ROUTES AMÉLIORÉES
Les villes et les bourgs^ à mesure qu'ils s'affranchissaient , cherchaient à favoriser le commerce. La sécurité des routes^ l'exemption de certains péages et la modération de tous sont toujours stipulées dans les premières chartes communales; il n'y a pas de statut qui ne pourvoie à l'entretien des routes, même avec des magistrats spéciaux. On obtenait des châtelains, à prix d'argent, qu'ils ne molestassent pas les marchands et leur fournissent des escortes; quelques-uns même se constituaient les garants des dommages que les étrangers souffriraient sur leurs terres, tant on craignait de voir les négociants prendre une autre direction, et de perdre ainsi le gain retiré du passage et des logements. Dans l'intérêt commun des échanges, les villes oubliaient leurs animosités; on instituait des trêves mercantiles, des lieux de franchise et de neutralité. En 1182, les consuls promettent sur leur territoire sécurité et prompte justice aux marchands et aux personnes de Lucques (1). Les Crémonais et les Brescians juraient une paix, avec obligation pour les deux villes de s'accorder mutuellement le passage: excepté les mardiands de pays hostiles à l'une ou à l'autre cité, les personnes devaient être respectées sur les routes; la monnaie des deux peuples alliés aurait cours dans les transactions réciproques, avec promesse de n'en pas détériorer la valeur intrinsèque, si ce n'est avec Tautorîsation du podestat et du conseil (S).
£n 1215, les Yercellais faisaient un traité avec les Milanais, par lequel ceux-ci s engageaient à n'exiger d'eux, pour les biens ou les personnes, aucun péage sur le pont que Ton construisait
(1) Anùq, Af. JE. dûs. XXX. — Ici les marchands sont considérés comme un corps; en effet, ils fondaient à Lacques, en 12C2, Thôpital de U Misérioorde.
(2) Ap. Caru, Zeeclie d^llaiia, t. II, p. 173. — - En 1308, les Florentins écrivaient à U commune de Lucques : Quia deslderamus quod commune nostmm tUiiderium, quod inesi nobis et vobis, felicem sortiatur effectum^ tracta^ non est smpe sœp'uu de coneordia eum nostru mercatonbuM per vos fadênda, circa spectantia adpostagia et gabellas, etc. (Archives historiques, t.TI,p. 16.) On y trouve, à It page 20, que, cette année, les UgoloU et les Nerli, Florenttqi» avaient fait une société à Halle de Souabe pour battre la monnaie de ce pays.
L*année suivante, cinq balles de draps dorés et uue de perles, d*anneaux, de «Iraps, de livres et autres objets précieux, appartenant i des marchands de Florence, furent volées, dans le trajet de Venise à Reggio, par Ilo de Cannola et Nicolas de Luni et leurs complices ; aussi la commune de Florence priait la commune de Reggio d'inter\-enir pour les faire restituer, en lui disant qu'elle retirait beaucoup d'honneur et de grands avantages du passage des marchauflorentines (p. 24). On y rencontre d'autres plaintes semblables.
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à Casale sur le Pô. La commune d'Alexandrie, en 1217^ affranchissait les Vercellais de celui qu'ils payaient à Beale[i). Le marquis Pelavicino^ Buoso de Dovara^ la commune de Crémone d'une part, et dé Pautre Azzo d'Esté, Louis, comte de Vérone, et les villes de Mantoue, Ferrare, Padoue, en s'alliant pour renverser Ezzelin, convinrent que, malgré la guerre, mercaiores de Tascia semper secure possint ire, redire, stare, conversflri cum persanis et mercibus per civitates et territoria MarUuXy Ferrariœ, Paduœ.
En 1262, Vicence, Padoue, Trévise, Vérone, juraient de ne pas sMnquiéter mutuellement et d'assurer les routes aux voyageurs et aux négociants. Jean Liprande et Henri d'Arcore, syndics des marchands de Milan, se plaignaient en 1276 à Philippe, comte de Savoie, à cause d'une surtaxe (surrepsio) mise par lui sur les marchandises qui traversaient ses États : ils stipulèrent combien il devait prendre pour chaque balle de laine de Milanais qui passerait sur son territoire, et pour le péage d'hommes et de chevaux à Villeneuve, au Ghablais, ailleurs, la béte que montait chaque marchand ne payant rien ; les marchands, à leur tour, juraient de ne pas faire les balles plus grosses que de coutume, chacune devant être de huit pièces de drap de Chàlons, de dix pièces de drap vergé de Provins, ou d'un poids équivalent; ils promettaient en outre d'engager les négociants d'Italie qui se rendaient aux foires de Champagne et de France à passer, aller et retour, par les terres de ce comte, lequel, de son côté, les garantirait pendant ce trajet par un sauf-conduit (2).
Les communes limitrophes se mettaient d'accord pour améliorer les routes, comme firent, en 1204, Turin, Chieri et Testona; Pistoie et Bologne, en 1298, pour ouvrir celle de la Porretta. Bergame et Brescia, eu 1219, convinrent de réparer la route de Palazzuolo, et de s'indemniser réciproquement des pertes que les brigands leur feraient éprouver sur cette même voie. En 1232, Boniface, marquis de Montferrat, s'engagea envers la commune de Gênes à tenir en bon état celle d'Asti à Turin, sans exiger d'autre péage que six et demi par charge, et rien pour les hôtes non chargées; il promettait d'obliger les cbfttelaina et les nobles dont elle traversait les terres, à l'entretenir, à
(1) Montan. hitt. pairiœ, Cibart. I.
(2) Monum. hht. pûtHœ, 1601.
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la surveiller, avec défense d'introduire aucun noauvais usage (i)« A la paix de 1279, Vérone^ Mantoue çtBrescia décidaient qu'une route serait ouverte entre ces villes, passant par Peachierj^^ Godio, GuidizzolOj» Montechiaro, qui rentretiendraieat, et qu'elle aurait pour surveillants dix cavaliers par comn)UQ6 avec trou capitaines choisis parmi des marchands et des bomn^e? de bonne réputation. En 1333, FranchinoRusca, seigneur de Jft cûmmuw et du peuple de Côme^ conclut avec les hommes de Blegno un traité, par lequel ils prenaient Tengagemant de tenir en bon état et de surveiller les routes qui traversaient la Leventine, et d'9^ der les Gomasques contre quiconque les infesterait.
De fréquentes conventions sont faites dan$ un but pareil; pour uc citer qu'une seule république, Florence conclut d^tns une courte période divers traités de cette nature: en 1201, avec Fortebraccio de Grecio et d'autres comtes Ubaldini de Mugello, qui s'obligent à défendre les Florentins et leurs biens, au moyen de guides et d'escortes, sur toute l'étendue de leur territoire, et môme à les indemniser de leurs pertes durant ce trajet (4) \ en 1203, avec les Bolonais, pour cesser mutuellement les représailles; en 1250, avec Pise, pour se reconnaître I9 franchise renoulée fréquemment; en 1281, avec les Génois, pour stipuler le libre transit môme par terre, Texemption de droits d'entrée au pay$ de Fabriano, sous la promesse de garantir toutes les marcbftn-
(1) JfoiMH». hist. /Mirii», Cl|art. n, 1378. Là sont atusî les promesses faites ptr d*aatiiis feiidatabcs au marquis de tenir cette route en bon état.
Les Tortonais et les Génois, en 1333, stipulant d« consarvar 1a routa de Gavi à Serravalle^ Un qttod non rumpetur^ n9C in m offên^etur pêr komUtct JurUdi^ etïonîs Terdonœ.,. et si contra fier et ^ commune T^rdonte faciet dçnmum fmendéwi^ vel iilud emendabit, et hoc donec contraria voîuntas communis Terdonœ apparefêi per denuntiathnem faotam communi Janute per dies XT antea. (^uoa si straia rumpêtur in/ra dhta loea Gavii et SerravaUîs per extraneos homines , qui non estent in juritdietiomê Terdonœ, nec de heèitantiàuj itel reduetum ha» hntibuf in terra Jifnuœ, commune Terdonœ damnwn iUud pra dimidia emenda* bit. Et commune Terdonœ salvabit et auecurabit dictam strat^m à Serr^vaUe ustjueTerdonam, et a Terdona usque in distriçtum Papiœ, etç, (liber jurU, U h 955.)
Maofred, marquis de Saluées, avait pris les mai-chandises des négociants d'AUia,soua le prétexte de les sauver des embûebes des Astigtans; les propriétaires, rayant supplié de les leur restituer, furent écoutés, sauf à payer 300 linei et 300 sous d*Asti ; de plus , ils promirent d'amœar TarobeTéque à lever rexcommunication lancée pour cet excèai et de Taid^r dam lea giierrw Mntra li Tifled* Asti. (1181.)
(2) SciPlON AmmibatO, Storia fiorentlna, l,
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dises chargées sur leurs navires. Comme l'a fait de nos jours Tunion douanière^ elle convenait, en 1S82, avec Lucques^ Sienne^ Pistoie^ Prato et Volterra^ de la franchise réciproque de tous droits d'entrée; en 1290, elle établissait le libre transit avecRavenne et Faenza; en 1295, avecLucques, Prato, Saint-Géminien et Colle ; elle stipulait pour dix ans, leurs alliés compris, suppression mutuelle de toutes représailles, maltôte, droits d'entrée, péage. Dès que MentoneetRoccabruna, en 1248, se furent séparées de Monaco, cette ville ne put communiquer avec d'autres que par mer ou par une route qui passait sur le territoire de Roccabruna, et son prince ne put sortir de son État en carrosse sans traverser un pays ennemi. Les citoyens de Mentone ne vouh lurent plus entretenir cette route ; or les litiges qui en naissent et les conséquences qu'ils doivent produire peuvent expliquer l'importance des traités des communes du moyen âge pour les communications.
Les voyages, néanmoins, furent toujours pénibles et dangereux. Rinieri de Corneto, voleur de grands chemins, a conservé une funeste célébrité. L'abbé Pierre de Ciuny, qui allait visiter Eugène III, fut dévalisé par le marquis Obizzo Malaspina ; mais les Placentins le contraignirent à restituer. Jean d'André, célèbre canoniste, que le cardinal Bertrand du Poyet, en 1 328, envoyait comme ambassadeur du pape, fut attaqué près de Pavie et dépouillé de ses livres et de tout ce qu'il avait ; il dut même payer une forte somme pour sa propre rançon. Pétrarque, la première fois qu'il se rendit à Rome, dut se réfugier au chftteau des Capranica, jusqu'à ce que Pévéque de Lombez vint lui faire escorte avec cent cavaliers. Sorti de cette ville après son couronnement, il rencontra des brigands qui l'obligèrent à rétrograder, et le peuple dut le faire escorter ; mais d'autres l'assail- Urent quand Û eut quitté Parme. Jean Barile, que le roi Robert de Napies avait chargé d'assister à son couronnement, fut dévalisé en route et contraint de revenir sur ses pas.
Les subsistances inspirent au peuple les plus grandes inquiétudes, et deviennent, par conséquent, l'objet des mesures les plus étendues. Si la science, de nos jours, n'est pas encore parvenue à persuader que l'unique préservatif, dans les disettes, ou le meilleur palliatif est de laisser toute liberté au commerce des denrées alimentaires, il faut pardonner à une époque où le gouvernement direct appartenait au peuple, sujet à toutes les peurs, et qui, à force d'entraves, produisait souvent le mal qu'il vou-