‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 89 sur 169 · URBIN · texte numérisé non relu

URBIN

et l'affabilité^ mais qu'il surpassait par de rares talents militaires. Ses rivaux néanmoins ne restèrent pas tranquilles^ et les Mal* vezzi surtout formèrent le complot de le tuer. Mais on découvrit la coDjiu'ation; quelques-uns parvinrent à s'enfuir^ dixhuit furent pendus, et les autres, proscrits. ikvi Eugène lY avait conféré le titre de duc d'Urbin à Odo-Antoine de Montefeltro, qui^ au bout de deux ans, périt victime d'une conspiration. Frédéric, son frère naturel, élève de Victorin de Feltre, et bon capitaine, lui fut donné pour successeur. 11 obtint du roi de Naples Tordre de PHermine, celui de la Jai^ retière du roi d'Angleterre, et du pape le titre de duc; puis^ avec les immenses richesses que la guerre lui avait procura et les dons qu'il avait obtenus, il fortifia le pays, a Dans Tftpre été d'Urbin il bâtit un palais, le plus beau que Ton voie en Italie ; il le pourvut si bien de toutes les choses nécessaires qu'on Taurait pris non pour un palais, mais pour une ville; non-seulement il le remplit de ce qui est d'usage ordinaire, comme vases d'argent, ameublements de chambres, riches étoffes d or et de soie, et autres objets semblables, mais il ajouta pour ornement une infinité de statues antiques en marbre et en bronze, de magnifiques peintures et des instruments de musique de toutes sortes; toute chose y était excellente et très-belle, fin outre, au prix des plus grands sacrifices, il réunit un grand nombre de très-bons et très-rares livres grecs, latins et hébreux, qu'il orna d'or et d'argent, estimant que c'était là le trésor le plus précieux de son palais (1). d

Il s'entourait d'hommes de mérite, et chargeait des agents d'aller partout s'informer des besoins de ses sujets, afin de secourir les pauvres honteux; il s'entretenait des affaires particulières avec les citoyens, quels qu'ils fussent. Bernardin Baldi, qui le présente comme le modèle des vertus civiles et guerrières, raconte de lui a un acte insigne de justice » . Au siège de Barchi, sur le territoire de Rimini, il proclama qu'il laisserait aller libres soit les habitants, soit les soldats de la ville, selon que les uns ou les autres seraient les premiers à rendre la forteresse, se réservant de traiter les retardataires à discrétion. Ce fut alors à qui céderait le premier; les soldats Temportèrent et chacun d'eux put se retirer avec tout son avoir. Le duc néttmoins permit aux bourgeois de sortir avec tout ce qu^ils fOOh

(1) GASnsuora^ Cortigiano, liv. l

aiMINI. IMOLÂ. FÀBIf^. S75

raient charger sur leur dos ; puis^ ayant de nouveau fermé les portes, il excita ses goujats à tenter Fescalade. Ces misérables^ munis de cordes et d^écbelles, se rapprochèrent alors des murailie«> qu'ils franchirent^ et se mirent à piller, au grand divertissement du duc et de ses soldats ; mais^ si Ton songe au désespoir des victimes, on aura une preuve nouvelle que les cruautés se considéraient alors comme de règle parnû les troupes. 6uidubaldo> qui lui succéda jeune encore, suivit ses traces. nai

Sigismottd Malatesta, lascif, fourbe, cruel , hérétique même, acquit par sou courage de vastes possessions ; mais il finit par les perdre, et ne conserva que Rimini qui, après sa mort, fut gouvernée par Isotta, sa concubine d'abord, puis sa femme renommée. Robert et Salluste, ses bâtards, aspiraient à devenir seigneurs de cités; en attendant, ils se mirent à la solde du pontife, jusqu'au moment où Robert s'empara de Rimini* H fit alliance avec Ferdinand de Naples, et, secouru par Florence et Milan, il recouvra quarante châteaux. Il livra de rudes batailles et combattit dans toutes les factions d'alors pour ramener des villes sous Tautorité du pape. Il eut pour successeur Pandolphe, son fils naturel, qui ternit Téclat de sa maison.

Le pape Sixte IV avait donné Imola et Forli à Jérôme Riario, qui les fit prospérer et les embellit ; mais sa conduite déplorable amena la révolte du peuirie, qui, après Tavoir égorgé, traîna son cadavre dans les rues. Sa femme Catherine, fille naturelle nas de Galéas itforza, se défendit dans la forteresse avec un courage viril ; comme les rebelles menaçaient de tuer ses enfants si elle ne la rendait pas, elle répondit qu'ils pouvaient le faire, car elle en avait un à Imola et un autre dans le ventre (i). Bientôt arrivèrent Jean BentivogUo avec les Bolonais, et Jean Sanseverino avec les Milanais, qui soumirent les deux villes, où ils proclamèrent Ootavien, fils de Riario.

La même année, Galeotto Manfred, seigneur de Faenza, appelé dans la chambre de sa femme qui feignait d'être malade^ lut égorgé par des sicaires. Jean Bentivoglio, père de la coupable, accourut en armes pour assurer la succession à son fils Asiorre ; mais les Florentins, dans la crainte qu'il ne s^emparÂt de Ja ville pour son compte, exdtent le peuple, qui fait prisonnier Bentivoglio lui-même» Quinze mille Bolonais s'arment aussitôt

(1) lUlft est la répoQM que lui attribueat U plupart des conlempQnûiitf, ftndÎB que Mtehiaviel et d'aiitm lui préteat de« paroles gniwière».

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