on nous en faisait on crime. D'ailleurs vous êtes persuadé qu'on sert mieux une cause en montrant qu'elle fut embrassée par les penseurs et les hommes illustres, qu'en scrutant des paroles et des actes, afin qu'ils accusent d'in- ' fidélité ceux-là même qui firent de leur génie un hommage docile à la vérité.

Néanmoins, si nous voulons trouver l'hérésie dans Dante, voyons-la

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dans la colère qui Tiospira ; dans les antipathies quMl suscita entre les villes d'Italie , en préparant des noms de blâme pour s*insulter avant de s^égorger ; dans le droit qu'il s'attribua de prononcer des peines éternelles par rancune , ou du moins en yertu de jugements privés , oubliant que a le ÙmsX n'est pas là où il n'y a point de charité. »

Recevez» etc.

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