‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 34 sur 169 · JUIFS · texte numérisé non relu

JUIFS

usure exorbitante ; les gens ruinés, les paresseux, les accusaient de tous les crimes, dans le but de s'affranchir de Tobligatioo de payer les sommes qu'ils leur devaient; ainsi, odieux et nécessaires^ ils menaient cette existence exceptionnelle, qui est une singularité au milieu des singularités du moyen âge. Mais ces expulsions continuelles^ pour les rappeler continuellement, attestent l'importance croissante des richesses commerciales , au moyen desquelles désormais l'atelier équivalait au château. Si les juifs, dans la France et l'Angleterre, étaient exposés aux brutalités de la plèbe, aux persécutions des prêtres^ à Tinsatiabilité des rois, qui les appelaient pour leur faire des emprunts, puis les bannisr saient afin de leur vendre la permission de rester^ en Italie, ils pouvaient trafiquer^ sinon sans haine^ au moins sans péril; en outre, si à cause de l'opinion, réveillée même de nos jours, qui leur reprochait d'immoler des enfants à Pâques^ ils inspiraient de l'horreur à la Florence cultivée autant qu'à la Naples fanatique, souvent les statuts les reconnaissaient, au moins pour modérer l'aversion. Venise, en 1400, autorise deux juifs à fonder une banque de prêt; quand elle prit Ravenne^ elle s'obligea à y envoyer des banquiers juifs, lesquels avaient des maisons àRome^àFlorence, à Pavie, à Parme, à Mantoue^ enfin dans toutes les villes principales.

Les juifs d'Italie portèrent des plaintes àMartinV sur les mauvais traitements qu'ils souffraient ; ce pape, continuant l'œuvre de ses prédécesseurs, promulgua des privilèges en leur faveur, avec défense aux inquisiteurs et à toute autre personne laïque ou ecclésiastique de prêcher et d'exciter le peuple contre eux; de les molester, à moins qu'ils ne fussent fauteurs d'hérésie, de les contraindre à suivre les offices divins, et d'en baptiser aucun avant l'âge de douze ans. Quelques prédicateurs cependant, surtout parmi les ordres mendiants, exhortaient les chréUens à éviter tout contact avec les juifs , à ne pas cuire leur pain^ à ne leur rendre aucun service, à ne rien leur emprunter, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques; quelques-uns, entraînés par ces excitations, les troublaient dans leurs possessions, les frappaient, les injuriaient, les tuaient , ce qui a les rendait plus obstinés dans leur perfidie, tandis qu'on pouvait les captiver avec la charité». Dans sa bulle du 27 juillet 1459, Pie II les prend sous sa protection: « Qu'ils aient des synagogues et des sépultures sans empêchement; qu'on ne les oblige point à vivre selon nos usages, ou à travailler le samedi; qu'ils aient le droit de conver-

BANOmSBS. lOMBABDS. 97

ser avec les nôtres, d'acheter ou de prendre à bail des maisons et des biens de chrétiens^ de faire des contrats^ de trafiquer^ de tenir des écoles des sciences judaïques (1). »

Les juifs eurent bientôt pour concurrents des Lombards^ des Astigians, des Toscans^ des Cahorsins, qui ouvrirent des banques dans toutes les villes d'Europe^ pour faire des prêts non* seulement aux particuliers, mais encore aux États, surtout à r Angleterre, sauf à prendre des garanties sur les droits d'entrée. Les statuts de Pise^ dès le douzième siècle^ parlent de casane établies dans plusieurs villes de l'Italie, c'est-à-dire de banques de prêt et de change. En 1277^ Philippe III , roi de France , fit arrêter tous les préteurs italiens sous Fimputation d'usure, notais en réalité pour les pressurer; il ne se laissa calmer que moyennant 60,000 livres parisis, qui vaudraient aujourd'hui 24 millions (2) ; puis^ en 1294, il stipulait avec le capitaine et le corps des changeurs italiens qu'ils lui donneraient une certaine somme pour les affaires de change. Metz en avait dès 1260, et cette ville, en 1370^ répara ses murailles avec le produit de l'impôt perçu sur ces Lombards ; en 1204, elle affermait pour douze ans sa banque à Jean Frassinale de Yerceil^ moyennant 2^408 florins de Florence.

(1) Cette bulle, rapportée par Pezzana, BUt. de Parme, vol. m, déc. VU, 9, mérite d*étre lue dans son entier à cause du p^Ltronage illimité qu'elle proclame.

Lorsque Napoléon, eu 1807, convoqua l'assemblée des Israélites à Paris, cette dâibération fut prise à l'unanimité : k Les députés Israélites de l'empire fran- «çais et du royaume d'Italie, pénétrés de reconnaissance pour les bienfaits « cootinueb rendus par le clergé chrétien aux israélites dans les siècles passés, ■ et pour l'accueil bienveillant fait par les pontifes et beaucoup d'auU^ eocl&> « siastiqucs aux israélites lorsque la bari>arie, les préjugés et l'ignorance les « persécutaient et les chassaient de la société, décident que l'expression de ces

• sentiments sera consignée dans le procès-verbal , afin qu'il reste un témoi- « gnage étemel et authentique de la gratitude des israélites de cette assemblée

• pour les Inenâuts que les générations précédentes ont reçus des ecclésiasti- < ques. 9

En 1426, le duc de Milan permettait à une famille dé jui& de Mantoue de s'établir à Gôme pendant dix ans, avec ses agents, associés, etc. L'oflGce de provision, c'est-à-dire la municipalité de Gôme, s'y opposa ; mais le duc maintint la concession, avec faculté d'ouvrir une banque, de prêter à 6 deniers par livre au mois, outre Texemption de toutes charges réelles et pertonnelles, mais loua l'obligation de payer à la commune 25 florins par an. Les GomaïqueSy eoDtnintsde céder, établirent que les juifs porteraient une marque distinetive.

(2) iSAX VlLUJII, TU, Sd.

BUT. DES ITAL. ^ T. Tfl. 7

9S iBAWmS&S. lOUBillDS.

Les Lombards étaient fatorisés et odieux autant que les juife ; les leftres lambardes,iiar lesquelles la chancellerie française leur accordait Tautorisation de commercer^ étaient taxées au doobie des autres; on les reléguait dans des quartiers distincts et fermés, semblables à des lieux de séquestration , et de temps i autre Us se voyaient dépouillés violemment ou expulsés. Une ordonnance du 6 janvier 1477 invitait les habitants d'Amsterdam à retirer lem^ gages des maisons lombardes avant le mardi gras, en les dispensant de payer l'intérêt de l'argent reçu.

Les Florentins s'appliquèrent particulièrement à cette industrie ; les Frescobaldi^ les Bardi et Peruzzi, les Gapponi^ les Accitiuoli^ les Gorsini^ les Ammannati^ tenaient les maisons de banque les plus fameuses d'Angleterre et des Pays-Bas. La maison des fils de Caroceio des Albert! avait^ de 1348 à 1357^ des suc* ciirsales à Avignon^ Bruges, Naples, Barletta, Venise et ailleurs, qui payaient ou recouvraient les sommes à transmettre à la cour pontificale d'Avignon, ou bien à diverses places de France , de Flandre^ d'Allemagne^ d'Italie ; en même temps, elle faisait le commerce en gros de draps qui, de Bruxelles, de Gand et d'autres villes de Flandre^ de France et d^Ângleterre, étaient expédiés par leur maison de Bruges à l'entrepôt des draps de Florence, par la voie de Paris^ Marseille^ Nice^ Pise (i).

Habiles comme ils étaient^ ftiut^il s'étmner que les Italiens fussent employés par les princes en qualité de conseillers et de ministres des finances? Les rois, d'ailleurs, ne pouvaient rien entrefMrendre sans s'être assuré d'avance des ressources chez le banquier. Beaucoup de sénéchaussées de la Fraace méridionale étaient affermées à des compagnies de Lombards, qui entre* prenaient ces opérations financières. A Lyon y des maisons de Florence 9 de Lucques^ de Gênes^ faisaient sur une grande échelle le conomerce d'exportation et d'importation des tissus de laine et de soie (St), et la rue où se trouvaienf leurs banques couserva le nom des Gains; les familles françaises qui veulent pouvoir insérer la croix dans leurs blasons viennent chercher des preuves » k défaut d'autres docuoients , dans les granda^ëvres de commerce de Oênes^ de Pise, de Messine,

Ces banques recevaient en dépôt des capitaux de seigneurs et de princes. Les fils d'Obizzo d'ËstCi en 1293, firent signifier aux

(1) PAftMRt, M. M*

(2) Mém» des Aatiquair9S de France f nouTeUe aérie, XVIBi 467.

IBTTMS IttS CHAH6I. .9^

compagnies deg Baceherelli, de la CeUa> des CSerchi, blancs et noirs, des Frescobaldi» des Nerii, des Bardi , des AcciaîuoU, et à d'autres de Florence, de ne rien rembourser aux marquis Aldobrandino des sommes que leur père leur avait confiées . Jean Bodio désapprouvait une banque de Lyon , dans laquelle mettaient des fonds, non-seulement des princes, mais encore le pacha, et qui fit des con^tions très-onéreuses à François I*% outre qu'elle prétait à Henri II, au nom des Capponi et des AJbizzi , à iO, i2 et parfois 46 pour iOO. Borromeo des Borromei, de ce même San Bliniato, d'où sortirent bientôt les Buonaparte et les Sforza, prétait, en 1379, 80,000 florins d'or à Jeau^aléas Yisr coati. En 1321, les Peruzzi devaient recevoir des chevaliers de Saint-Jean 191,000 florins d'or, et les Bardi 133,000. La faillite des Scali, en 1339, qui s'éleva à 400,000 florins, fut regardée comme un désastre public, ainsi que celle des Peruzzi et des Bardi, de 1,363,000, lesquels feraient aujourd'hui 40 millions.

Jean Villani attribue aux juifs les lettres de change. Bannis de France sous Dagobert I*', en 630, sous Philippe- Auguste, en 1181, et Philippe le Long, en 1316, ils se retirèrent en Lombardie, et, pour recouvrer l'argent qu'ils avaient laissé dans ce royaume, ils donnaient des lettres spéciales à des marchands et à des voyageurs. Quel cas faire d*une indication de temps aussi indéterminé, d'autant plus que le décret de bannissement défendait de conununiquer avec les juifs expulsés et de leur donner aucune assistance? 11 est plus rationnel de faire honneur de cette invention aux Guelfes de Florence, qui, exilés par les Gibelins, retirèrent de l'argent de leur pays au moyen de lettres de dmnge, payables surtout à Lyon. Les Gibelins, chassés à leur tour, se réfugièrent à Amsterdam, et firent la même chose (1).

Quelques lettres de change n'avaient pas de destination particulière, ce qui se faisait spécialement pour le Levant, et Fibonacci semble les indiquer dès 1202; d'autres portaient l'ordre de payer à des personnes nommées. Le premier exemple certain est du pape Innocent IV, qui, en 1246, transmettait 25,000 marcs d'argent à l'anticésar Henri Haspon, lesquels devaient lui être payés à Francfort par une maison de Venise. £n

(1) L'exemple de Cicéroa, qui ehaife Atticu» de payer ea Grèee une somme dont il lui fera les fonds à Rome, est Tunique exemple de change chez les an-* HeM ; mais il s'agissait d'un émigré de Rome, qui avait laissé dans cette ville ses liieaiet ses parents: c'était donc uu change fait par l'amitié plutôt qu'une opération de banquier.

100 LETTRKS DE CHANGE.

1253, Henri III d'Angleterre autorisa quelques Italiens j ses créanciers, à se rembourser au moyen de traites sur des évéques de son royaume , traites dont la valeur s^élevait à 150^^ marcs ; le légat pontifical eut soin de les faire payer exactement Les négociants trouvèrent avantageux d'établir la balance des parties sans Tintervention des banquiers^ au moyen de traites, et la plus ancienne qui nous reste est d'une maison de Milan qui, en 1326^ tirait à cinq mois de date sur une autre maison de Lucques (1). Le jurisconsulte Baldo cite deux lettres de change, Tune de 1381, sous des noms supposés^ l'autre de 1395^ de Borromeo des Borromei, de Milan, sur Alexandre Borromeo.

Un règlement de 1394 enjoint aux négociants de Barcelone de payer les lettres de change dans les vingt-quatre heures après la présentation^ et de mettre derrière l'acceptation; il parait que Ton connut aussi les protêts. Plus tard sMntroduisirent les endossements^ qui en constituent la véritable commodité. S'il est vrai que les juifs inventèrent leslettres.de change^ leur théorie complète est due aux Italiens, qui les étendirent pour encaisser les fonds que la cour romaine avait à recevoir de toutes les parties du monde.

Les négociants restaient peu de temps aux foires de Champagne, très-fréquentées parce qu'elles se tenaient entre l'Italie, le midi de la France et les Pays-Bas ; aussi les rois de France décrétèrent que Pon procéderait par voie sommaire contre tout individu qui laisserait échoir une lettre de change signée dans la foire précédente. De là le droit de change; on obligeait souvent les débiteurs à énoncer dans les reconnaissances que la dette avait été contractée en temps de foire, afin de jouir du privilège qu'elle conférait.

Les banques publiques^ qui^ dans les transactions de commerce^ substituent les billets au numéraire, c'est-à-dire doublent les titres légaux de l'échange^ furent une institution très-avantageuse. Il parsdt que Venise^ dès 1171^ possédait une banque de crédit ; d'autres villes en établirent, mais aucune sur une échelle

(1) Voir Targioni {Voyages , vol. ii, p. 62), qui contient plusieurs lettres de change , avec les formes actuelles, copiées dans un registre de correspondance d*uu marchand de laines de Florence.

Kmiliani Giudici a publié deux lettres de commerce, de 1290 et 1291 « de b maison Gonsiglio des Gerdil et compagnie de Florence^ dont la teneur ne dil* fère pas de celle des lettres d*aujourd*hni.

MORTS-D£-PIÉTi. iOl

aussi large et avec autant de succès que Génes^ célèbre par sa banque de Saint-George^ dont nous avons déjà parlé longuement.

Plus tard, afin de faciliter les. emprunts aux particuliers eux* mêmes ^ et de les soustraire aux exigences des usuriers^ on fonda les monts-de-piété. Barnabe, médecin de Turin et frère franciscain^ en établit le premier à Pérouse, en 1464; il ne prèle* vait que Tintérôt nécessaire pour couvrir les dépenses d'admi* oistration. Saint Bernardin de Feltre et frère Michel de Carcano propagèrent cette institution àMantoue (i)^ à Côme et dans le reste de la Lombardie. Sixte IV approuva celui qui fut organisé à Viterbe en i479^ et lui-même en fonda un à Savone^ sa ville natale. Bientôt Césëne^ Florence^ Bologne, Naples^ Milan et Rome suivirent cet exemple, imité par les villes industrielles de la Flandre, et^ plus tard, par les Français. Quelques rigoureux moralistes voyaient dans les monts une spéculation usurière^ et une dispute acharnée s'éleva entre des théologiens et des juris* consultes; mais telle était leur utilité qu'on songea plutôt à y introduire l'ordre et la mesure.

De tous les faits que nous venons d'exposer, il résulte avec évidence que les forces et les capitaux savaient s'augmenter en formant des compagnies de commerce. Dès 1188, l'histoire mentionne la société pisane des Humiliés, établie à Tyr^ et qui ^ malgré ses occupations mercantiles^ ne laissait pas de secourir les croisés (2). Les Bardi de Florence avaient presque le mono* pôle de tout le royaume de Naples. Il paraîtrait même que les diverses compagnies se rattachaient entre elles de manière à former une société générale qui constituait une puissance mercantile^ et^ par ambassadeurs^ comme la hanse allemande, traitait avec les roiset les barons. Un capitaine de l*universiU desmarchands lom"

(1) En I483y le 29 décembre, Louis Gonzague écrivait à frère Ange Clavasio : «Ce peuple dévot de Hantoae, entraîné par la prédication, la persuasion ■ et les raisons efficaces du vénérable firère Bernardin de Feltre, a fondé le «Hont'sle-Piété; le seigneur marquis principalement, des citoyens, des plé- « béiois et moi, avons concouru à un si grand bien. » (D'ÀBCOy Nuovi studj sut comune di Maniova,) Des Italiens ont àà introduire en Russie ces monts, qui l'y appellent iej Lombards, et qui sont une des institutions les plus importantes de Tempire; en effet, là ils prêtent à 6 pour 100 , tandis qu'ailleurs le taux or^ dinaire et de 8, 10 et 12.

(2) Un diplôme de Conrad de Montferrat, daté de Tyr en 1 188, dit : Donavi ^ eoneessi piuMuviru de socUtate Umiliorum, quia nucum in Tjri defensionem fto hoaon nomiais unigemù Jiiii Dei, totiusque chrisdanitatis fideiiter nique coattanier permansere, furnum uAirm, elc.

iOÎ HONTS-BI-PifTi. PRIVILÈGES.

bards et toscans résidait certainement à Montpellier^ d'où il put se transporter à Ntmes en 1276, avec l'autorisation de Hiilippe le Hardi (1). Par la môme charte, ce roi concède aux membres de cette université les privilèges suivants : «Qu^aucun d'eux ne puisse être cité que devant les juges royaux; qu'après leur mort, leurs biens passent à leurs héritiers; qu'ils ne souffrent pas du droit de naufrage et soient exempts des gardes, des tailles, des services militaires. » En 1293, au Bourget, en Savoie , on stipulait une sauvegarde entre Louis de Savoie, seigneur de Vaud, et Tonlverâté des marchands de Lombardie, Toscane, Provence, représentée par des procureurs des marchands de Milan, Florence, Rome, Lucques, Sienne, Pistoie, Bologne, Orvieto, Venise, Gènes, Âlba, Asti, Provence (Cibbabio). On connaissait aussi la société en commandite, par laquelle un individu place dans le coaunerœ une somme d'argent, à la condition d'avoir la moitié de tons les bénéfices , mais de ne participer aux pertes que pour le montant du prêt (2). Par un décret de 1315, Louis X de France déclarait qu'il ne trouvait pas d'usure dans de telles sociétés instituées par les Italiens.

Les sociétés stipulaient d'ordinaire que les droits ne fassent pas subitement augmentés dans les lieux de passage. Si des nationaux ou les conducteurs se rendaient coupables envers les indigènes, l'offenseur devait être puni sans qu'on accordftt les représailles sur les marchands ; les villes étaient tenues de purger les routes des brigands, et, si les malfaiteurs ou d'autres cao* saient un préjudice, les marchands auraient droit à une indemnité complète ; on ne déballerait pas les marchandises, et le jour même il faudrait statuer sur les conflits qui s'élèveraient. En outre, elles avaient église, bains, place, four, boucherie, maison, juridiction propre et parfois criminelle. En i 189 , Pierre, roi d'Arborée, assigne aux hommes de Gènes dans Oristano lontam terram, qua^fabricari fOitufU eenium botegoi; puis, en

(1) Du GAMei : Olonûrium, tom. n, p. 48, ji Fuleone Caeio, che piûeeittliiû, rapitaHeo tinhersltathmercatorttm l&mhardortun et tuseanorum, habente etîampo^ testatem et spéciale mtutdatttm a eonsuHhu mereatorum romanorum, Janum^ ^^ netiartmiy Placet^tiœ^ Lueœ, Bononiœ, PistoHi^ Astemuan^ Albœ^ Floremtia, 9ê' nantm et Medioianeatium,

(3) QudqtieMines sont ftipulées dnu le répertoire de Jean Scriba, où bom trouToni même le nom dans un doeument dn 24 avril IISS : Eg9 Bommmh taiitu aeeepi in commentUttionem a te ff^tUelmo Fitardo tibrat quinquaginêê i» pwiiSf etc., et dans un antre du 3 mai suitant.

nuviLRaiSé 103

ll9i| il leur aocorde de grands privilèges, parmi lesquels se trouve la promesse ^ dans le cas d'un naufrage sur ses c6tes , de faire restituer tout ce qu'on aurait enlevé du navire» et de rien garder de tout hoiQme qui mourrait, même e^ inkêfoi»

En 1169, 0oémoAd DI, prince d'Antioebe, donne aux Génois tout ce qu'ils occupent dans Antiocbe, Laodicée et )e port de Séleucie^ o'estrà-dire, daus Antioche» une rue avec Téglise de Saint-Jean ; dans Laodicéet l'entrepAt, la rue qui reotaure, aveo le tiers des revenus du port : mêmes faveurs pour Laodicée* «S'U fait d'autres acquisitions, il leur accordera la même chose qulls ont dans Laodicée^ et, s'ils reçoivent quelqqe injure^ il sera fait justice dans les quarante jours. Il leur est permis de trafiquer dans tous les pays qu'il acquerra avec leur ooncoura; il fait tout cela d'après le conseil de ses bacons^ par^ qu'il aime les Génois e4 diisire les voir fréquenter autant que possible son rojaume et y demeurer. £n reconnaissance de ce privilège, le très*noble Lfm« franc Albéric, légat du sénat et des consuls, promet, tent en son nom qti'au nom de la commune de la fameyae cité de Gênç^ di^ Taider à accroître ses possessions et à les défendre (1). s

Dans quelques villes, comme à Tyr, les Génois pjuiicipaient au droit de chaîne que payait tout navire k l^entrée ou à la sor* tie. âekm l'esprit d'exclusion de l'époque, chaque compagnie cherchait à prospérer au détriment des aut|(«s, et à s'assurer par le monopole de grands profits (8)* Nous avons conservé un grand nombre de pareils traités ^ soit des villes entre elles, soit des princes, qui s'eni^ressaient de les souscrire, parce qu'ils assuraient à leurs pays un passage lucratif ; mais l'intervention du pape, qui punissait les violateurs par des interdits et des excoipinunications, avait plus dinfluence que les décrets et les tribu* naux.

Le grand nombre des pirates, surtout barbaresques, exigeait que le commerce ne se fît pas sans armes, et tout navire devait en avoir une bonne provision» A Gènes, une loi de )^ punissait d'une amenda de 10 livres le marchand qui naviguait m delà de

(1) Ughzlli, Italia sacra, tome IT, col. S71. Il atuibue à tort cette charte i Boémond II.

(3) Si Ton aime let détail» minu|ieia quant aux traités de «omnerof , toujoon fondés sur la jalousie et rexclusioo* il faut chercher dans le Liber jurium, tonal» p. S51, celui de 1239 des Génois avec las Maneillaîs» et Tautra des BéaMs peu^i da 8 novembre 13M» qui remplie seîie collines des Uotiumf hUt.patnœ»

104 GOMMEACB HAaTTQCE.

Portovenere sans être muni de bonnes armes pour lui et l'équipage, outre cinquante grosses flèches dans le carquois. A Venise, chaque marin devait avoir un casque de cuir et de fer, un écu^ une jaque de mailles, un coutdas^ une épée et trois lances. S'il recevait plus de 40 livres de salaire^ il était obligé d'y ajouter la cuirasse, et le pilote^ une arbalète avec cent flèches (i). Voilà pourquoi nous avons vu les négociants italiens prendre une si grande part aux croisades et faire des conquêtes, ou bien assomîr dans des mers lointaines les haines fratricides de la patrie.

Les compagnies de commerce continental cherchaient aussi leur sécurité dans Tusage des armes^ qu'elles employaient parfois sur des champs de bataille. Albert Scotto^ fameux tyran de Plaisance^ était à la tête d'une forte compagnie des Scotti^ qui, en 1299, obtint Fautorisation de trafiquer avec les agents du roi de France sur les foires de la Brie, de la Champagne ; cette compagnie^ composée de quatre cents cavaliers et de quinze cents fantassins^ combattait quelque temps après sous les drapeaux de ce roi (%.

Le commerce maritime fut toujours le plus important, La décadence de Rome accrut l'activité de Constantinople^ qui, étendant la main droite vers TArchipel, la gauche vers le Pont^Euxin et les Paiu»-Héotides, avec l'Asie Mineure en face et TEurope derrière^ paraît destinée à devenir le centre du négoce de tout notre hémisphère. Les marchandises d'Orient y étaient amenées de l'Egypte^ ou les Byzantins eux-mêmes allaient les chercher dans rinde, la Perse ^ peut-être, encore dans la Chine. La première irruption des Arabes^ devenus mahométans^ ne pouvait que ruiner le commerce ; mais ce peuple lui-même s'y adonna partout où il étendit ses conquêtes. Il fonda Bassora^ qui éclipsa Alexandrie ; après avoir occupé l'Egypte^ il ferma la mer Rouge aux Byzantins, qui durent lui acheter les denrées de l'Inde, désormais indispensables, ou faire un immense détour pour atteindre ces riions, au point de monter jusqu'à Kief, en Russie.

(1) Jmpotitio officii Gaxariœ, p. 326; CapUulare nautieum, ch. xxxt.

(3) PoooiAU, BiiL de PUàionce, tomen, p. 31 ; TlGBOn, Vie de Ctutrucch. Buonaccono PiUi trafiquait en Picardie, lorsque les Anglais y débarquèrent en 13SS : « le m'associai, dit-il, avec un Luquois et un Siennois,et nous allâmes à nos frais, $jee trenle-six chevaux et bien armés, dans ladite armée, soiis h bannière et le commandement du duc de Bourgogne. « (Chronique, p. 84.)

COMMERCE MARITiME.

Les croisades^ en commençant à faire regarder l'Europe comme une seule nation^ unirent les hommes dans des entreprises communes, les rapprochèrent des pays aux denrées prédenses, accrurent les gains et les privilèges des cités nnaritimes, qm protégèrent les spéculations avec l'étendard de la croix; puis les territoires fractionnés par la féodalité se groupaient i)Our constituer de grands États, et les communes parvenaient à cette liberté qui encourage à chercher les améliorations. Les Amalfi* taios et les Pisans d'abord, puis les Génois et les Vénitiens^ derinrent les principaux, sinon les uniques facteurs du trafic européen (\). Du Nord, par la petite Tartarie, ils voituraient du chanvre, des bois de construction^ des cordages, de la poix, du suif, de la cire^ des peaux, concluant plusieurs traités avec les Mongols, successeurs de Gengîs-Khan et d'Oktai, qui avaient conquis la Russie^ la Pologne, la Hongrie et la Moldavie, et auxquelsils achetaient le butin et les esclaves. iComme le passage de l'Inde par TÉgypte leur était fermé, ils s'y rendaient par la grande mer, conune ils appelaient la mer Noire, dans laquelle le Tanais, le Borysthène, le Dniester^ le Danube, déversaient les productions variées de eoDtrées fort étendues, peu accessibles par terre. La voie principale était la Tana, c'est-à-dire Azof, à Tembouchure du Don, où, d'un côté, se trouvait la Moscovie, de l'autre, l'Arménie, PArabie^ la Perse, à travers lesquelles on pouvait arriver au Mongol et à la Chine; là Gvénes, Venise, Fl(Mrence et d'autres villes avaient des entrepôts.

Les Vénitiens, pour arriver de la Tana au Cathay, devaient laisser cn^tre la ba^be, avoir un bon interprète et des serviteurs qui eonnussent le tartare; ordinairement un marchand avait avec lui, en argent et marchandises, pour une valeur de ^,000 ducats d'or, et la somme de 300 à 330 suffisait à défrayer des dépenses jusqu'à Pékii^, y compris le salaire des serviteurs (Pkrgolotti).

Constantinople, capitale oisive et corrompue d'un État sans industrie, voyait dans le commerce moins un élément de prospérité publique qu'une source de revenus fiscaux ; les spé-

(1) Mauigli, Rieerehe sul commercio veneto; FaNUCCI, Storia de* tre ce- Uèri popoU maritlind delt Italia^ vol. lY ; PAGimn, Délia deàma délia moneta t deUa mereaiura de' Fiorentmi fino al secolo XVI, Lacques, 1765; Sbrka, Dùeorso topra il commercio , la napigoùone et U arti dei Genovesi ; f^HAanpt PAfiiHo, DelU impnse e del domimo de' Genovesi nella Grecia; Gènes, 1852.

106 KHAXA&IB.

culations de cet immense marehé étaient donc faites par des étrangers. Les Vénitiens et les Génois, d'abord tolérés, forent bientôt trouvés utiles^ enfin nécessaires, et les faibles en* pereurs, pour conserver leur douteuse amitié, ne connaissaisot d'autre expédient que de renouveler et souvent d'étendre leon privilèges. De là, entre Gènes et Venise^ d'ardentes rivalités, qns nous avons vues se traduire en . luttes armées dans les vam dltalie et de TOrient. La conquête de Constantiiiopie par ht croisés donnait-elle la prédominance aux Vénitiens, les Génois aidaient Michel Paléologue à détruire l'empire latin; en récooh pense , cet empereur combla de privilèges leur colonie de Gslata, qui secourut, souvent effraya Tempire grec.

Gènes, située presque au milieu de la côte qui se déve» loppe en courbe de la Sicile au détroit de Gadàs, ayant d^ côté la Provence et la France > de l'autre l'Italie méridionale^ derrière elle la fertile Lombardie, en face la Corse et la Sa^ daigne, l'Espagne et l'Afirique, avec un territoire ingrat et limité, une mer peu poissonneuse, semble prédestinée au coauneroe qui , en effet, remonte aux premiers jours de son origine. Sei rivalités avec Pise, Venise et les Catalans, développèrent son ha* bileté maritime et son courage naturel. Où trouver des nuffins plus entreprenants que les siens Y Beaucoup d'entre eux, parfois avec l'approbation du gouvernement, parfois abandonnés à leurs forces particulières, sous Kufluenoe de l'intérêt public ou de h faction dominante, entreprenaient pour leur compte des expédia tiens et des conquêtes. Ses montagnes étaient couvertes de pins et de sapins, et, eniS89, la seule forêt de Biuardo, près de Triera, fournit asses de bois pour trente galères. On en tirait pour dix, chaque année, de celle de Mont-Ursale à Pareto (Sseba). Les prêtres et les nobles se livraient au négoce; il y avait de nombreuses sociétés qui recevaient les capitaux des riches et donnaient du travail aux pauvres. Malheureusement les cruautés des factions empêchèrent cette république de recueillir tous les avantages que lui auraient procurés la rare habileté de ses ami* raux, l'intrépidité de ses marins, l'esprit entreprenant de ses citoyens et la masse de ses capitaux.

L'acquisition la plus fameuse de Gênes dans le Levant fut la Kbazarie, située sur la péninsule de la Tauride, baignée par le Pont-Euxin et le Palus-Méotide, ou mer de Zabache , avec un circuit de sept cent cinquante milles, et réunie par Pisthme de Pérékop, large d'un mille, aux pays du Borysthène, dn Bogel

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aux steppes de la Tartane nogtôenne. Les anciens Grecs, à cause de sa position avantageuse, Pavaient peuplée de colonies, qui furent vaincues par Mittiridate^ ensuite par les Romains; elle fïitoccupée successivement par des peuples barbares^ surtout par les Slaves Uiazars^ d'où lui vint son nom de Khasarie. Subju* guée par les Tartares en 4337, un de leurs princes la vendit aux Génois, qui la couvrirent de colonies^ surtout à Caffa, située sur la lisière orientale de la Péninsule, au pied des monts qui for« maient une ceinture autour d'elle. CafTa avait été jadis une colonie grecque, célèbre ensuite sous le nom de Théodosie; elle tombait en ruines^ quand elle fut relevée et remparée pas ses nouveaux maîtres^ qui^ sous le nom de magasins^ firent des maisons basses^ et les fortifièrent ensuite sans étalage, comme les Anglais tu Bengale. Après avoir assuré leur domination, ils plantèrent des vignes sur les hauteurs voisines, enseignèrent à extraire la soude des cendres de Vatriplex lacinée, très-abondante dans le pays, et ils étendirent les avantages du commerce. Le vieux Grim, qui s'élevait sur le flanc opposé, et où les Tartares apportaient leur butin ^ acquit, grâce à leur voisinage, un tel degré de prospérité, qu'il donna le nom de Grimée à toute la Péninsule, cpii de trois cent mille habitants parvint à un million.

A CafTa, les Génois se trouvaient chez eux ; ils n'étaient pas, comme à la Tana, exposés aux droits fixés par le caprice des barbares, et possédaient, à treize cent cinquante milles de leur pstrie, un port pour déposer leurs marchandises et se radouber, en attendant le retour de la bonne saison. Avec les avantages dont les peuples civilisés jouissent toujours p<armi les barbares, ils nouèrent des relations de commerce et de politique, donnèrent à leurs citoyens des magistrats propres, des statuts, une monnaie, et fondèrent une mission. Le consul Donadeo Giusti la fit entourer de murailles; en 1383, le doge Léonard Montaldo y ajoutait une seconde enceinte, et son accroissement fut tel que les Tnres l'appelaient Constantinople de Crimée (Krim Stam^ ^/). Fondée à peine depuis vingt ans, elle expédiait trois ga* Kres au secours de Tripoli de Syrie; en i3i8, ell^était le siège d'un évéque, avec juridiction de la Bulgarie au Volga, de la Russie à la mer Noire.

An midi et au nord du golfe de Caffa^ deux baies s^enfoncentdans l'intérieur. Dans la première est Sodagh ou SoldaYa, avec des coteaux couverts de vignes précieuses, du térébinthe et de pierres ooeulières. Les Génois y construisirent une tour d'un accès diffi-

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