LES POLI
telligent, resta, frappé d'étonnement à la vue d'un monde si différent du nôtre, et se mit à noter tout ce qui lui semblait digne de souvenir, a et personne au monde ne le sut jamais comme lui ». Koubilaï, qui Tavait en grande estime, le nomma assesseur de son conseil privé, outre qu'il l'envoya recueillir des renseignements statistiques dans son empire, et le chargea d'ambassadeset de gouvernements très-importants. Les Poli se trouvaient ambassadeurs en Perse quand ils apprirent la mort de Koubiktî, ce qui les détermina à, retourner en Europe; ils revirent leur patrie, et MarcOy combattant pour elle à Gurzola, fut pris par un bâtiment génois. Jeté dans les fers, il consola sa captivité en racontant a diverses choses, selon qu'il les avait vues de ses propres yeui, et beaucoup qu'il n'avait pas vues, mais apprises d'hommes sages et dignes de foi ; or il décrivit les choses vues comme vues, et les choses apprises comme apprises^ afin, que son livre fût sincère, loyal, et saps blâme. Et certes croyez bien qu'aucun homme ^a Uganda, depujs que Notre-Seigneur Jésus-Christ a créé Adam noire pr^^mier père, ne vit ou ne chercha autant q^e ledit me5sire Marco Polo. » Rendu à la liberté et à sa patrie, il mourut chargé d'années; sa Relation (1), qui fut bientôt répandue dans tciut^ l'Europe, excita le désir de faire de nouvelles découvertes^
(1) Klaprotk préparait réditiou du Million de Marco Polo, avec descoaunfJi- Uires et la carte analysée des pays visités par luL Cette édition devait être imprimée aux frais de la Société géographique de Paris ; mais il ne put la termi' ner. Il semblerait que le Million fut primitivement rédigé en vénitien, dialecte de récrivain. Le père Spotomo soutient que , après sa longue absence , Varco devait avoir oublié son idiome national , et que le Génois Andalon du Negro récrivit en latin d'après la relation du voyageur lui-même. Les meilleur» cntr" ques prétendent aujourd'hui que Rusticiano de Pise récrivit en français à mesure qu'il recueillait les faits de la bouche de Marco, son compagnon de captivité. Le texte le plus exact paraît être celui que la Société géogi-aphique de Paris publia en 1824. De bonne heure le Million fut traduit en toscan et en d'autres langues, mais avec des interpolations, licence qui fut poussée à Yexch par Ramusio dans sa CoUezione di navigazioni. En 1844, il fut imprifflH Edimbourg par Murray, avec un grand nombre de notes explicatives; en aile* mand, par A. Bùrck (Die Reisen des Fenezianers M. Polo, Leipzig, 184S), »nf les meilleures éditions, et avec des additions de G.-F. Ncumann, qui parcourut les mêmes lieux , et trouve fort exact le voyageur vénitien. Lue édition itt* lienne fut publiée à Venise en 1847, par Vincent Lazari , après avoir traduit l'édition de 1824, délivré le texte des additions de Ramusio et ajouté des notes. Le lieutenant Wood, de la marine britannique de l'iude, qui découvrit les \^' ritables sources de TOxus en 1829, dit que la description que Marco Polo • f«tt de ces pays est très-exacte.
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lesquelles confirmèrent ensuite la véridicité d'un livre c[ui ne ment jamais alors même qu'il se trompe, et qu'on avait crû rempli d'exagération^ au point qu'on l'appella Jft//ton. '
I^ersonne, en effet, n'eut plus de facilité pour exapiinier la Chine et le Japon; encore aujourd'hui, son livre reste comme une source d'importantes notions sur les Mongols et leuij gouvernement, sur les pays du centré et de l'drient d^ l^Asîe. Quet intérêt ne devait pas exciter chez lè^ cofitempôraids le tàW^a'if de la bizarre civilisation des peuplèâ au nom dfesalifeU* ilô trériiblaient, et des éti'artges contrées d'où ilfe tiraieiit les jSlèiteS pfé-^ cieuses, la porcelaine, les épices, la soie ! Ses descriptlotis oilvrirent un nouveau champ aux caprices de l^imkgihation ^ et la fantaisie grefta les traditions de l'Asie sur les nôtres; du resté/ elles donnèrent un puissant essor aux Voyages de' déôôuveiftéfl^ du quinzième siècle.
Niœlas Conti parcourut aussi 1 Orient, où il resta Vingt-cmq ans. Ayant renié sa foi pour sauver sa vie, il en denianda piarddn aux genoux d'Eugène IV, qui lui imposa, comme pénitence, dé raconter scrupuleusement ses voyages au Florentin Poggio, dont nous avons une relation trop succincte, puisqu'on y trouvé â peine les traces du voyageur jusqu'à Java et Ceylan; néanmoins elle offre le portrait fidèle des mœurs indiennes. Caterino 2end écrivit des commentaires sur le voyage quil fît en Përsé, coin'mé nous l'avons dit, pour exhorter le roi de ce pays à faire la guerre aux Turcs. Dans le même but, en 4471 , on envoya^ avec deÉ vases d'or et des étoffes de Vérone, Josaphal Barbare sur deux galères, pour que, à travers l'Arménie et le pays des Kurdes, il se rendit à Tébris et à Kassan; mais, en dépit des plus grandes instances, il n'arriva point à sa double destination. Néanmoins, à son retour, comme il était homme d'intelligence et de sen§ droit, il écrivit une relation, la première qui fil connaître ces pays à l'Europe moderne. Léopold Batloni, envoyé comme ambassadeur, pénétra également dans ces contrées par Trébizondè; et Ambroise Contarini, en 1474, y arrivait par la Pologne, la Russie, la Colchide, le Phase, la Géorgie, la Mingrélié, TAtmènie. Ketoumant par la mer Caspienne et trouvant Caffa au pouvoir des Turcs, il remonta de Derben jusqu'à Moscou à travers un pays sauvage, et recouvra de l'argent du grand prince pour le compte de sa patrie, où il revint fmr l'Allemagne, après deux ans d'absence : voyage très-hardi à cause des rares connaissant ces d'alors, surtout quand il fallait braver les meilaces de peu*
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pies barbares et les soupçons des Turcs. Il nous a laissé une description curieuse (1).
Pierre Quirini , Vénitien et négociant à Candie , s'embarqua pour la Flandre en 1431; entraîné au delà des Sorlingues parun coup de vent épouvantable^ il naufragea^ prit terre sur Fextr6mité des côtes Scandinaves, et revint par la Suède ^ la Nor^'ége, r Angleterre^ rAUemagne; puis il raconta ses disgrâces dans un style émouvant^ comme le firent aussi ses compagnons Christophe Fioravante et Nicolas Micheli. Hiéronyme San Stephano, en 1496^ se dirigea, pour afTaires commerciales, de Gênes vers les Indes^ en passant par le Caire et la mer Rouge; il poussa môme jusqu'au Pégu, vendit à perte ses marchandises au roi de ce pays^ revint à Camboje et se mit au senice d'un marchand de Damas. A Oripus, il se joignit à des Arméniens qui se rendaient à TébriS; et^ par mer, il airiva dans le Laristan^ province de Perse, où les navires expédiés de Tembouchure de TEuphrate pour llnde avaient coutume d'aborder; dans le pays des Azamènés, il attendit les caravanes^ et, par Ispahan, Kasbin, Soudanie, il parvint à Tébig, d'où il gagna Alep. Louis Rominotto parcourut l'Asie et les côtes d'Afrique, mais il ne décrit aucune région nouvelle; son travail est moins important que le périple de la mer Rouge et de la mer Indienne^ écrit par un anonyme qui, en 1538, assistait avec Soliman au siège du château de Diu, défendu par les Portugais.
En 1374, Luchino Tarigo et d'autres pauvres aventuriers génois partirent de Caffa avec une fuste armée , remontèrent le Tanaîs jusqu'à Tendroit où il n'est séparé du Volga que par soixante wersles,et traînèrent leur faible embarcation à travers cette langue de terre; après Tavoir jetée sur le grand fleuve , ils descendirent dans la mer Caspienne et s'enrichirent par la course {%. George Interiano, leur concitoyen, vit et décrivit les mœurs des Circassiens, fut le premier qui porta quelques platanes à Venise, et regardait comme probable le passage de l'Océan dans la mer Rouge (3). Boccace vante Andalon du Negro, Génois aussi, pour avoir parcouru presque le monde entier (4). Jean Colonna, ex-
(t) Voir BiZIABRO, Hiit. rerum pfrsiearum.
(2) Gkabbsg de HbMSO, Annales de géograpfùe; janvier 1803.
(3) Idtm videtur sentire noster Georgius, vir in peragrando orbe aÈque ùukgando ttrrarum situ diUgentistimus , dit Autoiiie Galatée, qui traite la même question dans Topuscule De situ elementorum.
(4) Généalogie des Dieuj^ livre XV.