‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 87 sur 169 · RETOUR DE LUDOVIC ET SA CAPTURE · texte numérisé non relu

RETOUR DE LUDOVIC ET SA CAPTURE

laSoisse, arsenal commun. Après avoir recruté une grosse bande,

il repassa les Alpes et le lac de Côme^ tandis que Trivulce, mau- ism

dit et insulté de tous^ se retirait en égorgeant.

A la vue d'un maréchal qui fuyait de sa ville, le peuple milanais devint audacieux, et se mit à saccager sa maison et celles des chefs guelfes; ainsi Ludovic rentra applaudi, en février^ dans cette Lombardie dont il s'éloignait exécré en septembre. Dîrat-on que le peuple est léger? mais il désire être mieux^ et croit ceux qui lui promettent de le soulager; quand il se voit trompé^ il hait encore, non pas le nom changé^ mais les institutions non améliorées. A qui la faute?

Le More se vit bientôt entouré des petits princes, auxquels il rendait les seigneuries confisquées par les Français^ ou qui profitaient des circonstances pour recouvrer ou usurper des possessions. Mais le roi Louis ne s'endormait pas; il envoyait des secours avec une grande promptitude, et^ au nom de ses nouveaux traités, il obligea les Suisses à rappeler leurs compatriotes qui se trom^ient à la solde du duc. C'était briser le glaive dans les mains d'un combattant, et Ludovic se retira dans Novare ; mais les Suisses qui en formaient la garnison refusèrent de se battre pour lui, et, afin d'obéir à leur gouvernement, ils se disposèrent à retourner dans leur patrie. Tout ce qu'il put obtenir, à force de larmes, ce fut de pouvoir se glisser travesti dans leurs rangs, pour sortir avec eux; mais, signalé par un Suisse à ses ennemis, il fut pris avec trois frères Sanseverino. Le cardinal Ascagne, qui tenait le château de Milan, s'enfuit à Kivolta, auprès de Con- ^ a^'^* rad Lando, son ancien ami, qui le livi-a avec d'autres de sa maison et des nobles milanais (I).

(1) Des lettres de Jérôme Morone , secrétaire du duc , qui se trouèrent dans les archi?es de C6me (Rovelli , ni , 383) , nous apprennent que Sforxa , en Toyant diminuer ses troupes, envoya Galéas Yisconti auprès de la diète des Suisses, siégeant à Luceme, pour rengager, afin d'amener la paix, à rappeler les soldats de son pays, force principale des deux partis. En effet, la diète imposa un armistice, et Tordre en fut envoyé aux deux armées par deux courriers différents; mais Antoine Baissey, bailli de Dijon, ambassadeur de France, corrompit le courrier envoyé à Tarmée française , de sorte qu'il aUongea son voyage ; tandis que l'autre, sans perdre de temps, apporta l'ordre de suspendre les hos* tililés aux Suisses qui servaient Sforza. La bataille s'engage le 9 avril , et ces derniers baissent leurs lances ; mais leurs compatriotes qui sont avec les Français, ne sacbant rien de l'armistice, font usage de leurs armes, et c'est ainsi que Sforza est vaincu.

Quant à la capture du duc , le clironiqueur Muralto de Gôme dit que Lu-

270 M IiQMBAEDIE àU POuVoiK DBS FRANÇAIS.

Le More, conduit à Lyoû en plein jour, au mUieu de l'inailtante curiosité du peuple, demanda vainement à voir son vainqueur impitoyable, qui le tint prisonnier à Loches les dix de^ nières années de sa vie. Là il put réfléchir sur les déplorables résultats de sa politique versatile; cependant il conserva une telle opinion de sa propre sagacité qu'il voulait encore donner des conseils et régler les destins du monde. Dans son testament, inspiré par une misérable politique, qui faisait consister toute la force dans l'affaiblissement des autres, il ne sait recommander d'autre expédient que la peur, peur des condottieri, peur des ministres, peur des savants, et conseille de ne pas s'entourer de personnes d'un rang trop élevé.

Les Milanais, après l'aveu qu'ils s'éteient montrés déloyaux envers le roi et le maréchal, obtinrent leur pardon, et se trouvèrent sous la domination des Français. Trivulce, devenu Ueutenant, « fit pendre deux Gascons à un chêne, au dehors de Porta Ticinese, pour un pain violemment enlevé; pour une poule volée, il fit pendre un Galicien; puis il fit étrangler un Français sur le pont Vetro, pour avoir dérobé un manteau à un Milanais; pareillement il fit pendre sur ce môme pont monseigneur de Valgé, chevaUer français, parce qu'il avait embrassé témérairement en public une jeune tille (Phato). » En un mol, il fit pendre ses soldats par douzaines. Néanmoins leurs excès, rapportés par de simples chroniqueurs, étaient si nombreux qu'on voudrait pouvoir les attribuer aux exagérations habituelles

de la peur et des partis.

Les seigneurs gibelins souffraient avec impatience Trivulce, et, sous l'inspiration de Morone, son ennemi imjilacable, ils excitèrent le peuple, qui, divisé par paroisses, signa sur des registres

dovic aurait ï>assé inaperçu parmi le» Suisses si l'un d'eux, nonuné Ansoo, de lui bien connu, et qui avait fait marché avec le baiUi de Dijon moyconaol 200 ducats, ne le lui avait montré avec le doigt. On peut le croire, car alors méiDe les Comasques renvoyèrent à Novare pour haranguer le comte de Ligny, et duB cette ville il put s'entretenir avec riQustre prisomiier : Cœpi lacrymi* ductm m mula >edentem salutare, qui me interrogant de statu Mediotani, ad muUa retuli, et lacrrmando reetssit cum Gallis. Paul Jove, dans Thisloire de soo temp, dit que le duc et les siens farent dénoncés par Rodolphe de Salis, suniommé le Long Grison, et par Gaspard SUen d'Uri, qui étaient à la solde du More. Aioa parle Belcario {Comm. rer, gaU„ m, 240). Mallet (,Hlst, suisse, part. II, ch. 6) nomme un certain Turman d'Uri, qui fut condamné à mort dans sa patrie ; fl te plaint que Voltaire ait écrit que les Suisses avaient terni leur gloire par soif * Tor, et vendu la foi donnée.

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pour qu^on le dépouillât du gouvernement. Chacun aurait fait en* tendre des plaintes si le roi avait nommé un lieutenant choisi hors du territoûre^ et maintenant on demandait un étranger, afin qu'il De fût partisan ni des Guelfes ni des Gibelins. Charles d'Âmboise remplaça Trivulce; mais la nouvelle servitude n'offrait pas même aox Milanais le dédonunagement de la paix. Comme les Suisses ne recevaient aucune paye des Français^ ils voulurent s'indemniser. £n se retirant^ après avoir trahi le More, ils occupèrent BellinzoDa, cette clef de Tltalie, qu'ils enlevaient au miUeu de la paix; peu de temps après, ils s'emparèrent aussi de Lugano^ et ces deux villes furent pour toujours détachées du Milanais. Gènes était déjà au pouvoir de la France; Venise eut Crémone et la Geradadda^ la peste exerça des ravages en 1502 et Tannée suivante. D'un autre côté, l'empereur Maximilien^ prétendant qu'il avait seul le droit de disposer du duché deMilan^ et affectant de la commisération pour les fils du More, manifestait le désir de descendre en Italie afin de délivrer la Lombardie et d'y ressusciter les droits de Barberousse. Il voulait encore^ disait-il, prendre la couronne impériale et porter la guerre chez le Grand Turc : cette expédition était alors le préambule et l'épilogue de tous les traités, le thème de toutes les harangues, le jouet que les politiques jetaient aux hommes de sentiment.

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