‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 92 sur 169 · GÉSAR^ DUC DE VALENTINOIS · texte numérisé non relu

GÉSAR^ DUC DE VALENTINOIS

dîe^ son fils^ une seigneurie sur les domaines de ses adversairesi il érigea pour lui Bénévent en duchés Terracine et Pontecorvo en comt^; les cardinaux, excepté un^ approuvèrent en consistoire^ dans l'espoir d'être récompensés par des bénéfices et des complaisances. Mais^ quelques jours après, un pécheur voyait jeter un cadavre dans le Tibre; interrogé pourquoi il ne l'avait pas dit immédiatement, il répondit : J'en vois continuellemeni nn si grand nombre / C'était le duc de Candie, que son frère César^ cardinal , avait tué, dit-on , par jalousie des faveurs de son père, ou de celles de Lucrèce, sa sœur.

A cet avertissement de Dieu, le pape versa des larmes, se repentit, mais pour reprendre bientôt ses habitudes, et César, le fils qui lui restait, lui fit concevoir de plus hautes espérances. Ce héros du crime avait-il besoin d'argent , il envoyait assassi* ner quelqu'un, et personne n'osait demander justice dans la crainte d'être sa victime ; ayant tenté vainement d'empoisonner un de ses beaux-frères, il entra dans sa maison et le fit étrangler ouvertement; à côté du pape lui-môme il égorgea sou favori Peroto. De pareils excès, qui ne pouvaient s'accomplir que là où les deux pouvoirs se trouvaient réunis, faisaient sentir combien l'on avait eu raison de prescrire le célibat, si le fils d'oo prêtre osait tant.

Louis XII de France désirait rompre son premier mariage et faire obtenir le chapeau de cardinal à Georges d'Amboise, son ministre; le pape expédia ces deux faveurs par l'intermédiaire de César. Il se rendit dans ce pays « avec une si grande pompe de richesses et d'ornements qu'il semblait avoir presque sur* passé en magnificence le faste et la grandeur de la cour royale (Nàbdi). h Les chroniqueurs français ne cessent pas d'admirer, avec le luxe de ses gens et de son cortège nombreux, sa personne toute resplendissante de pierreries, son cheval ferré d'or, outre de riches ornements d'or et de perles. César obtînt en ré- 14Q0 compense le duché de Yalentinois, une compagnie de cent hommes, vingt mille livres par an, et la promesse d'un beau fief dans le Milanais, aussitôt qu'il serait conquis.

Alors il déposa la pourpre souillée pour déshonorer le nom de duc de Yalentinois; s'appuyant entièrement sur la France, la prospérité de Louis servait à son agrandissement, et ce roi déclarait qu'il regardait comme personnelle toute injure faite aa duc. En répétant : Ou César, ou rien/ Borgia espérait se former une seigneurie indépendante au milieu des petits princes qui se

CÈSASi, BVG DB YALEIfTIlVOIS. â8l

partageaient la Romagne. La mauvaise réussite ne le décourageait point; il avait coutume de dire : Ce qu^on ne fait pas à midi se fait le soir, et il savait que le succès lui ferait pardonner l'iniquité des moyens. On disait proverbialement que le pape n'exécutait jamais ce qu'il disait, et que son fils ne disait jamais ce qu'il exécutait.

Avec l'assistance des Français et le bras du duc de Valentinois, le pape Alexandre entreprit alors courageusement de déposséder les petits seigneurs. Il proposa aux Orsini une alliance contre les autres, en leur offrant de partager les dépouilles avec son fils. Aidé par eux, il expulsa de Forli et d'Imola les neveux de Sixte IV, bien que ces villes fussent défendues par l'intrépide Catherine Sforza, qui, faite prisonnière ensuite et délivrée par Louis XII, devint, par un second mariage, mère de Jean Médicis, le fameux capitaine des Bandes noires. Les Sforza de Pesaro, les Malatesta de Rimini et les Maniredi de Faenza succombèrent à leur tour; le duc de Valentinois, qui s'était rendu fameux par ses débauches et sa férocité, déclaré gonfalonier de la sainte Église, fut honoré d'un splendide triomphe à Rome, au moment ou le jubilé attirait une grande multitude au seuil des saints Apôtres, et remplissait les cofTres du pape. Cet argent accrut les forces de César, qui se retourna contre les Orsini et les déposséda ; puis, s'étant fait lui-môme condottiere, il attira sous ses drapeaux, par Tappftt d'une solde plus élevée, les mercenaires qui avaient servi les Orsini ou les Colonna, et, avec ces troupes, grossies de soldats français, il s'empara de toute la Romagne, moins Bologne. Alexandre, ayant nommé douze nouveaux cardinaux, le fit déclarer par eux duc de Romagne, et son fils, pour mériter ce iseï titre, résolut de purger le pays des brigands et des révoltés.

Son ambition lui fait alors jet«r les yeux sur la Toscane, le Bolonais, les Marches, le duché d'Urbin , et, suivi des auxiliaires français, il se dirige vers ces contrées avec sa promptitude ordinaire; mais Jean Bentivoglio évite le péril en se mettant sous la protection du roi de France, et le duc de Valentinois se montre dévoué à ses intérêts au point de lui dénoncer les trames que les mécontents avaient ourdies avec lui-môme. Ce tyran oblige alors les fils des maisons principales à égorger les adhérents des conjurés, et trente-huit membres de la iSamille Marescotti, avec deux cents de leurs fauteurs, furent tués, dit-on. A Sienne, le condottiere Pandolphe Petrucci gouvernait avec sévérité , mais avec modération^ en mettre sans doute, mais sans sortir des

262 Loms zn kt Ferdinand le githouque.

voies ordinaires de la légalité; effrayé lui-même^ il acheta la protection de Louis XIT.

Florence était affaiblie par sa malheureuse guerre contre Pise^ qu'elle n'avait jamais pu subjuguer, par la douteuse amitié da roi de France^ par la rivalité de tous ses voisins qui conspiraient sa ruine, et par les intrigues des Médicis qui machinaient toujours leur rétablissement. Accusée d'être la cause des désastres français et d'avoir laissé dépérir son armée^ victime des prirar tions^ elle refusa d'en soudoyer une autre pour le printemps à venir, et^ faute d'argent, elle conclut une trêve avec sesjroisjns. Aussitôt le duc de Valentinois acheta les bandes qu'elle venait de congédier, en faisant courir le bruit qu'il devait aider, dans l'expédition de Naples, le roi Louis dont il rejoindrait l'armée à Piombino. H demanda donc le passage à Florence^ et ^ sans attendre sa réponse, il entra sur son territoire; puis, excité par Vitellozzo Vitelli, qui l'accompagnait avec le désir de venger le supplice de Paul, il voulait qu'on lui livrât six citoyens coupables de cette mort, et qu'on rétablit les Médids, seule administration digne de conflance. Les Florentins se recommandèrent à la France y qui, à titre d'alliée , enjoignit au duc de Valentinois de les respecter; il se retira donc, se contentant d'exiger qu'ils lui payassent pour trois années, comme étant à loir solde, 56,000 ducats. Il assaillit alors la principauté de Piombino, oox^upée par Jacques d'Appiano, la dévasta et prit même le château, ayant ainsi un pied en Toscane, conquête dont le pape fut si joyeux qu'il vint en personne pour jouir de ce triomphe.

Louis XII, qui ne puisait aucune leçon dans le sort de son prédécesseur, songeait à Naples, où les Français avaient une honte à effacer; mais, au lieu d'accepter les offres généreoses de Frédéric II, il préféra traiter avec Ferdinand le Catholique.

L'Espagne, depuis sa conquête par les Arabes en 711, avait combattu sept siècles pour s'affranchir de la servitude étrangère; elle se trouvait donc divisée en autant de royaumes qu'avaient pu en créer la valeur et la constance patriotique ou religieuse* Ces royaumes se concentrèrent peu à peu, et finirent par se réduire à quatre, lesquels, par le mariage d'Isabelle de CastiHeet )409 Léon avec Ferdinand d'Aragon , se fondirent en un seul. L'unien permit de compléter la victoire sur les Bfaures à Grenade; F^ ifttt dinand put constituer l'unité politique en Espagne avant tout autre gouvernement d'Europe, et plus complètement que ii

PARTAGE DU ROTAtWS. 28â

France elle-même. En effets le sentiment catholi^e s'y était identifié avec le sentiment national^ de manière que le clergé ne fit pas d'opposition au monarque4 Trois ordres religieux trèsriches^ et dont les chefs avaient une autorité princière^ devinrent le principal appui du roi^ qui s'en déclara le grand maître. La guerre sainte contre les Arabes, si elle n'amena point Tinstitution d'une armée permanente , permit au roi d'armer la na« lion entièife quand il le voudrait, sans dépendre des feudataires comme les autres monarques. Ainsi les Espagnols firent leur éducation militaire à récole toujours bonne des guerres natio* nales; quand ils connurent la tactique des lansquenets aile* mands, ils en déduisirent un système militaire que Gonsalve de Gordoue^ surnommé le Grand Capitaine, perfectionna dans la guerre d'Italie, en y associant les progrès de l'artillerie et du génie militaire.

Ferdinand, prince puissant, était encore un fin politique, digne de servir de modèle à l^achiavel. Maître de la Sicile insulaire, il aspirait toujours à posséder la terre ferme, comme si elle appartenait de droit à l'Aragon, avec l'argent et les forces duquel le roi Alphonse l'avait acquise. Louis XII ne s'aperçut pas quil deviendrait bientôt son rival, d'autant plus redoutable qne l'empereur était son parent. A Grenade, ils réglèrent en* semble un partage du royaume, qu'on peut comparer à celui qu'on fit plus tard de la Pologne : FEspagne devait avoir la Fouille et la Calabre, et la France le reste. Les papes furent 1500 pMns de eondescendance envers le roi , qui portait le titre de ^^ octobre. Catholique, qui avait détruit la domination musulmane en Es* pagne, qui était le boulevard le plus fort de la chrétienté contre les Turcs. Ferdinand eut môme l'adresse de faire comprendre à Alexandre VI que la possession de la Fouille lui était nécessaire comme base d'opérations pour assaillir les Turcs. En effet, il avait expédié contre eux , avec Fescadre de Venise, une flotte de soixante vaisseaux commandée par Gonsalv^ de Cordoue, à laquelle il donna l'ordre d'hiverner en Sicile, pour être en mesure d'agir contre Naples. Frédéric II, cousin et allié intime de Ferdinand , le reçut sans soupçons et lui confia )a forteresse de Gaête, tandis que lui-même devait se poster dans les gorges de San Germano pour ferper le passage aux Français.

Mais alors les ambassadeurs publient à Rome le partage con- isot certé, qui soulève l'Indignation de quiconque conservait le sens moral, et le royaume se trouve exposé aux débauches de Borgia

284 PARTAGE BU ROTAUMI.

et aux cruautés d'une soldatesque élevée à massaorer des Amiricains. Ffédéric^ entouré par la force et la trahison , se crut perdu et renferma les troupes dans les forteresses. Capoue était défendue par Fabrice Colonna. Tombée par fourberie au poam des Français et du duc de Valentinois, elle souffrit les outrages les plus abominables : un grand nombre de femmes et de religieuses ne purent se soustraire au déshonneur qu'en se précipitant des fenêtres ou dans le fleuve» / et beaucoup d'autres furent vendues. Les violences avaient cessé, lorsque le duc de Vakotinois, informé que plusieurs CSapouanes s'étaient réfugiées dans une tour, en choisit quarante des plus belles.

De pareilles horreurs firent naître un tel découragement que Frédéric eut à peine le temps de s'enfuir à Ischia^ emmenaot avec lui sa femme et quatre enfants, sa nièce Isabelle, veuve de Sforza, duc de Milan , sa sœur Béatrix, d'abord femme de Mathiis Corvin, roi de Hongrie, ensuite de Ladislas II, roi de Bohême; puis, au lieu d'attendre les événements, il se détermina, par ho^ reur de l'infamie de TAragonais, à traiter avec la France, à la* quelle il abandonna tous ses droits, en stipulant une amnistie pour ses partisans. Il se rendit en France (i), où il obtint le comté d'Anjou et 30,000 ducats, mais avec défense de sortir d'un royaume dans lequel il était pourtant venu avec un sauf-conduit. Gonsalve lui-môme, qui s'emparait des villes destinées à son mattre, jurait sur l'hostie à don Ferrand, fils atné du roi, qai

(1) Le poète Jacquet Samiazar ne l'abtiidoiiiia point dani «m •près avoir Tendu tout ce qu*U potsédait pour subvenir à ses hesoinSy il k sa^ vit volontairement dans l'eidl, et, à son départ, U saluait sa patrie par en vcn où respire Taffection {Épigram,, liv. Yil) :

Parthenove mJUd euUa, vate» btaïuUaslma ttren ;

Atque horii woJeanf, HuperULeique tuœ; MeriiUUuk vole, nosf H memor : et mea fieniii

Séria cope, keul domUd tmmera tanira tuL Materna talvete umbra^ aalvele paienue^

AecipUe et ve^ri» ihurea dona foeU.

Neve nega optatoê^ vtrgo SeèetMaê, amaas»

Abaentique tuai det mihi eomnuM aquat ; Vet feao lesff eot uiabras 9opor^ et levU amra^

Fimdnaque ipêa êtto tene ionent êtrepUn. BxsUium nom eponte $equor. Sort ip$a faveKi :

FortUnu HœctolUa e»t $œpe et ade$$e vfris. Kt mlM simf comlteê muuœ^ Munt numlaa vatumg

Bt mena tœta êuit çoMâet ab aujpfdfs, MUmiUurquê antmo comiant ssn/siiMa, quaauHi JEssftttf ffwriCMvt J<f «offs tjpM /fafss.

LUGBÈCE BORGIA. 288

défendait vaillamment Tarente^ de respecter sa liberté; mais à peine fut-il maître de la place qu'il l'envoya en Espagne^ où il fut gardé prisonnier toute sa vie. Ainsi finissait dans les prisons la race aragonaise^ qui avait dominé soixante-cinq ans; le royaume resta divisé en deux parties, Tune française sous le Tîce-roi d'Ârmagnac^ Fautre sous le Grand Capitaine.

Au milieu de ces victoires, Alexandre YI assaillit les domaines desGolonna et des Savelli, qui s'étaient déclarés pour le roi Frédéric; et les réduisit à Tobéissance. Pendant ces expéditions, il laissait dans le palais du Vatican sa fille Lucrèce, pour que, de cette demeure, elle gouvernât le pays. Lucrèce avait d'abord épousé un noble napolitain; mais Alexandre, quand il eut obtenu la tiare, rompit ce mariage pour la donner à Jean Sforza j seigneur de Pesaro. Le pape ne tarda guère à trouver plus honorable une alliance avec Alphonse d'Aragon, prince de Saierne et fils d'Alphonse II; mais, lorsque cette maison fut détrônée, Alphonse périt assassiné sur l'escalier du Vatican. Alors on chercha pour cette jeune fille , mariée trois fois à dix-sept ans, sans parler de ses nombreux amantS) un époux plus illustre dans Alphonse d'Esté, fils du duc de Perrare, qui, redou* 15^2 tant le duc de Valentinois, accepta cette union honteuse.

Alexandre assigna à Lucrèce Sermoneta, enlevée aux Gaetani, et le gouvernement perpétuel du duché de Spolète; elle apportait à son mari 4(M),000 ducats en or, des joyaux et des meubles d'un prix inestimable, les villes de Gento et de la Pieve, outre l'héritage futur des biens paternels. Le mariage fut célébré dans le palais pontifical , et le pape « lui offrit une paire de pantoufles qui valait plus de 3,000 ducats, ce qui peut donner une idée du prix de ses autres joyaux et objets de luxe». Ainsi s'exprime un chroniqueur (i) , auquel nous devons le tableau des infamies horribles dont furent souillées les fêtes de ce mariage, infamies peut-être inventées, mais qui furent publiées. Dans son voyage, Lucrèce fut accompagnée par des ambassadeurs, des évéques, des gentilhommes, et telle était la magnificence de son cortège que l'on y comptait quatre cent vingt chevaux, deux cent trente-quatre mulets, sept cent cinquantetrois personnes. La cour d'Urbin et les principaux citoyens de Perrare vinrent à sa rencontre avec des arbalétriers, des trom-

(1) UàTàMàtiO, p. 188.

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pettes et des musiciens^ tous habillés de neuf > et déployant uo luxe tel que Ton compta soixante et dix chaînes d'or^ dont la moindre valait 500 ducats, plusieurs même 4300. Le vêtement du duc et le harnais de son cheval étaient estimés 6,00ûducats; les docteurs portaient le dais sous lequel la ducbesse s'avançait au milieu du son des instruments et des décharges de Tartillerie. L'or et les diamants brillaient sur sa personne et sur tous ceux qui Tentourai^t; son trousseau était porté par cinquante-six mulets couverts de drap jaune et noir, et par douie au caparaçon de satin (4).

Cette alliance et son mariage avec Charlotte , fille de Jeanne d^Albret, roi de Navarre, offraient au duc deValentinois de nouveaux avantages, qui lui permettaient de mûrir ses vastes des^ seins avec le calme de Pesprit, pour les exécuter avec une atroce résolution. Astorre Manfred, jeune homme doué d*une rare beauté, pour l'amour duquel les Faentins s'étaient défendus a?ec opiniâtreté, se livre sur parole; il l'envoie à Rome, et, après l'avoir rendu victime d'autres brutalités, il le fait étrangler avec un de ses frères, et jeter dans le Tibre. Il convoitait le duché d'Urbin ; mais comment l'enlever, puisque Guidubaldo était dévoué au saint-siége? César déclare la guerre à Camerino, et demande des soldats et des canons à Guidubaldo, qui s'enqiresse de les lui envoyer ; alors il occupe ses quatre villes avec ses trois cents châteaux, et le ducd'Urlmi s'échappe à grand 'peine (2); puis il attaque Camerino, où il entre par trahison, et fait ma»sacrer le duc Jules de Varano avec ses enfanta.

Marin, tailleur de pierres dalmate du quatrième siècle, s'éUit établi sur le mont Titan près d'Urbin , pour vivre dans une pieuse solitude ; ses compagnons y fondèrent une petite république de gens industrieux , pacifiques, honnétesi qui se maintient encore depuis treize siècles. En iiOO, elle acheta du comte de Montefeltro le château de Pennarossa, et celui de Casolo en 4170; elle se soutint au milieu des papes, des évéques de Me»tefeltro, des Malatesta de Rimini, des Carpegna. Pie II, pour Passistance qu'il en avait reçue contre les Malatesta, lui dmuiiy en 4460, les quatre châteaux de Berravalle, Factano^ Mongia^ dino, Fiorentino ; mais elle ne tarda point à retomber dans son

(1) Habin SAlfVTOy Diarj mss,

(2) La fuite du duc est pittoresquement décrite par Benuirdiii Baldi daas b yie de Guidubaldo^ liv. Yi.

FliÛ&ENGE. 387

état primitif. Alors, envahie par Borgia, elle parvint à s'aflranchir, et^ jusqu'à nos jours^ elle a conservé sa liberté. Les Florentins lui écrivaient le 2 juin i469 : a Nous connaissons votre < fidélité^ la grandeur ef la générosité de vos âmes... Ayez bon « courage, soyez fermes et constants^ et perdez la vie avec la c liberté^ car U vaut mieux^ pour Thomme habitué à être libre, n qu'il meure que d'être esclave, d Jules II, quelque temps après, lui écrivait encore : a Nous vous exhortons à conserver l'âme a forte et grande^ en considérant qu*il n'y a rien de plus doux et a de plus utile que la liberté (1). b

Le duc de Valentinois justifiait ses conquêtes par le besoin de réprimer les factions et les tyrannies partielles; il se faisait applaudir par le peuple en détruisant les brigands^ dont les bandes infimes étaient alimentées par les révolutions. Ramiro d'Orco, d'après ses ordres, les poursuivait et les livrait à des supplices aussi prompts que terribles; puis^ dès que cet exécuteur de sa volonté se fut rendu odieux par son impitoyable justice, Borgia le fit écarteler et l'exposa sur le gibet^ et le peuple le proclajnait un grand justicier.

Venise, occupée sérieusement à sauvegarder la civilisation chrétienne contre les Turcs, ne pouvait s'opposer ni à l'ambition de Borgia , ni à l'invasion des Espagnols et des Français. A Florence, la mobilité continuelle du gouvernement ne permettait pas de suivre une politique à longues prévisions et de conserver le secret. Entourée par des amis avides et faibles^ elle était odieuse aux chefs de bandes pour le supplice de Paul. Vitellozzo parvint à soulever Arezzo contre elle; puis, n'ayant pu décider le duc de Valentinois à l'occuper avec le titre de général de l'Église, il continua de lui faire la guerre, dévasta les champs ensemencés et s'empara de tout le val de la Chiana, qu'il finit par livrer à la France. Petrucci de Sienne disait aux ambassadeurs florentins : Il faut que je vous envoie les MédiciSy car sans eux vous ne guérirez jamais, et beaucoup de citoyens proposaient de les rappeler. Néanmoins on eut recours à Texpédient d'élire un gonfalonier, non plus pour deux mois, mais à vie, à le'aôût. la manière du doge de Venise, et passible de la peine de mort

(1) hKUieo, Hist. de Sûint-Métrin^ docum., p. 61,88. Dans l'anUquité, PilidiiiisMtt, petit château des Ëleathéro-CUicieos, »vat «a hauteur inexpuçEuble, avail été respecté par tou» les conquérants, et mèmfi par M^jwoàn, comme SaintJiarm Fa été par Napoléon.

S88 AGRANDISSmOSNT DU DUG DE VALENTIKOIS.

22 «pteinb. sil était condamné par les huit de la balia. Le choix^ par le vote universel , tomba sur Pierre Soderini , honnête homme, mais trop faible pour la gravité des circonstances, du moins aa dire des grands^ qui perdaient l'espérance de devenir gonfaloniers.

Le nouveau chef^ afin de mettre Florence à Tabri des attaques de Borgia, lui expédia Nicolas Machiavel^ politique habile, qui put étudier de près Tastucieux fils d'Alexandre, dont il devait faire le modèle du tyran parfait. Le duc de Yalentinois et Machiavel étaient préoccupés de la même pensée : la nécessité de réunir Tltalie sous une même domination, mais avec la conviction que, pour réussir, il fallait tout à la fois déployer la foite du lion et la ruse du renard. Voilà ce que Machiavel enseignait dans ses livres, et ce que voulait exécuter le duc de Yalentinois, prompt à tout oser, prodigue d'argent et doué d'une activité qui doublait ses forces, u II envoie (nous dit Machiavel) don Michel Corelia, son condottiere, avec de l'argent pour recruter environ cinq mille fantassins ; il donne de l'argent à huit cents bntassins du val de Lamona, et se trouve alors à la tête d'environ deux mille cinq cents fantassins payés, de cent lances de ses gentilshommes et de trois compagnies de cinquante lances chacune, sous trois chefs espagnols. Raphaël des Pazzi a été envoyé à Milan pour enrôler cinq cents Gascons, et un homme expert en Suisse afin de faire une levée de quinze cents soldats. Il y a cinq jours qu'il a passé en revue six mille fantasisins choisis sur ses domaines , et quMI peut réunir en deux jours. Quant aux gens d'armes et à la cavalerie légère, il a publié un ban qui o^ donne à tous ceux de ses États de venir le rejoindre, et il donne à tous satisfaction. Son artillerie, toujours en bon état> est aussi nombreuse que celle du reste de l'Italie. Les messages et leso^ dres envoyés à Rome, en France et à Ferrare se multiplient, et il espère obtenir de tous ce qu'il désire. »

Après avoir occupé la Romagne, le Latium et une portion de la Toscane, il convoitait la couronne de Naples, et ce désir, il croyait pouvoir le réaliser avec Tappui pateniel, sa propre force et la perfidie ; mais il gardait pour lui seul le secret de ses moyens, et Machiavel restait confondu devant cette cour mystérieuse, où a l'on ne parle jamais des choses qu'on doit taire, et où les affaires sont conduites avec un secret admirable >. U écrivait aux Florentins : « Quiconque a observé César Borgia « voit que, pour maintenir les États, il n'a jamais compté sur les a alliances italiennes, ayant toujours estimé peu les VénitieDSi

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