COLONIES GÉNOISES
cile, autour de laquelle s'élevèrent leurs maisons ceintes d'une muraille. Si Fon avance encore vers le midi, on rencontre le cap d'ATièsiKTiou-Metopon), aujourd'hui Azov; puis, au couchant est le Portus symbolorum, appelé Gimbalo par les Italiens, et aujourd'hui Balaklava, où les Génois établirent une colonie, refuge avantageux pour les navires du couchant. Derrière Ciinbalo, entre Lusen et la Lombarda, la Gozia (Gothie) rappelait par son nom lesGoths; sur ce territoire, et au point où les routes viminent se croiser, les Génois bâtirent ('inexpugnable Mankoup. Au nord, on descend dans une plaine arrosée par l'Àlma, où les khans de la Crimée construisirent Bakhtchérai^ autour de laquelle oo trouve encore des vestiges de maisons et de villages génois.
Si de Gaffa on se dirige vers le nord, on rencontre Cerco au pied de la montagne où s'élevait Panticapée^ séjour des rois du Bosphore, et qui s'avance entre TEurope et l'Asie; les Génds ne négligèrent pas de le fortifier, fermant ainsi ce passage entre la mer Noire et le Palus-Méotide. De là, ils pénétrèrent dans les bouches du Danube^ élevèrent un château près de Chiliavecehia, et profitaient de la pèche de l'esturgeon; ils avaient à rembou* chure du Dniester, à Ackerman, des étabissements pour le sel et la pèche, et même pour recevoir des blés de la Pologne; sur le rivage opposé, à Sinope, ils péchaient le palamide, qui^ séché, remplace la morue. Ils parvinrent aussi à s'emparer de la Taoa située au fond du Palus-Méotide (i) ; mais aucun historien ne fait connaître l'époque de cette importante acquisition, ni la manière dont elle s'accomplit. U est probable que Tamerlan détruisit cette ville, possédée par les Tartares, quand il eut défait ce peu^e, et que les colons génois y accoururent de Gaffa, et la réédifièrent en 1400.
Lorsqu'on voitde nos jours (1855) toute l'Europe seconobattre pour la possession de cette mer, et pour maintenir ouvert le passage des Dardanelles, on peut comprendre l'importance qu'alors les Génois y attachaient, d'autant plus qu'on ne connaissait pas encore la voie plus directe qui mène aux Indes.
La république génoise, affaiblie par des revers continuels, céda la Khazarie à la banque de Saint-George, dont la sage intelligence est attestée par les statuts qu'elle lui donna. Organisée
(1) Sur la rive droite delà branche septentrionale du Don, à quatre miOct de son embouchure^ entre les deux villages qu^on appelle aujourd'hui Sinîarka et Nedvigovka.
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sur le modèle de la métropole, son administration était dirigée par un consul annuel avec un chancelier^ tous deux nommés à Gènes^ et qui fournissaient caution. La colonie était représentée par un conseil de vingt-quatre membres^ renouvelé tous les ans par les membres sortants, et qui choisissait^ en dehors de son ' sein^ un petit conseil de six personnes; dans le premier^ Une pouvait entrer que quatre bourgeois de Gaffa, et deux dans le second; quelques postes étaient pour les nobles^ et d^autres pour les plébéiens. Â son arrivée, le consul faisait prêter serment aux vingt-quatre^ et procédait sans retard à leur renouvellement; il gouvernait avec le petit conseil^ sans lequel il ne pouvait établir d'impôts ni faire de dépenses extraordinaires; il lui était défendu de se livrer au commerce pour son compte et de rece- Toir des présents. Le chancelier^ choisi par le gouvernement parmi les notaires de Gènes^ rédigeait les actes et apposait le sceau de la ville. Les conflits soulevés à l'occasion des contrats entre les colons et les hommes libres de la frontière, étaient vidés par le magistrat de la campagne.
Ainsi, de Constantinople, de Caffa^ de la Tana, Gênes exerçait le commerce avec le Levant, au moyen d'une série d'échelles qui se développaient jusqu'à la Chine d'un côté, de l'autre jusqu'à llnde, le long du golfe Arabique, sur lequel, à ce qu'il paraît, il lai était défendu de naviguer. Elle avait d'autres colonies dans toute la Remanie, la Macédoine, l'Archipel, nommément à Scio, une des Sporades; perdue d'abord, cette île fut recouvrée par Simon Vîgnoso, avec des galères qu'avaient fournies neuf familles, qui formèrent ensuite la maonay ou maison de commerce desGiustiniani, du nom de la famille, dont la mise de fonds fut de 300,000 écus d'or ; la république leur en abandonna la souveraineté, qu'elles conservèrent jusqu'en 1556. Scio comptait cent mille habitants ; le mastic fourni par les lentisques, et qu'on mftchait pour conserver la beauté des dents et rendre l'haleine agréable, occupait vingt-deux villages; il s'en vendait quinze cent miUe livres tous les ans, et le dixième, qui revenait au trésor, était estimé par l'empereur Cantacuzène 20,000 besants ou sequins. Ce mastic et les droits d'entrée produisaient annuellement 120,000 écus d'or (6 millions d'aujourd'hui), qui se répartissaient entre les familles associées en raison du capital employé, lequel déterminait encore leur concours électoral dans le gouvernement. Dans un traité de 1431, les Génois permirent au sultan de tirer des esclaves de Gaffa; La Brouquière, dans ses
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voyages en Asie, reocontra un Génois qui se livrait à ce trtfe exécrable.
Dans rAnatolie, ils possédaient, outre Smyrne^ qui prodmsail de la soie^ du coton, des camelots^ de Thuile et de la scammonée, Tancienne et nouvelle Phocée, d'où venait Talun* De Chypre, ils tiraient du bois de construction, du chanvre, du fer, duUé, du sucrp^ du coton, de l'huile, outre les articles de provenance orientale. En Italie, les Lucquois avaient donné à Gènes demi magasins à Mutrone, pour y déposer le sel et les laines. Elle exploita des mines d'alun près de Portoreale ; de la haute Italie, elle tirait des productions et des objets manufacturés, pour fnre des échanges. La Corse, la Sardaigne, Malte et la Sicile lui étaient soumises ; la première lui fournissait d'excellent bois de construction, du fromage, du vin, du poisson, des soldats; la foconde^ du blé, des sardoines, du thon, des sardines, de l'or el de l'argent ; Malte, du froment, du coton, des limons et des oranges ; la Sicile^ du sel, de la soie, du coton, de Por et tous les biens de Dieu (1) ; elle tirait du sel des Baléares, et Majorque avait deux bourses» dont l'une était commune à toutes les nations, et l'autre, pour les Génois exclusivement.
Savone, Oneglia, Albenga, Monaco, Ventimiglia et d'autres villes de la Rivière formaient des États indépendants; Gânes exerçait encore jusqu'à Nice un iM*otectorat, qui lui procurait des relations habituelles avec Marseille, par mer et par terre, avec les ports du Languedoc, surtout avec Aigues-Mortes; située entre la Provence et le Languedoc, cette ville, par le Rhône, ses salines, le voisinage d'Arles et de Saint-Égide, renommés pcMir la culture du kermès, éclipsa Marseille jusqu'au moment où les alluvions la séparèrent de la mer « Raymond, comte de ToukNue, qui en était seigneur, donna aux Génois une maison et un entrepôt à Saint-Egide, une rue d'Arles, le chftteau de Torbie, la moitié de Nice, une partie de Marseille, une moitié du produit de la douane, avec le droit exclusif de commercer dans ses ports. Aux foires très-fréquentées de Champagne, Gènes ven-
(1) Frédéric l*', en 1 162, concédait «iul Génois de grands priviléfea, au om»* hre desquels se trouve le droit de chasser les Provençaux et les Français ({ui, p mer, font le commerce avec la Sicile, la Calabre, la PouiUe et Venise : dans \t* viUes où ils vont trafiquer, qu'ib aient deux Génois ou phn pour rendrr h justice entre eux; que leurs mardiands puissent se servir de leurs poids et «k leurs mesures. {Libtr Jurium*)
(bit des drogues et achetait des laines (i) ; elle avait aussi de^ maisoDs sur les côtes de POcéan^ de la Belgique^ de l'Angle« terre^ et des documents de 1316 et 1335 attestent qu^elle ap* portait dans cette Ue des marchandises, surtout de Talun. Mal* gré les Catalans, les seuls qui, sur mer, fissent concurrence aux Italiens, elle entretenait encore des relations comnœrciales avec l'Espagne : de l'Andalousie^ elle tirait des fruits ; de Séviile» du Ué, de Thmle, des liqueurs ; de la Castille^ du plomb^ des IttoeS) de l'alun; de la Catalogne^ du vin> du froment, du sparte pour faire des nattes. Dès 1S36, elle concluait des traités de commerce avec les barbaresques de la côte africaine , pour garantir les naufragés et protéger son conunerce; elle avait une chancellerie de langue arabe pour faciliter la correspiMidance avec les villes de ce littoral, et Hasmet de Tunis, en 1274, reçut UD traitement pour enseigner l'arabe (i). Son échelle principale était Tunia^ comme Nimes, Aigues-Mortefl et Majorque pour l'Europe.
Ses navires^ avant de pénétrer dans l'Océan pour descendre jusqu'au cap Non, ou remonter vers les ports de la Belgique ou de l'Angleterre, se ravitaillaient dans les havres du Maroc et de l'Andalousie (3). Les bannières italiennes étaient exclues de la Bih^ue par la ligue hanséatique» jalouse de conserver le monopde des denrées de Russie. Les toiles, les dentelles, l'acier, le silp^re, les harnais de chevaux, les merceries d'Allemagne, ils allaient les charger sur le Rhin, pour les déposer dans les magasins de Bruges et d'Anvers. A Fépoque de la guerre de Chioggia, un amiral vénitien donna la chasse, dans les eaux de Rhodes, à un bâtiment génois chargé de mousseline, d'étoffes de soie, d'or et d'argent, de la valeur de 15,000 ducats; un autre prit deux navires catalans, chargés pour le compte des Génois, dontFun portait pour âO,000 ducats vénitiens, l'autre pour 40,000.
(1) Mais non du vin, ce qui avait encore lieu pour la Bourgogne ; au contraire, «m expédiait à Paris du vin de Naples. {Pradea délia mercaenra, ch. îLii, tiy.)
(2) Le peuple de Gènes eonsen-e encore beaucoup de mots urftbes : Kama" ^y eamallo, tara^ itUta, mttkMiéo^ marabottOf rokùi*n^ coràc,.,
(Z) Noos avons l'inventaire d'un navire qui» se dirigeant ver» TF^liise, hit pMMé k la cak du Dunster ; il portait deux gros tonneaux de gingembre vrrt, un làril de gingembre eu limonade , treize barils de raisins secs, neuf de soufre , cent soixante-douze balles de guède , vingt-deux de papier à écrire , une caisse de sacre candi , six balles de boites vides , un baril de pruneaux , trente-huit billes de ri£| dnq tonneaux de cannelle;» et cinq balles de bois de buis.
lis GOmiERGE DÉ aÊN£S.
Gènes tenait donc les trois grandes routes du commerce de l'Asie centrale et de Tlnde : la première débouchait dans la mer Noire par la mer Caspienne et le Volga j la seconde, à Lajazzo, l'antique Issus, par le golfe Persique, Alep et 1* Arménie ; la troisième, à Alexandrie^ par la mer Rouge et TÉgypte. Par ces voies, elle échangeait les soieries de la Chine ^ les^ices, les bois de teinture, le coton et les pierreries de llnde, les parfums de l'Arabie , les tissus de Damas, les draps de Tarse, le sucre, le cuivre et les essences tinctoriales [du Levant, Por et les plumes de l'Afrique intérieure, les fourrures, le chanvre, le goudron, le caviar, les peaux de castors, les antennes et les bds de construction de l'Europe septentrionale, les blés de Tunis, de la Sicile et de la Lombardie, contre les huiles, les vins et les fruits secs des Rivières, les armes de luxe et les coraux travaillés à Gènes, les toiles de Champagne, la laque, le plomb et rétain de l'Angleterre, en somme, contre les produits de toute l'Europe.
Comme le disait Serra, ils exerçaient le commerce et la domination dans toute la Ligurie maritime de Corvo à Monaco, et dans riie de Corse : ils pourvoyaient de sel les Lucquob, et la partie orientale de la Sardaigne recevait leurs lois ou celles des princes leurs amis ; ils visitaient Civita-Vecchia et Corneto, entrepôts de subsistances dans l'État ecclésiastique. Dans le royaume, leur séjour principal , après Naples, était Gaête , et , s'ils ne purent réaliser leurs desseins sur la Sicile, ils furent toujours en grand nombre à Messine, à Païenne , à Alciata. Dans la mer orientale de l'Italie, ils fréquentèrent Manfredonia , Ancdne et même Venise dans les intervalles de la paix. En Espagne, les comtes Bérenger de Catalogne partagèrent avec eux la ville de j Tortose; les rois de Castille, celle d'Alméria. Après les avoir j perdues ou aliénées Pune et l'autre, ils s'ouvrirent, par d'honora^ blés conventions tant avec les royaumes chrétiens de l'Ë^Mgne qu'avec les Maures, tous les ports maritimes et les marchés de rintérieur de la riche Péninsule ; dans les Pays-Bas, Bruges, pais Anvers accueillirent très-bien leurs compagnies, qui non-seu* lement y accumulaient des marchandises, mais les dirigeaieDt encore vers le Danemark, la Suède, l'Angleterre, la Russie et l'Allemagne ; leurs navires remontaient le Rhin chargés de marchandises d'Orient.
L'Egypte étiiit plus fréquentée par les Vénitiens; cependant les Génois ne laissaient pas de commercer avec Alexandrie, Ro-,
COMMERGE DE GÈNES. <i3
sette et Damieite, de s'établir même au grand Caire, et de cou* clore des traités favorables avec les soodans de ce pays. Dans le Levant; la colonie de Péra dirigeait ^ au moyen de ses magistrats, les contrées les moins distantes; celle de GafTa, les plus éloignées. De la première relevaient la marche des Zaccaria^ la Piiocide des Gatilussi, TAchaîe des Centeri, autrefois la Canée de Candie, puis un grand nombre d'tles et de ports dans T Archipel^ Famagouste et Limisso avec d'autres localités en Chypre, Ca&sandrie, Alnos, Salonîque, la Gavalla dans la Macédoine, Sophie, Nicopolis et d'autres dans la Bulgarie, Suczawa en Mol* davie, Smyrne , Phocée ancienne et nouvelle dans l'Asie Mineure, Altoluogoet Sétalie chez les Turcs, Kars, Sis, Tarse, Lajazzo dans les deux Arménies, enfin Héraclée, Sinope, Castrice et Ackermap dans la mer Noire. Le gouvernement de CafTa s'étendait sur les possessions de Rhazarie , sur Taman avec sa péninsule, Copa en Circassie , Totatis en Mingrélie, Kubatscka dans le Daghestan , le château près de Trébizonde, l'entrepôt de Sébastopol, le grand marché de la Tana, et sur les caravanes qui ae dirigeaient vers le nord et le centre de l'Asie. Le consulat de Tauris en Perse , peut-être indépendant des autres, devait encourager et régir le trafic de PAsie méridionale ; la prescription la plus importante défendait donc aux marchands génois de s'as* socier avec des étrangers.
L'Angleterre, principalement, vivait en bonne intelligence avec les Génois, et ses rois les plus belliqueux, Edouard m et Henri Y, leur témoignèrent une bienveillance spéciale; ils leur omnfiaient des emplois élevés et les indemnisaient des pertes que les corsaires leur avaient fait éprouver. Par un décret de Henri VI, les laines d'Angleterre et d'Irlande ne pouvaient être eiportées que par Calais, ville française alors au pouvoir des Anglais, et dont ce roi voulait gagner l'afFection au moyen de ce pmilége; mais il excepta de cette mesure les marchands génois, vénitiens et florentins. Lorsque Gênes se soumit à la France, elle se vit fermer cette Ile, ennemie de ce royaume; néanmoins elle y envoya comme ambassadeur Jean Serra, qui vit les luttes des York et des Lancastre ; admis à l'audience royale, il exalta si bien la paix et les avantages du commerce avec les nations éclairées, sans oublier de vanter la bienveillance de l'Angleterre envers Gênés, que les grands firent entendre des tpplaudissemçnts. Le roi lui-même voulut que ce discours fftt écrit et devint le préambule de la nouvelle paix, par laquelle il
mvt. DCi iTAL. — T. >n. s . . >4
IH GûmOSAOlS DE aBHSS.
pf)nQ0(tait au3i Gteols (('«border dans ses ports avec des agents et de3 serviteurs, pourvu qu'ils ne fùsseot pas Français, et din* troduire ou d'exporter des marchandises selon les anciennes coutumes; seulement i)s devaient s'abstenir d'aider de leurs fi^rcea et de leurs conseils les ennemis de l'Angleterre, qni pre* mettait à son tour d'agir de même avec les ennemis de Gènes, pieptôt ce royaum^^ cédant aux fausses idées d'ulors, o'fst^nlire p^rsu^dé que les restrictions qu'il mettrait au commerce des antres seraient une cause de prospérité pour le sien , défendit d'ex* porter et d'iipporter dea aoieries; mais les ceintures de Gènes furent exceptées^ et^ pour les draps, on acheta la guède des
Génois.
{1 fallfiit ime politique très-prudente pour se maintenir en paix avec des peuples de civilisation si diverse, sans cesser (onteMs de se faire respecter. Nous avons vu combien les Génois dé* ployèrent d'habileté en foce des musubnans ; sur les côtes de h BArl^iOs les fréquents changements de dynasties on de tribus dominantes suspendaient les bonnes relations , mais tous s'em* prenaient de les renouer. La guenre parut sur le point d'éclater avec ces peuplas, lorsque l^amiral Philippe Doria prit et sacoage« Tripoli, qu'il vendit I un Sarrasin après en avoir enlevé sept mille esclaves et i,âOO,ÛÛO florins d'or; mais le gouvernement génois se déclara étranger à ce fait et le désapprouva.
Heureuse Gènes, si elle avait su profiter de tant de causes de prospérité l mais les inoessanias agitations de l'intérieur l'empêchaient de prendre de sages mesures à l'égard du commerce- La dette publique augmentait, non par suite de dépenses &'mtérêt général , rm$ k cause des rivalités de partis, et la banque de Saint-George, qui devait remédier au mal , offrait au contraire un moyen de l'aggraver; c'est ainsi que, dans les maladies sérieuses, les médicaments deviennent préjudiciables. Cette ban* que, néanmoins, qui resta une des plus remarquables institutions du moyen ftge, attestait que les négociants furent toujours la partie la plus saine de cette république turbulente ; outre les services éminents qu'elle rendait à TÉtat , elle put venir en aide aux étrangers comme aux nationaux , aux particuliers comme aux prineeSf Les papes et les empereurs confirmaient ses privilèges, et tout sénateur qui entrait en charge jurait de les main* tenir. Les huit protecteurs des achats étaient toujours chcnsis parmi les meilleurs citoyens ; car il importait beaucoup que les hommes auxquels les indigènes et les étrangers confiaient leur
fortune jouissent d'une excellente réputation. Ils donnaient leur avis dans toutes les décisions de gouvernement et d'intérêt pu-» bUc, équipaient des navires pour le compte de la banque, faisaient des conquêtes et gouvernaient comme de nos jours la compagnie des Indes ; on leur céda même la Ck>rse et les colonies du Levant.
La ruiue des établissements du Levant fut d'autant plus préjudiciable h Gènes quejes Rivières ne lui fournissaient pa9 assez de marins. D'autres nations lui firent concurrence sur les marchés^ et la prospérité de Florence fut tout entière à son détriment. Les Génois cependant faisaient encore de grands pro« fits : Barthélémy Pellegrini devint^ par le commerce de l'alun et du mastic, le négociant le plus riche du Levant, et Bajazet I^' Taccepta comme caution pour la rançon du comte de Nevers et de vingtrquatre autres seigneurs français restés prisonniers à la bataille de Niçopolis (1). Antoine Sauii fit des bénéfices si con« sjdérables sur la ferme du sel à Gênes et à Lucques qu^il put prêter à Charles YIII 95j000 écus d'orj ses descendants cons* truisîrent la magnifique église et le pont de Carign£(no.
Venise, après sa guerre malheureuse avec les Génois, avait dà slmmilier à souscrire un traité qui , pendant treize ans, lui défendait de pénétrer avec des navires armés dans le détroit des DardanelleSj de manière que les voies du commerce pour la haute Asie et les pays du Caucase lui étaient presque fermées ; mais elle ne tarda point à rompre les mailles de ce filet , et Taroiral Giustiniani , après avoir assailli Constantinople, obtint de nouveaux privilèges. Il fut reproché aux Génois d'être restés spactateurs indifTérents de cette lutte, bien quils eussent flatté rempereur de Tespobr d'un secours ; en réalité, ils songèrent à ^r parti de sa terreur, et lui firent entrevoir qu'il devait, pour les mettre en mesure de l'aider efficacement dans le cas de nou* veaux dangers, leur concéder une plus grande étendue de ter* ritoire. En effet, un acte de délimitation de 1303 et un traité de i304 accrurent les privilèges de la colonie de Galata, située de manière à commander le passage de la mer Noire; or la douane des Dai*danelles rapportait à Tempire grec 30,000 pièces d'or, et 370,000 aux Génois.
Ce peuple donna la main à l'empereur contre les aventuriers catalans qui osèrent attaquer la capitale et s'établir à Galiipoli ,
(1) GmnmANl, JunaUs^ Ti.
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d^où il parvint à les expulser ; il le secourut encore contre ks Turcs^ qui s'approchaient toujours davantage. Les incessantes luttes des partis nuisaient aussi à rétablissement de Galata; les guerres empêchaient de rapprovisionner, et il arriva même qoe les Gibelins s'entendirent avec les Turcs pour causer la mine de leurs compatriotes de cette colonie.
Les Vénitiens et les Génois n'avaient pas cessé de lutter pour obtenir de plus grands privilèges de Tempereur de Gonstantinople, et^ dans ce but . ils favorisaient tantôt un compétiteur^ tantôt l'autre. Venise ne faisait que renouveler les traités précédents, qui, sous le nom de trêves^ duraient cinq ou dix ans (1); mais les Génois, maîtres de Galata près de Constantinople, avaient les moyens de se faire respecter ; tout nouveau traité leur valait donc une concession nouvelle. Dans celui de 1382, ils stipulèrent qu'ils ne seraient pas tenus de servir en armes l'empire grec, pas même pour recouvrer des forteresses prises ou assiégées par les Turcs; par cette neutralité, ils voulaient échapper à Pinimitié de ces nouveaux conquérants. .
On fait honneur à Henri Dandolo, doge et historien de Venise, d'avoir rouvert l'Egypte au moyen d'une ambassade expédiée au Soudan de ce pays, en lui offrant sa médiation pour régler un différend qu*il avait avec les Tartares. Les Vénitiens s'établirent surtout à Alexandrie, où les marchands de l'Inde arrivaient sur des chameaux traversant la croupe des hauteurs qui séparent le golfe Ai^abique du Nil , dont un canal facilitait les communications avec la mer Rouge et le Caire. Des caravanes annuelles apportaient à cette ville, de l'Afrique intérieure, des gommes, des dents d'éléphant, des tamarins, des perroquets, des plumes d'autruche, de la poudre d'or, outre les nègres qu'elles amenaient; de là partaient deux caravanes, dont l'une se diii« geait vers les villes saintes de l'Arabie , et Tautre vers le mont Sinaï , voyages qui leur offraient l'occasion d'utiles échanges. Un grand nombre d'Européens traversaient l'Egypte avec les caravanes; mais les négociants qui abordaient dans le port d'Alexandrie, surveillés de près, (levaient enlever les voiles et le timon de leurs navires, et leurs noms étaient enregistrés. Les mameluks, dont tous les revenus consistaient dans les droits d'entrée, favorisaient les Vénitiens qui, à leur tour, leur témoignèrent beaucoup d'égards; mais des conflits venaient-ils à
(1) On eu coDoait de 1802, 10, lO, 24, 82, 35, 42, 50, 62, 82.