‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 32 sur 169 · LE CHANGE · texte numérisé non relu

LE CHANGE

taient d'acheter et de consommer^ devaient tout se procurer à prix d'argent^ privées qu'elles étaient d'objets propres aux échanges; ensuite, à cause de la dépense faite par la multitude des individus qu'amenaient dans la Péninsule la dévotion^ Pambition. ou les affaires; enfin^ parce que la cour romaine recevait du monde entier des tributs^ des droits pour dispenses^ indulgences, expectatives, brevets, investitures, etc., ou des revenus de bénéfices lointains, conférés à des prélats en résidence dans ces conti'ées.

Les Italiens profitèrent de cet avantage pour se livrer aux opérations de banque ou faire des prêts, et développèrent les différentes formes de crédit. Dans cette époque, chaque pays, chaque fief avait son hôtel des monnaies, et Pon considérait comme un expédient financier de falsifier ou d'altérer les monnaies; de là, dans le titre, les empreintes et la valeur, une diversité inextricable à laquelle on cherchait à se soustraire en stipulant, conditions assez fréquentes, les payements au poids, c'est-à-dire au marc, divisé en huit onces de vingt-quatre carats (i) ; les négociants, avant de rentrer dans leur patrie, achetaient donc, avec le numéraire qu'ils avaient reçu, de Tor et de l'argent non monnayés, d'autant plus que beaucoup de pays, considérant l'argent comme une richesse véritable, non comme instrument d'échange et mesure de la valeur, défendaient sévèrement de l'exporter. Afin de remédier à cet inconvénient et aux fraudes, toujours faciles sur des monnaies non connues, les Lombards, les Florentins et les Siennois ouvrirent des maisons spéciales dans les villes principales, en prenant le nom de banquiers ou campsores; ils i^ecevaient en dépôt des sommes qu'ils remboursaient à mesure que le déposant tirait sur eux, ou bien les lui faisaient payer par leurs correspondants dans les villes où il se transportait. Toutes les opérations que Ton vante aujourd'hui comme art de banquier, ou qu'on blâme comme agiotage, nous les trouvons déjà en usage; Florence, en 1371, modérait les jeux de bourse en frappant d'un impôt la vente des fonds publics (2). Une distinction scolastique entre les richesses productives et * les improductives, c'est-à-dire qui faisait consister la valeur dans

(1) Le marc d^or, qui vaut aujourd'hui 848 fr., valait 65^55 eu 1300 , et cehiid^argent 2^10; ainsi la proportion entre les deux métaux était : : 22 : ].

(2) De usurarils ptiniend'u^ Uv. I, tit. G. « Cet inique et scandaleux trafic (du prit) était le métier de prédilection des Lombards... J'ai traité aiUeurs de cette foDcste coutume.» Ainsi s'exprime le bon Muratori^ Annales ^ à Tannée 122G.

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les choses mêmes, non dans le service Qu'elles rendept ii l'homme, fut pause qu'un grand nombre de personnes, jusqu'à noire époque, déclarèrent illicite tout profit sqr l'argent. Faisant un précepte du conseil évangélique : Donnez à prêt sans rien espérer^ on regarda comme un péché de prélever un intérêt; mais^ comme il est naturel et très-avantageux que le capitaliste vienne en aide au travailleur, il fallait tromper la conscience par les divers subterfuges qui ne font jamais défaut au génie inventif des usuriers. Bientôt lès gouvernements songèrent, afin de prévenir l'abus, à limiter les intérêts, comme s'ils ne devaient pas, à l'égal d'une marchandise, se proportionner au risque, à la demande, au profit de l'emprunteur. Ainsi qu'il arrive des niesures arbitraires, le taux prescrit dut baisser ou s'élever selon les circonstances; mais, comme les variations ne se légalisèrent probablement que lorsque l'abus fut devenu commun, il nous est impossible de déterminer, d'après le mouvement des intérêts, la plus grande ou la moindre richesse ptiblique, c'est-à-dire le meilleur emploi de l'argent. En effet, pour que l'intérêt, dans un pays industriel, se proportionne à l'avantage que l'emprunteur retire du prêt, il faut que les prohibitions ne fassent point obstacle à l'équivalence des services; souvent, si le taux de l'intérêt s'élève, ce n'est point à cause de la prospérité, mais du risque auquel s'expose le capital. Ainsi, dans le Levant, parce que le Koran proscrit l'iotérêt, le prêteur, qui ne trouve aucune protection dans la loi, doit s'assurer contre les risques de la contravention.

ia loi romaine établissait le taux de A pour les personnes illustres, de 8 pour les marchands, de 42 pour les individus de condition inférieure qui prêtaient du blé ou des denrées, de 6 pour les autres : tant l'office de l'argent était mal compris. Au moyen ftge^ le commerce amena l'argent dans les villes; aussi les seigneurs châtelains et les princes qui se trouvaient dans la gêne, devaient s'en procurer à des taux excessifs. Guido, comte de Biandrate, empruntait, en 1161 , à 4 deniers par mois» c'est-à-dire à 20 pour 100. En 1201, Ardouin, évêque de Turin, convenait avec Jacques et Barthélémy Sylo, s'il ne restituait pas dans l'intervalle de deux ans les 152 livres susines qu'il devait, d'ajouter à ce capital 13 livres; de trois ans, 25 livres; de quatre, 58 livres ; de cinq, 90; de six, 113 : c'était là uo moyen de dissimuler l'usure ^ qui s'élevait au-dessus de 13 pour 100

(ClB«ABl0).

Dans les comptes de Julien de Nannimo desBardi avec Pierre-

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