‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 91 sur 169 · BOUS · texte numérisé non relu

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geait pas à reafermer les troupeaux dans les places fortes» avec le blé non encore bien mûr. Dans la campagne on ne construisait donc que des cabanes; les villages fortifiés résistaient^ et, s'ils étaient pris, renversés ou brûlés, il fallait les rebâtir immédiatement pour cultiver les terres, jusqu'au moment où elles furent abandonnées à la stérilité, à la malaria, aux bandes de brigands*

Dans cet état de guerre, quiconque était assez fort pour braver impunément les menaces assouvissait ses instincts brutaux, et les'motifs les, plus légers engendraient des meurtres et des rapines. Un gentilhomme de l'Ombrie écrasa contre la muraille les enfants de son ennemi, et en cloua un sur sa porte, sans épargner la femme enceinte (i). Oliverotto, neveu et élève de Jean Fogliano , seigneur de Ferme, va servir sous Paul Yitelli. Après s'être signalé par des actions d'éclat, il écrit à son oncle qu'il veut se montrer dans sa patrie avec les honneurs qu'il a gagnés. L'oncle lui permet de venir avec cent cavaliers , lui ménage une réception solennelle, et donne un banquet à toutes les autorités de Ferme ; mais, au milieu du festin, Oliverotto ordonne le massacre de Fogliano et des commensaux, et se fait proclamer seigneur.

Les papes, soit qu'ils enlevassent leurs domaines aux anciens princes , soit qu'ils donnassent eu fief à leurs favoris des terres de l'Église, détruisaient dans les populations l'habitude delà soumission; en les arrachant violemment aux institutions auxquelles elles étaient affectionnées, ou du moins habituées, ils multipliaient les mécontents et les facilités de se révolter.

Rome, dans l'ordre matériel , portait l'empreinte des siècles et des révolutions qui s'étaient succédé ; les temples, les basiliques et les thermes convertis en églises , les palais des Césars sumlontés de créneaux et de bastions, attestaient le passage de r empire, du catholicisme, de la commune, de la féodalité. Chaque quartier appartenait, pour ainsi dire, à une famille : aux Colonna, l'Esquilin; aux Chrsini, la place Navona; aux Vico, le Transtevere ; d'autres collines, aux Savelli, aux Frangipani. Les quartiers étaient séparés par des murailles et des portes; dans le centre, autour de l'Ile, s'accumulait la plèbe, besogneuse et turbulente. Le pape se défendait sur le Vatican, et, par le château Saint-Ange, empêchait les citoyens de passer le Tibre. Chaque palais représentait un fief sur une petite échelle,

(1) RVAMOim, Ulst, MeJiotoMi, m, 667.

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transféré de la campagne dans la ville^ et soumis aux prescriptions hiérarchiques en vertu desquelles la tour du vassal ne devait pas s'élever aussi haut que celle des premiers seigneon. Tousse regardaient avec une jalousie hostile; tous opposaient leurs immunités à Texercice de l'autorité publique^ et ouvraient de nombreux asiles à la foule des malfaiteurs.

L'industrie et Tagriculture avaient disparu ; Punique source d'existence était la papauté^ qui attirait Tor du monde entier; on ne voyait qu'une multitude de clercs, de notaires^ de prélats, de banquiers^ de solliciteurs et de pèlerins^ population flottante qui se soustrayait elle-même à toute loi. Des milliers de eha^ ges étaient créées pour le service de la cour et de la daterie; or, comme elles rapportaient beaucoup, elles se vendaient même avant d'é tre vacantes, et se négociaient à la hausse et à la baisse, comme aujourd'hui les rentes publiques. Des prélats, des cardinaux, des évéques, moitié prêtres et moitié prinoes, abandonnaient leurs églises pour venir à Rome dépenser, jouir, faire étalage de magnificence, intriguer au milieu d'un luxe élégant et de la licence.

Chaque famille illustre d'Italie voulait avoir un fils dans le sacré collège pour se faire un appui> briller, s'enrichir. Tout cardinal avait une cour de gardes, de camériers, de laquais, de bouffons, de chanteurs, de poêles, et nous tirons le rideau sur le reste. Comme cette richesse était viagère, personne ne s'oocnpait de faire des épargnes ni d'améliorer les possessions, mais seulement de hftter et de raffiner les jouissances. Un instinct féroce de sang et de trahison s'associait aux plaisirs, ce qui n'est pas rare , comme si la volupté se savourait mieux quand elle pouvait précéder d'un jour une mort violente. La comédie avait pour intermède les assassinats ; les poisons des empereurs ro* mains , distillés par de nouvelles Canidies , étaient pour mû dire la pudeur de quiconque n'avait pas assez d'audace pour recourir au fer ; mais les poignards du Vieux de la Montagne ne manquaient pas, et du jour où Innocent Vlli tomba malade juscpi'à l'élection de son successeur, deux cent vingt citoyens furent assassinés.

Les Orsini, qui dominaient à l'occident du Tibre, se disaient Guelfes; les Colonna, établis au levant et au midi, sur le terrain des antiques Sabins , arboraient la bannière gibeline: mais ces noms n'indiquaient plus qu'un héritage de haines et une fidélité soldatesque telle qu'on l'entendait alors. E^ général, les Vitelli

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se ralliaient aux premiers , les Savelli et les Gonti aux seconds ; du reste, les uns et les autres exerçaient leur valeur dans des vengeances privées^ quand ils ne pouvaient la vendre à des étrangers. Les papes ^ devenus trop faibles^ excitaient les uns contre les autres; car, quel que fût le parti vaincu^ ils accroissaient leurpouvoir.Sixte IV et Innocent VHl, le premier^ ennemi des Golonna^ et l'autre^ des Orsini ^ avaient affaibli ces deux familles; néanmoins I^ul, Virginio et Nicolas Orsini^ comte de PitiglianO; d'une part^ et, de Tautre^ Fabrice et Prosper Colonna, avec Antoine Savelli , étaient des capitaines renommés et recherchés à l'envi pur les puissants.

Alexandre VI , animé d'une résolution plus énergique^ résolut de briser ces obstacles. Au milieu des haines, des désordres, du mécontentement populaire', il espéra rivaliser avec 8ixte IV et Louis XI; et réduire les petites souverainetés à une seule, comme le comportait l'ordre de choses qui avait succédé à celui du moyen Age. Dans ce but, il songea à s'appuyer sur la faveur populaire, parce que, comme le disait son fils : Qui veut dompter les grandi doU faire beaucoup pour les petits* Des inspecteurs furent nommés pour recevoir les plaintes des citoyens détenus injustement; puis quatre juges eurent mission de rétablir l'autorité de la justice dans Home, où, tant qu'il occupa le siège pontiScal , on ne soutint jamais de la faim , et jamais Tartisan ne fut fraudé de son salaire.

Heureux s'il n'eût employé que de pareils moyena \ mais il pensa que les perfidies et les cruautés étaient permises pour arriver à ses fins. Il vendit son alliance aux puissants moyennant des mariages et de l'argent ; il sema la zizanie parmi les petits seigneurs, afin de les opprimer désormais, et, sous le prétexte que les Orsini avaient favorisé Charles VIII , il emprisonna Paul et Virginie. Mais le condottiere Barthélémy d'Alviano, leur élève, rassembla des soldats et des vagabonds, auxquels il fournit les chevaux indomptés qui erraient dans les campagnes d§ Rome ; après les avoir armés comme il put , il tint tôte aux papalins et aux Colonna Bracciano, Anguillara, Trevigiano , jusqu'au momeoient où Vitellozzo Vitelli accourut avec d'autres bandes de vassaux accoutumées à vaincre sous son père et ses frères.

Le pape leur opposa le vaillant Guidubaldo d'Urbin et Françoi», duc de Candie ; mais, lorsqu'ils eurent perdu à Soriano une bataille rangée, où le premier fut pris et Tautre blessé, il consentit à la paix. Dans l'impossibilité de faire à ce duc de Gan-

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