‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 63 sur 169 · LA NOBLESSE ET LA PRINCIPAUTÉ · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE ET LA PRINCIPAUTÉ

ne faisait naître aucune honte , pas plus que le vol chez les Bédouins , et , parmi les Romains , l'habitude d'avoir des esclai» et des gladiateurs. Machiavel proclame qu'il est honteux poor les grands hommes de perdre , non de gagner en trompait Telle fut la conduite de Louis XI de France, de Henri Vin d'Angleterre, de Ferdinand de Castille, de Jean II en Portugal, de Jacques IV en Ecosse ^ terribles initiateurs qui employaient le$ mêmes moyens pour détruire le passé, et &ire entrer dans Tonité nationale les éléments confus du moyen âge.

L'Italie, comme centre des négociations, offrait de plus grands exemples de cette politique, qu'elle fut accusée d'am inventée, et dont elle resta la victime ; elle avait de bons princes, mais pas d'institutions qui perpétuassent le bien. Ce terriUe peintre de son âge, qui osa dire ce que d'autres osaient faift, ajoute : a Les royaumes qui dépendent seulement de la verti a d'un homme sont peu durables, parce que cette vertu périt a avec lui^ et qu'il arrive rarement qu'elle soit continuée par h. «successeur; le salut d'une république ou d'un royaumi a n'est donc pas affaire d'un prince qui gouverne prudem* a ment tant qu'il vit, mais bien du chef qui lui donne une (Xffr a nisation telle qu'elle persiste même après sa mort, o

Dès que les affaires se furent concentrées dans les mains des princes et des ministres, on vit naître la politique de cabinet, ei la nécessité de se surveiller réciproquement, de combiner des alliances, d'enti*e tenir des ambassadeurs, de manière que la diplomatie devint l'instrument principal des réconciliations et des inimitiés.

Les produits des biens particuliers des princes constituaiefll les revenus publics, auxquels il faut ajouter : les redevances a nature et en argent, payées par la classe des tenanciers à tous les degrés; les sommes données pour se faire exempter desservie» personnels et réels, des logements, le produit des droits royaux, monnaies, mines, eaux, bénéfices, évôchés vacants; les taxes imp^ sées à ceux qui achetaient des offices et des charges, surtout oelles de finances, occasion de profit; les douanes, les péages, les droits sur la vente au détail; les vacations pour causes civiles, et les amendes ou les compositions pour les affaires criminelles; les successions qui revenaient au prince; les contributions acquittées par les juifs et les prêteurs, afin de jouir de la même protectioa que les citoyens ; les dons volontaires, surtout à ^occasion des mariages, des baptêmes, des successions; les redevances moyen-

FINAHGHS. i89

nant lesquelles on accordait des franchises aux communes^ aux corporations, aux individus ; Timpôt direct réparti différemment, tantôt d'après le nombre des feux , tantôt par téte^ ou bien en proportion du sel consommé, ou des chevaux que Ton devait loger, et cet imp6t variait selon la condition des personnes ou les coutumes de la commune.

Dans les circonstances critiques» on frappait d'un impôt les biens du dei^é^ avec le consentement du pape^ ou l'on employait dans l'intérêt public les legs faits pour des œuvres de charité. Souvent on demandait des subsides, que ni les communes ni les corporations n'osaient refuser^ et dont parfois on déterminait d'avance le montant; on faisait même connaître les occasions où l'on y aurait ^recours. Il restait , en outre ^ une source plus abondante^ les confiscations^ qui servaient^ non-seulement à remplir le trésor^ mais encore à rendre impuissantes les familles qui portaient ombrage.

En résumé, les finances devenaient un instrument redoutable d'oppression y d'autant plus qu'elles n'étaient pas soumises à de bons règlements administratifs. Accumuler de l'argent pour entretenir des armées non citoyennes, qui sont tout à la fois Taiguillon et l'appui de la tyrannie y c'est à quoi se bornait toute la idence financière des princes. Ainsi^ tandis que dans le moyen lge(Hi reconnaissait^ du moins en droit, la supériorité de la conscience sur l'opinion^ de la justice sur la force y la politique alors se réduisit à l'art d'arriver au pouvoir et de le conserver par tons les moyens^ sans jamais faire preuve de générosité. Dès krs nous trouverons au onzième siècle beaucoup de travaux ma- (Difiques, peu de belles actions. Le dépeindre comme unâge d'or, t'est donc foire un mensonge, ou vulgaire, si, malheureux dans le présent, on se figure le passé très-heureux ; ou littéraire, si Ton veut accroître l'effet des ténèbres antérieures en y opposant les rayons d'une lumière très-limpide.

Dans l'Italie, l'ancienne civilisation avait laissé des restes vi- Taces, et la nouvelle, dont la force dérivait du pontife, avait marché à grands pas : instruction répandue et honorée, agricultore savante, commerce étendu, existence très-heureuse, luxe ttfBné, elle réunissait tous les avantages. Les étrangers, de môme qu'ils étaient attirés par la dévotion au seuil des saints apôtres, venaient, pèlerins de l'intelligence, pour chercher des inspirations, des exemples, un complément d'éducation, le goût ^ travaux littéraires, la hardiesse de raisonner, l'expérience

GIYILISATION fTAIilENNE.

des libertés eiyilesi afin d'éclaiver' eosuite leur patrie avec 1« rayons de Tltalie. U amour des lettres était considéré comme on devoir des princes ; les rhéteurs et les grammairiens faisaient réducation des seigneurs ^ étaient chargés d'ambassades , concluaient des traités, yétude de l'antiquité polissait le style et or nait les édifices sans avoir encore enohatné Péorivain à l'imitation servile; chaque événement donnait heu à des fêtes et à des solennités où l'on déployait le luxe et le bon goût. En un mot, la supériorité de la Péninsule dans les arts « la culture ei l'opulence n'était pas contestée.

Mais le caractère national s'affaiblissait; avec les commuaes s'éteignait la confiance en soi-même, Torgueil persomiel. Tes* prit d'honorable résistance; ^habitude de servir les despotes énervait les âmes, autant qu'elles sont fortifiées par robéissaDa. légitime et Fobligation d'émettre son avis sur les intérêts et les: actes de la patrie. Les princes seuls agissaient; le peuple, ei-^ clu des affaires, se tourna vers l'industrie, les arts et les lettres.^ Mais si , dans cette condition , on ne voyait plus ces soulève^] ments intérieurs qui formaient la partie dramatique de Tant quité et du moyen ftge, il faut dire que, dans les multitudes, h patriotisme et le courage faisaient place à une patience iosoaciante et égoïste ; chacun cherchait la sécurité djms un état ebs^j cur, et se faisait une haute opinion de la force quand elle fté^l dominait sur une populace désarmée, qui ne voyait aucun bat| élevé offert à ses aspirations et pour lequel elle pût mourir. De là présomption et vanité sans vertu, dévotion sans foi. On M sipait les forces au lieu d'en user. Fier du passé, on provoquiil| en duel quiconque accusait la nation de lâcheté, mais on nei sait rien de ce qu'il aurait fallu pour lui conserver la supè'j riorité.

Le mouvement continu avait fait prévaloir la richesse m(ii*\ Uère sur la fortune territoriale» communiqué la culture, les sessions et l'autorité à la classa moyenne, réveillé les esprits el fortifié les volontés; mais, dans la lutte, les combattants se ft guèrent plus t6t que les forces ne furent épuisées. A une lil mobile, beaucoup préféraient une servitude qui promettait ror*| dre; d* autres, au contraire, considérant la monarchie coi l'antithèse de la liberté, l'abhorraient et cherchaient à la verser, au lieu d'aviser au moyen de la constituer dans Tint de tous ou du plus grand nombre, et de faire tourner la doi nation^ la culture et raetivité de quelques-uos à davantage del

HA.UTB ITALIB. 191

beaucoup. Ajoutez-y ies hétérogènes éléments historiques d'une érudition qui écrasait les espérances sous le poids des souvenirs, et opposait à l'Italie naissante le fantôoie d'une Italie évoquée. Mille obstacles empêchèrent donc qu'une jeunesse précoce fût suivie d'une forte virilité, et que les Italiens, unis par le sol et la langue, créasseut Taccord de Topinion^ indispensable à Tunité nationale, dans une fédération comme dans une monarchie.

Les choses^ sans doute^ n'auraient pas été pires qu'ailleurs sans l'intervention des étrangers^ qui troublèrent ces combinaisons ingénieuses, et si les plus grandes planètes, en s'approchant^ n'avai^tpas enû^alné comme satellites les petits États italiens. Les armées indigènes firent place à des Suisses ivrognes^ à des Espaçiols superbement rapaces^ à des Français impétueux et dittolus, à des Tudesques grossiers et dédaigneux. Aux guerres ooiirt<xses fut substituée, avec la violation de toutes les lois de l'hospitalité^ de ladécence^ de l'humanité méme^ une férocité hratale qui s'exerçait^ non dans un but déterminé et sur des personnes notables^ mais sans distinction et pour Funique plaisir de tourmenter et de détruire , pour le cruel pomt d'honneur d'écraser ces hommes dans lesquels on ne pouvait éteindre la vie du cœur et de l'intelligence.

La féodalité, détruite dans le reste de Fltalie, prévalait encore, à cause du voisinage de la France, dans les pays dépendant des ducs de Savoie, lesquels tendaient à soumettre les vassaux, mais aaos refuser aux communes quelques franchises, qui les assimilaient plutôt aux municipes anciens, et les empêchèrent de parvenir à l'indépendance, comme celles de Lombardie. Ces ducs, étrangers d'origine, dominaient aussi^ du versant septentrional des Alpes^ la portion qui s'étend le long du Pô et de la Doire, territoire le premier ravagé par toute armée qui descendait en Lombardie. Les Alpes, de ce côté, ne bornaient donc pas encore le sol italien; des Allemands et des Garinthiens s'y étaient introduits depuis le Frioul jusqu'au Tagliamento, et depuis le Tyrol jusqu'au lac de Garde. 11 arrivait des Suisses et des Grisons des Alpes lépontines et rhétiques.

Le Biilanais exerçait la prépondérance dans la haute Italie, et aurait pu la réunir tout entière si ses chefs avaient été vertueux, au moins dans le sens de Machiavel. Il était entouré par un grand nombre de petites seigneuries : la principauté de Monaco, au midi du Piémont ; la seigneurie de Massa, au nord-ouest de la Toscane; le comté de la Mirandole, au nord-est de Modène.

19i ROYÂUMB BE NAPLES. SICILE.

Borso d^ste avait obtenu de l'empereur Frédéric UI les titRs de duc de Modèue et Reggio^ de comte de Rovigo et Gomacdiio, et de Paul II, celui de duc de Ferrare. Le Mantouan, confirmé par Louis de Bavière aux Gonzague^ puis érigé en marquiat par Sigismond^ comprenait les seigneuries de Bozzolo et de Sabbioneta, tandis que d'autres branches de cette maison dominaient à Gastiglione , à Solferino , à Novellara , à Guastalla arec Montechiaruggolo.

La dynastie aragonaise, la seule qui fût étrangère^ possédait le royaume de Naples, l'État le plus étendu et cependant le ptos faible de tous ceux de l'Italie; car le roi Ferdinand y était abhorré, à cause des moyens qu'il avait employés pour compriffler la conjuration des barons* Il en était de même de son fils atné, Alphonse de Calabre , parce qu'on lui attribuait le conseil des cruautés, lesquelles n^avaient pas suffi néanmoins pourdétnire toutes les juridictions seigneuriales. Les forces affaiblies^ la défiance et Pespoir de changements disparus^les Sanseverino elles Caldora^ avec la persistance infatigable des bannis, semaientles haines dans toute l'Italie et entretenaient des intelligences dans l'intérieur, tandis que le peuple, non moins malheureux soos les Angevins que sous les Aragonais, ne se sentait disposée combattre pour aucun parti. Ferdinand le Catholique convoitail ce royaume; mais, comme il ne pouvait le posséder sans déraoger l'équilibre politique, il en sortit les guerres qui finirent par jeter sur l'Italie les hommes dont la force devait décider de sm sort d'une manière si funeste.

La Sicile demandait en vain d'être considérée comme royaume distinct, non conune province d'Aragon. De là on lui envoyait un vice-roi triennal, sojus lequel se trouvaient les chefs delà chaiH ceilerie, c'est-à«dire les secrétaires d'Etat, les magistrats de U cour suprême, un grand conseil de tous les hauts dignitaires di royaume, barons et prélats. Les vice-rois, résidant tantôt id, tantôt là, jusqu'à ce qu^ils se fixèrent à Païenne, se trouvaient liés par de fréquentes instructions secrètes, et ne pouvaient conclure rien d'important sans l'avis du roi : mais, à l'égard des sujets et des fonctionnaires, leur puissance était illimité; poi^ en remplissant la charge de capitaine général, ils rendaient inutiles le grand connétable et le grand amiral, presque toujoais étrangers. Les autres charges de maître justicier, de maître €a^ tulaire, protônotaire, grand sénéchal et grand chambellan n'ê* taicnt que de vains titres réservés aux principales familles sici*

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