‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 17 sur 169 · MYSTÈRES · texte numérisé non relu

MYSTÈRES

Néanmoins les représentations théâtrales se renEermaient de préférence dans les sujets sacrés, et s'appelaient, selon la matière, histoires, exemples, spectacles, mystères, vie, martyre* La plupart étaient écrites en octaves, et se divisaient, non ea actes et scènes, mais en journées ; outre les intermèdes, toujours chantés, elles se récitaient avec une espèce de cantilène, au milieu d'un riche appareil de machines, de perspectives, de tableaux magniflques, de ballets, de joutes, travail des meilleurs artistes. Des jeunes gens des confréries, auxquelles s'affiliaient les grands seigneurs avec les pauvres, remplissaient les rôles d'acteurs. A Home, on donna la Passion du Christy œuvre de Julien Dati , Bernard Antoine Romano , et Mariano Par- .tic^pa; à Florence, la Représentation et fêle d'Abraham et d'Isaac son fils, de Feo Belcari ; à Modène, les Miracles de saint Géminien, Bernard Pulci fit Barlaam et Josaphat; Antoine Alamanni, la Conversion de Madeleine; Roselli, Sarnson; Lauroit de Médicis, la Représentation de saint Jean et Paul, où sont retracées les luttes du christianisme contre Thypocrisie de Julien. Cionelli, dans ses notes sur les poésies de ce Laurent, compte soixante-sept de ces drames imprimés, dont la collection la plus nombreuse se trouve dans la bibliothèque palatine de Florence.

Le peuple aimait avec passion les farces et les scènes railleuses; à mesure que les dialectes nouveaux se développaient, il s'introduisait un personnage burlesque chargé de parler dans ces idiomes et de personnifier le caractère des diverses populations italiques. La savante Bologne fournissait son docteur; Venise, Pantalon, honnête négociant; Bergame, le gai Arlequin ; Naples, le spirituel Polichinelle, Coviello, Pulcarielio et d'autres (1), qui, le visage barbouillé de suie, chaussés à la campagnarde, amusaient le peuple et faisaient rire les cités, ennemies ou rivales, les unes aux dépens des autres. Les baladins plurent longtemps, parce qu'ils faisaient usage du parler rapide et spontané du peuple, au lieu du langage artificiel des lettrés; du reste, une foule de charmants souvenirs se rattachent au premier, aucun à Fautre.

Nos aïeux connaissaient les jeux de hasard, passion violente

(1) Tels furent le don Pasquale et le Gassaodrino des Romains, le Stenterello et les Pasquale des Florentins, les TrairagUni des Siciliens, les GiovanelU des Messinois^ le Gianguigiolo des Calabrais, le Bdtrame des Milanais, derean ensuite le Meneghino, le Girolamo et le Gianduja des Piémontais, etc.

des Germains 9 avant même cpi'ils sortissent de lears forêts sauvages. UÉglise et les communes essayèrent en vaiii de les empêcher : mais quelques républiques voulurent en faire un objet de spéculation^ en donnant à ferme le droit de tenir des maisons de jeu ou trip4)ts; Venise en concéda le privilège à ce Barattiere qui éleva, dit-on, les colonnes sur la Piazzetta.

Dans un édit du mois de janvier 1448, il est fait mention de la loterie, lorsque (invention de Christophe Taverua, banquier de Milan) on proposa sept bourses au sort; la première de 100 ducats, la seconde de 75, et les autres avec une diminution pro* gressive. Chaque mise coûtait 1 ducat ; dans une réclame, on exhortait chaudement à profiter de cet insigne bienfait de Dieu, à ne point laisser échapper l'occasion de s'enrichir à si peu de frais, tant est vieux Tart de duper le pauvre peuple. Cette loterie fut connue en Italie sous le nom de borse délia ventura (bourses du hasard); puis en, 1550, elle s'établit régulièrement à Gênes avec tant de profit pour les entrepreneurs que la république leur imposa une taxe de 60,000 livres génoises, augmentée successivement, si bien qu'en 1730 elle en tirait 360,000. Les autres gouvernements, pour empêcher l'argent de sortir du pays, s'empressèrent de l'imiter (1). Clément XI exclut, par une bulle sev^^ la loterie de ses États, condamnant aux galères les contrevenants, et disant qu'il voulait délivrer les peuples de cette sangsue pernicieuse; mais, sous Innocent XIII, on ajouta, dans la loterie de Rome, une augmentation de 20 pour 100 sur les ambes et de 80 sur les ternes. Cet impôt immoral se propagea; enfin tous les pays qui ne veulent pas sacrifier la moralité des sujets à un lucre sordide l'abolissent maintenant.

Les échecs, invention orientale, sont mentionnés souvent, et peut-être les croisades les introduisirent en Europe (2). L'an-

(1) On Toit par les DiarJ de Marin Sanuto, vol. XXXII, fol. 341, que la loterie fut m usage à Venise et désapprouvée.

Tonti, binquier italien qui s*établit en France en 16&0 , imagina une loterie aKmentée par le produit du péage que Ton payait sur le PontpRoyal de Paris , constniit par des aetionnaires ; les recettes étaient distribuées entre les surviîaots de ecs actionnaires jusqu'à la mort du dernier. Les actions , de 4S livres dMcooe, étaient au nombre de cinquante mille; telle fut Torigine des assu- Tuees sur la vie, qu'on appela tontùuj. Au moyen de combinaisons semblables, OB oonatruisit Saint-Louis^ Saint-Roch, Saint'Nicolas, la coupole du Panthéon et d'antres édites.

(2) Saint Pierre Damiani, liv. i, ép. 10, reproche aux ecclésiastiques leur

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tiquité classique ne parle jamais des catrteS» dbnt Tusage, a^éc leurs combinaisons ingénieuses, qui faisaient dire à Leibniz que les hommes n'avaient dépensé en rien autant d'intelligence que dans les jeux, nous annva de TOrient par l'Espagne. Le luxe envahit de bonne heilre cette vanité; Philippe-Marie Visconti^ en 1430, payait quatorze cents pièces d'or un jeu de cartes peint par Marziano deTortone. tuis, afin de pouvoir satisfalt^e pat le bas prix aux demandes (froissantes^ on imagina de les imprimer au moyen de tablettes , qui fùreht un acheminement à la plus grandiose des découvertes modernes, l'imprimerie.

Ce nom nous rappelle un nouveau genre d^occupatîons ou passe-temps^ qui firent les délices des Italiens d'alors. Au milieu d'une si grande disette de livres, bien peu d'indixidus avaient pu se procurer le plaisir de la lêcliire; néanmoins on recherchait beaucoup les romans, dont la plupart venaient de France, et qui étaient parfois traduits en italien, mais plus souvent imités. Les gens honnêtes fuyaient celte lecture, et Guillaume Ventura d'Asti, par son testament, recommandait & ses fils de la haïr comme il avait toujours fait lui-même (!). Boccace oppose à l'hypocrisie de la veuve, dans le €orbaccio, le conseil de s'abstenir de tes récits, et Dfinte en signalait lé danger dans t'rançoise et Paul, que le plaisir de lire les amours d'ïseult et de Lahcelol avait entraînés au péché. Le beau mondé, au contraire, en faisait ses délices; Michel- Aiige Trombetti, dans un poëme sur les gestes d'Ugo, comtje d'Alvemia, en 1488, poème qui se trotive manuscrit à la bibliothèque Laurentienne , désigne les romans de

passion pour la chasse, les dés et les échecs, qni changent oii préttle eà nkiaie. Cortusio {Rer. it, Sa^u XII» 73) dit qae le seigneur Rizardo de Gamicooy à la manière des nobles^ jouait aux échecs pour sVunuser. GAlvano Fiamma écrit que les nobles jouaient aux dés et aux échecs. Dans le Statuto deU'arte tti Cû' iimaia, au livre II, parag. 6, on trouve une prohibition des jeux de hasard, sous peinfe d'une aoieiide de dix livres ; il n'y a exception que pour les échecs, et durant le jour. Le statut de Pise de 1284 défend aussi les jeux, sAuf, et peadant le canSme, les échecs, le jeu des boules, etc. Pascasio Giudico, médecii»-vaya0éur du sdiième siècle, passant à Pavie, y écrivit un traité Des jeux de kasttrd tî et la nudadie de/\»tftr dé Varient » buvrage où il tente de te guérir lui-néBue ^ mais en Vain. Au milieu d'une foute d*aneodotes, ii raconte qu'un Vénitien jnaa sa Aarome, et qu'un autre, qui avait joué toute sa vie ^ voulut même contiauer après sa mort, en ordonnant qu'on revéUt de sa peau une table de jeu, et qu'on fit des dés avec ses os»

(1) Fabulas scriptas in lihris, qui Ramanzi "vacaniur, vitan rie^ewl^ ^uùt temper ûdio kùhd, (Rer. R. (Soript. XI.)

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