‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 86 sur 169 · CARACTÈRE DE LUDOVIC · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LUDOVIC

teau de Porta Zobia d'admirables édifices, outre qu*il agrandit la place qui se trouve devant. Il débarrassa les rues des obstacles qui les obstruaient^ et fit peindre, orner et embellir les façades des maisons; la même chose eut lieu dans la cité de Pavie, de manière que ces villes, sales et laides d'abord, peuvent maintenant se dire très-belles. Vigevano, séjour où les seigneurs se plaisent beaucoup, fut agrandi et orné d'un grand nombre d'édifices* superbes : il y fit faire une grande place, embellie d'ornements et pavée; un parc, où il mit, pour le plaisir et la récréation, beaucoup de bêtes sauvages; enfin de magnifiques jardins. Mais, comme ce pays était aride et sec, il y amena, au moyen de quelques aqueducs construits avec beaucoup d'art, des eaux en si grande abondance, qu'il put convertir ces terrains stériles en belles et bonnes possessions très-productives (i].» Il étendit la culture du mûrier, et s'occupa de réformer les statuts.

Intelligence active et âme basse, incomplet dans les bonnes comme dans les mauvaises qualités, Ludovic , à la manière des modernes, croyait que Thabileté était tout, se confiait dans la finesse politique pour diriger les destinées de l'Italie, et tombait dans des méprises que n'évitent jamais ceux qui ont trop souvent recours à la ruse. Il s'était imaginé que (iharles VIII se tiendrait pour son obligé , que Pierre de Médicis et les Aragonais seraient abattus, mais non pas anéantis, les Vénitiens intimidés, et tous éblouis par sapuissance. Pendant la régence de la duchesse Blanche, il espérait enlever le Piémont au moyen d'intelligences avec le marquis de Saluées et le seigneur de Valperga, et réunir ainsi toute la haute Italie. Mais l'avalanche prit une autre direction que celle qu'il avait prévue; car, tandis qu'il se vantait d'avoir, par son astuce, appelé et chassé Charles, puni et relevé les Aragonais, en ajoutant que le Christ dans le ciel y et le More sur la terre, savaient le but de cette guerre (2), il se trouva écrasé

(1) Cagnola, Chronique, iiv. vm, à la fiu.

(2) Matarano , chroniqueur contemporain , dit qu'il fit battre une moiioaie avec cette épigraphe , mais le fait est faux ; ce n'était qu'un dicton cite par Nardi dans V Histoire florentine ^ livre lU, dont nous trouvons un souvenir dans une chanson populaire des Milanais, faite après ses malheurs :

Son quel duca de Milano Clic C3n pianto sto in dolore ; Son sugeto cli'ero signore; Orà son fatto Alemanno.

MAXnOLISK D'AUTRICHE. 261

par des prétentions dont il ne s'était point inquiété quand il avait réclamé rintervention des Français. Dès lors il faisait jouer de nouveaux ressorts^ multipliait les traités et les alliances, et, pour entreprendre la guerre à son avantage, il mêlait un nouveau potentat aux destinées de PItalie , en appelant Maximilien à venir chercher la couronne.

La chute de la maison de Bourgogne, de môme qu'elle agrandit la France, consolida la puissance de la maison d'Autriche ; en effet, Tarchiduc Maximilien, par son mariage avec Marie, fille de Charles le Téméraire, hérita des Pays-Bas, qui furent ajoutés à ses domaines paternels de TAutriche, Styrie, Carintbie, Camiole, Tyroi, Souabe, Alsace, outre qu'il eut encore la couronne impériale. Beau de sa personne, vif, de manières agréables, cultivant les arts et les lettres, brave, chevaleresque, il administrait avec la plus grande imprévoyance; dans une époque où l'argent acquérait une importance suprême, il en était toujours si dépourvu que les Italiens l'appelaient Maximilien court d^argent. Afin de se procurer 300,000 écus de dot, il épousa Blanche Sforza, nièce du More ; il vendait les privilèges et les titres, le droit de légitimer les bâtards, et même celui de créer des poètes (i). Aussi, comme les moyens lui manquaient, il abandonnait tout à coup les expéditions qu'il avait commencées inconsidérément; il s'engageait dans des entreprises nou*velles pour avoir un prétexte d'abandonner les anciennes , et

sMnunisçait dans les affaires des autres, afin de pouvoir excuser

lo dicevâ chc un sol Dio Era in clelo, e un Moro in terra; E seconde il mio deslo lo faccva pace e gnerra. . .

Ce même Nardi mentionne une médaille de Ludovic où se trouvaient deux mains, Tune tenant du feu , Tautre de l'eau, voulant indiquer que sa prudence savait produire la guerre et la paix ; il y ajoute qu'il avait fait représenter une Italie toate remplie de coqs , et un More qui , avec le balai, semblait les cbas- ■er. Ayant montré ce tableau à François Gualterotti, ambassadeur florentin, il lui demanda ce qu'il pensait de son invention, et celui-ci lui répondit : « C'est très-bieo , mais il me semble que ce More, en voulant balayer l'Italie des coqs, se met sur le dos toutes les ordures. »

(1 ) A Urbain Terralunga d^All>e, conseiller du marquis de Montferrat, il concède ut/acere, ereare, instituere possit poetas laureatos , ae quoseunufUé qui in tiheralibtu artibus ae maxime in earminibtu adeo profeeerint, ut promoperi ad poeticam et laureatum merito possint. (Diplôme du 3 août 1^1, ap. TUIA'OS- CBI, t. VU, p. 1823.)

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la négligence des siennes. Ses desseins étaient grandioses , mais il échouait dans tous ; il faisait un mystère de ses résolutions pour se dispenser de les discuter avec personne; puis^ le moment venu de les exécuter, il se laissait décourager par le premier obstacle.

La maison d'Autriche, en tout temps, chercha avec une grande opiniâtreté à recouvrer ce qu'elle avait une fols possédé; Maximilien voulut donc soumettre les Suisses^ qui lui envoyèrent dire : « Altesse, nous sommes des gens grossiers^ et nous pourrions manquer aux égards dus à une couronne. x> Il ne tint pas compte de Pavis, fut battu, et dut recourir à la médiation du duc de Milan. Les Suisses^ que leur première guerre avait affranchis de la maison d'Autriche, et celle-ci de Tempire, s'allièrent avec la France; désormais ils lui fournirent des soldats qui devinrent funestes aux Allemands^ et abhorraient le duc de Milan, parce qu'il empêchait d'exporter des comestibles de la Lombardie dans la Suisse.

Maximilien^crut inutile son couronnement à Rome, et s'intitula empereur élu des Romains, paraissant ainsi vouloir rester étranger aux affaires d'Italie; mais il écouta le More, son oncle, qui

i''^ lui promettait 200,000 florins s'il le nommait roi de Milan. Il descendit donc du Tyrol par la Valteline, mais avec si peu de forces que tous ceux qui refusèrent de lui obéir ne purent y être contraints; lui-môme, saisi de honte, recherchait les chemins détournés, et fuyait les villes pour n'être pas humilié par la magnificence des réceptions.

Pise était toujours le but des tentatives armées et des intrigues : les Florentins la voulaient comme leur ancienne possession, et le More comme l'unique dédommagement qui pouvait compenser les sacrifices de la guerre, conseillée par lui si mal à propos; elle était surtout ambitionnée par Venise, qui, déjà maîtresse de postes nombreux dans la Fouille, aurait, par Tacquîsition de cette ville, dominé seule sur la Méditerranée. Maximilien lui-même la convoitait comme ayant appartenu à l'empire. Après avoir reçu des ennemis de Florence quelque argent et une

i^ios flotte, il assiégea Livoume; mais, selon son habitude, il dut bientôt renoncer à cette entreprise et retourner en Allemagne, laissant de sa personne en Italie une idée toujours plus misérable.

Le More n'avait obtenu que des titres pour lui et ses fils, avec la promesse de milliers de soldats, en échange de la pro-

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messe de millions d'argent. Il revint donc à ses manœuvres pour empêcher les Florentins de s'entendre avec Venise^ comme ils négociaient pour le faire, et de lui abandonner Pise (1); mais les Vénitiens^ qui professaient également une politique tout à fait italienne (2), n'hésitèrent pas^ imitant ce qu^ils avaient hautement désapprouvé dans le More^ à lui susciter un antagoniste. En effet; par le traité de Blois^ ils reconnurent Louis XII comme 1499 duc de Milan et roi de Naples ^ à la condition qu'il leur cède- ^^ ^^^^ rait Crémone et la Geradadda^ avec les villes qu'il possédait dans la Pouille. Louis^ . désirant rompre son mariage avec Jeanne^ fille de Louis XI, qui lui était odieuse^ pour épouser Anne^ veuve de son prédécesseur^ caressait dans ce but Alexandre VI^ qui espérait, avec l'appui de ce roi, agrandir sa propre famille. Le More, voyant le nuage grossir, se prépara à le recevoir. La guerre ne se faisait que par les chefs de bandes; tels étaient alors Baglione de Pérouse, Marc Martînengo de firescia, Oaléas Sanseverino, Appiano de Piombino^ Virginie Orsini^ fameux temporiseur^ et chef des meilleurs combattants; Camille ViteUi^

(1) Le More, en 1498, se plaignait à Foscari , ambassadeur vénitien , de la dé6ance que témoignait la Seigneurie , et ajoutait : >< J'avoue que j'ai fait beau- « coup de mal à l'Italie , mais je l'ai fait pour me conserver dans le lieu où je « me trouve ; je l'ai fait avec peioe, mais la faute en a été au roi Ferdinand, et « même, je veux le dire, en quelque partie à rillustrissime seigneurie (vcni- « tienne ) , parée qu'elle n'a jamais voulu se laisser comprendi'e. Mais , depuis , m n'a-t-elle pas vu que tous mes efforts ont eu pour objet la délivrance de Tl- « talie ? Il est certain que, si j'avais différé davantage de faire la paix de Novare, « aeium erat de Itaiia , parce que nos affaires se trouvaient dans le pire état. » (MAUraSI , AnnaUs , p. 842.) Dans une autre lettre que renferment les ar* ehtve« Trivulctennei de 1499, il se plaint qu'on ait répandu le bruit qu'il avait appelé lea Turcs : « Et cependant , sur notre àme , nous disons qu'il n'est pas Trai que le Turc ait marché sur nos instances, et que nous ayons jamais rien fait pour le faire venir. » Dans une autre , qui est le quinzième des Documents de t histoire italienne publiés par Molini : « Je jure par Dieu que jamais je n'ai rien envoyé dire au Turc. » Or Gorio , son panégyriste , affirme que cela « résulte de le minute de l'instructioik que son Excellence donna à Ambroise Bogiardo et à Martin de Casale, laquelle porte, etc., etc., » et il eite la commission donnée par Ludovic à ses envoyés.

(2) Le doge répondit aux Ploreutios, qui euvoyèrenl des ambassadeurs pour se reconunander à la Seigneurie : « Tant que vous serez bons et fidèles Italiens, « et que vous o'irez pas intriguer au delà des monts, nous autres, avec toute la « ligue, nous vous tiendrons pour nos amis. Sachez bien que, sans nous, toute « l'Italie aurait été occupée par les Français ; si vous ne voulez pas être Italiens, « nous ne pouvons en rien venir en aide à vos affaires. » (Maupubi, p. 428. j^

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qui avait le premier formé les arquebusiers à cheval; Barthélémy d^Alviano des Atti de Todi^ Paul Yitelli de Cività de Gasteilo, et son frère Yitellozzo. Ludovic devait s'appuyer sur eux; mais les Roraagnols étaient contraints de rester dans leurs forteresses pour se mettre à l'abri des attaques du pape, qui s'obstinait à détruire ces opiniâtres châtelains. Parmi ses alliés^ Maximilien était occupé contre les Suisses^ et puis quel secours en espérer? Frédéric de Naples songeait à réparer ses désastres. A déCuit des chrétiens^ il a donc recours aux Turcs^ et fait appel à Biqazet II, dont il excite les soupçons contre Venise et la France. Bajazet envoya dans le Frioul Scander, pacha de Bosnie, qui dé- 29septembre yjjg^ j^ p^^yg jusqu^à la Livenza, faisant un grand nonobre de prisonniers; mais^ conune il s'en trouvait embarrassé quand il repassa le Tagliamento, il choisit les plus robustes et massacra les autres. Ludovic, ce perpétuel agitateur de l'Italie, n'en devint que plus odieux, et la nouvelle que les Français arrivaient en grand nombre fut accueillie avec joie.

Parmi les condottieri milanais, les plus renommés étaient les del Yerme et Trivulce. Jacques del Yerme, que nous avons vu (cbap. cxii) se signaler au service de Cane Signorio, puis de Jean-Galéas, dont il fut la main droite, en obtint en fief d'immenses possessions dans les Langhe, le Placentin, le Pavesan, le Yéronais, le Yicentin ; Plaisance, Milan, Pavie et Vérone se disputèrent Thonneur de donner le droit de cité à cette famille. Louis, son fils, déploya du courage au service de Venise et de Florence; de la république ambrosienne, il passa sous les drapeaux de François Sforza, et joignit de nouveaux fiefs à ceux de ses pères. Son fils Pierre obtint des honneurs et des charges des Sforza ; mais Ludovic résolut de le tuer, soit par jalousie, soit pour s'emparer de ses vastes domaines qui Pégalaient à un souverain; en effet, il mourut empoisonné en 4485, et le fisc s'empara de ses terres. Marc-Antoine, son fils, fut condamné à mort comme rebelle; mais, à Papproche des Français, Ludovic, afin de le gagner, lui restitua ses biens, et Maro-Antoine leva des troupes pour le secourir (4).

n lui restait un terrible adversaire dans Jean-Jacques Tri-

(1) Pour ce fait, les Français Toulurent le considérer comme rebelle. U sV gita dans toutes ces guerres jusqu'à ce que Charles-Quint le confirmât dans ses biens et privilèges : il mourut en 1538. Son frère Frédéric combattit également lei Français, et, après de longs malheurs, il obtint le comté de Bobbio.

TUVULCE. 26S

vulee. Après avoir joué le premier rôle dans la guerre de 1483 contre les Vénitiens, il fut banni par le More, jaloux de sa haute position ; il servit ensuite le roi Ferdinand contre les barons^ et le pape contre Gharies YIII^ ce qui lui valut le comté de Bel* Castro. Enfin il passa sous les drapeaux du roi de France, dont il obtint le duché de Melfi, le comté de Pezenasco et le titre de capitaine général, avec la somme nécessaire pour Tentretien de cinq cents chevaux, et le traitement de 2,000 ducats; dès lors il adopta la nation qui le soudoyait. Dans les guerres précédentes^ il avait souvent entretenu à ses frais les troupes, entièrement négligées par les princes, et il s'était fait une terrible renommée pour son orgueil et sa sévérité militaire. Dans Tarmée de la ligue de 1483, les pillards, qui suivaient toujours en grand non)bre les campements, rebutés par sa rigueur, formèrent une association, à la tête de laquelle ils mirent un pape avec des cardinaux, des archevêques et des évêques de leur création : au cri de falcetta (petite faux), ils devaient prendre les armes et tuer quiconque leur ferait obstacle; ainsi organisés, ils pillaient et rançonnaient le pays environnant. Trivulce, pour dissiper cette bande, faisait pendre tous ceux qu^il pouvait saisir, et lui-même égorgeait les coupables. Telles étaient les armées, tels les capitaines.

Trivulce, il est vrai, sut aussi pardonner : il ne fit aucun mal à un assassin embusqué pour le tuer ; une bande de vauriens espagnols ayant formé le complot de se révolter, parce qu'ils ne recevaient pas leur solde, il les paya de ses propres deniers. On peut Faccuser d'avoir souvent changé de bannière et servi les étrangers contre sa patrie ; mais ce crime est commun aux capitaines d'alors, qui, dans leurs alliances, ne se croyaient pas moins indépendants que les rois d'aujourd'hui. Néanmoins, malgré les éloges dont Ta comblé un célèbre biographe, nous ne saurions voir en lui qu'un soldat ; dans l'hypothèse même où il n'aurait pas fait de la force le brutal abus qu'il pouvait, le titre de grand ne lui conviendrait que s'il avait combattu pour la cause nationale.

Le More Favait fait pendre en effigie comme traître, et Trivnlce, dès lors, poursuivit sa vengeance avec acharnement. Servi par son courage et des intelligences, il s'empara en peu de jours de Valence et de Tortone , qu'il laissa piller sans miséricorde. Galéas Sanseverino , à qui le More, son beau-père, avait confié toutes ses forces, prit la fuite, traître ou lâche , sans attendre

S06 FTJITX SB LITDOYIG.

Pennemi^ bien qu'il s'appuyât sur Pimportanie forteresse d'Alexandrie. Les Vénitiens^ sur ces entrefaites^ arrivaient à Csnvaggio et à Lodi. Bien que le duc eût tenté de regagner les cœurs en exposant sa propre conduite et les méfaits dont il s'était abstenu, en donnant et restituant des fiefs aux seignears^es faisant des concessions qui ne sont nullement appréciées quand la peur les inspire, les Milanais se soulevèrent et tuèrent Landriano, ministre des finances. Ce duc sollicitait partout des secours : de Maximilien , auquel il promettait de céder la Valteline, Bormio et même C6me; du roi de Naples, en loi montrant qu'il était sa sentinelle avancée. U écrivait à Galéas Visconti , son ministre en Suisse : a Nous ne pouvons voos a expliquer la situation déplorable et la terreur où nous sodh âmes, mais nous voyons bientôt cette ville perdue , et, par c suite, le reste de l'État, si une grosse troupe de gens n'arrive tt pas ici sans le moindre retard. Les expressions nous manquent, « et vous pouvez juger de celles que nous trouv(ma dans cette « extrémité; car nous sommes contraint de nous enfermer; dans a ce chftteau, oii nous attendons que 8a Bfqesté vienne nous 0 délivrer. Il ne nous reste plus qu'à mourir (1). 9

Abandonné de tous , sans secours ni conseil à riq>proche de l'heure de Dieu , Ludovic envoya en lieu de sûreté ses entets et son trésor avec son frère, le cardinal Ascagne; puis, après avoir approvisionné le chftteau de Milan et nonmaé une régence, il passa la nuit auprès de l'urne de Béatrix d'Esté, dont il était veuf depuis quelque temps : femme vertueuse peut-étroj mais certainement énergique , elle avait soutenu le courage de son mari , plein de respect pour elle, et qui plaça toiiyours son nom dans ses actes , sur ses tableaux et les édifices construits par ses ordres. Enfin, comme on ne répondait à ses larmes et à ses prières que par des malédictions, il s'enfuit en Allemagoe par Côme et la Valteline, Alors les capitaines abandonnent sa cause i le peuple soulevé fait appeler les Français 0t Trivulce, et le duché, dans l'espace de vingt jours, change de maître sans qu'une goutte de sang soit répandue. Le roi Louis XU arrive quand tout est consommé ; puis, dès que la trahison lui a même 2 octobre. '^^^^ '® chftteau, U entre pompeusement dans Milan, célébré comme un héros qui apporte la paix et la liberté, vaines acclamations dont la foule est toujours prodigue.

(1) Roaima, aUt, de JemhJûequu Triniicê, p. 339,

LOUIS xn A MBLA». 467

Mais^ selon la coutume, les vaincus durent payer les dépenses : les Milanais payèrent 300^000 ducats de contributions pour s'être révoltés contre la France en accueillant le More; les gentilshoimnes favorables à ce duc perdirent leurs maisons et leurs propriétés^ qui furent distribuées aux sujets de la France ou à ses partisans; la ville eut à payer 130^000 ducats par an. Le roi, néanmoins, pour affecter la popularité, sMnvitait à dîner ou à souper chez les seigneurs, et tenait leurs enfants sur les fonts baptismaux. Il restitua aux nobles le droit de chasse que les Sforza s'étaient réservé, affranchit les prélats de Tobligation de fournir chacun un bœuf pour la table ducale, et augmenta le traitement des professeurs de l'université de Pavie, qui fut réouverte ; enfin il accueillit les gens de lettres^ les artistes^ et arma des chevaliers.

La réforme qu'il introduisit dans le gouvernement, et qui survécut aux révolutions postérieures^ mérite plus d'éloges : au conseil secret et à celui de la justice^ qui fonctionnaient auprès du duc, il substitua un sénat composé de sept personnages à togesj de cinq militaires et trois prélats , nommés à vie , sous la présidence d'un grand chancelier qui gardait les sceaux du roi ; tribunal suprême sur le modèle du parlement finançais ^ et qui pouvait susjiendre (interinare) les décrets royaux quand ils étai^t contraires aux droits et aux intérêts du pays.

Louis ^ qui connaissait le meilleur f moyen de déguiser la servitude^ ne confia les emplois qu'à des hommes du pays : il mxnma avocat fiscal Jérôme Morone, un des plus fins politiques; président du sénat, Goffredo Garoli de Saluées^ légiste renommé (4) ; pour son lieutenant , Trivulce^ auquel il donna Vlgevano^ afin de le dédommager des pièces de canon trouvées à Milan^ qui devaient Itfi appartenir, et qu'on estimait 50,000 écus; en outre, il le fit maréchal de France, avec autorisation de mettre sur pied quatre cents lances italiennes, dont les chefs étaient laissés à son choix. Mais, au lieu de se concilier tous les partis, comme l'exige toute domination nouvelle, Trivulce voulut sa-

(1) 11 fut graBd protecteur des hommes instruits , qui reconnurent ses bien- Gûts par des louanges et des dédicaces. ArcangeloMadriçnano, cistercien du monastère de Glûaravalle, en lui dédiant son ouvrage du Portugal dans Tlnde (Milan, 1508), lui prête un long discours sur la cosmographie, puis rappelle ses Inenfaits et les emplois divers qu'il donna à un grand nombre dé personnages ftBoamiéi dans les sdenoM, Xm lettres et les arts.

168 U>UIS Xn ▲ MILAN.

tisfaire ses| haines d^exilé. Sans pitié pour les nobles gibelins, il les accabla de charges ^ et ne se souvint pas de ceux qui IV vaient aidé à triompher; il excitait l'envie par un luxe insidUmt. A Farrivée de Louis, il fit couvrir une grande^partie de la rugor 'bella, où se trouvait son palais, et du cours de Porta Romana; puis, après l'avoir ornée comme une salle, il offrit un banqueta mille commensaux, parmi lesquels cent vingt seigneurs et cinq cardinaux. La nuit venue, le lieu de la réunion fut éclairé a giorno, et le festin se termina par des mascarades et des danses*

Les nobles , mécontents d'obéir à un compatriote, interprétaient dans un sens défavorable chaque acte du traître, do troiS'Visages; puis, des murmures passant à l'insurrection, ils couvrirent de barricades Porta Ticinese , et défendirent Marc Cagnola, dont il voulait démolir la maison, de telle sorte qu'il dut faire d'humbles propositions. Le peuple, qui, selon son habitude , s'était imaginé que les Français devaient lui procurer une vie de délices , voyant que toutes choses restaient dans le même état, se plaignait et appelait traîtres tous ceux qui avaient abandonné le More. D'ailleurs les débauches et Tinsoleoce des soldats français fournissaient une ample matière aux chefs gibelins, qui exagéraient leurs excès et envenimaient les esprits.

Le More, réduit à l'extrémité, avait rendu la liberté à Galéas, fils de son prédécesseur, en conseillant toutefois à Isabelle, sa mère, de ne pas le confier aux Français; mais cette fenune, entraînée par la commune illusion qui nous fait voir des amis dans les ennemis de nos ennemis, remit Tenfant entre les mains do roi Louis, qui, plus cruel que l'usurpateur, le contraignit à se faire moine. Bien plus, dès cette époque, les Français insultaient la nation dans ce qu'elle a de plus noble, les beaux-arts. Charles VIII emporta du royaume de Naples un grand nombre de livres ; Louis XII envoya en France la bibliothèque ViscoiUéefUu de Pavie, dissipant ainsi le trésor le plus précieux de la France, l'amour qu'elle inspire.

Le More, qui, d'au delà des Alpes , comme Bonaparte de 111e d'Elbe, épiait quel vent soufflait de Lombardie, et» comme Uns les bannis, voyait une espérance dans tout bruissement de feuillage, se flatta de pouvoir reconquérir l'autorité. Maximili»! t'avait accueilli avec l'intérêt de la compassion et de la parenté, en lui promettant des secours, mais sous la condition de recevoir des avances pécuniaires. Le More, s'apercevant qu'il ne visait qu'à son argent, préféra le dépenser pour solder des troupesdans

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