ARCHIMÈDE
scientifiques de la barologie, au moins des solides ; en effet , généralisant l'observation vulgaire, il établit le premier que l'effort statique produit dans un corps par sa gravité , ou son poids, dépend du volume et non de la forme de la surface : notion qui parait aujourd'hui fort simple, et qui, cependant, fut le germe d'une proposition capitale qui n'a été complétée que dans le siècle dernier, c'est-à-dire que le poids , non-seulement est indépendant de la forme et des dimensions d'un corps, mais encore de la manière dont ses molécules sont agrégées.
Les anciens lui attribuent quarante inventions mécaniques, la théorie du plan incliné, les systèmes des poulies, lavis sans fin, au moyen de laquelle un mouvement de rotation peut se transformer en un autre perpendiculaire au premier. Pour épuiser les eaux que laissait le Nil après ses inondations, et pour vider la sentine des navires , il fit connaître aux Égyptiens la machine qui porte le nom de vis d'Archimède , et qu'on emploie encore avec avantage. Cette machine consiste en un axe avec des ailes en spirale et renfermé dans un cylindre , qui lui est concentrique j incliné de trente à trente-cinq degrés à l'horizon, il touche à l'eau par la base inférieure; aussi, en tournant, il élève successivement l'eau qui circule entre les spirales creuses et le cylindre. Il construisit, de plus, une sphère qui représentait les mouvements des astres , et dit à Hiéron que, si on lui donnait un point d'appui, il soulèverait le ciel et la terre (l). Comme il cherchait la vérité pour elle-même plutôt que pour les applications , il n'a pas laissé la description de ses machines ; cependant, c'est à ces dernières qu'il doit sa popularité , qui s'attache plus volontiers aux applications.
Nous sommes heureux d'ajouter qu'il lit de son talent mécanique le meilleur usage possible , puisqu'il l'employa à défendre sa patrie. Syracuse était assiégée par les Romains , et le consul Claudius Marcellus déployait toute sa science militaire pour s'en emparer ; mais au moment de faire mouvoir ses machines , il en voyait paralyser l'action par de nouvelles inventions d'Archimède ,
(1) La ubi consistam, et cœlum (erramque movebo. Si ces paroles (jne lui prête Pappus, sont bien de lui , il ne se rendait pas compte du levier. Maintenant, pour soulever, non pas le ciel, mais la terre , il faudrait un levici tel que, alors même qu'Archimède aurait pu courir avec la vélocité d'une bonne machine à vapeur, c'est-à-dire 48 milles à l'heure, 45 billions d'années lui auraient été nécessaires pour soulever la terre d'un pouce h peine. Voir Neil-Arnott, Mécanique des solides , pag. 155.
11>H INVENTION I)'am;H1MÈDE.
qui coulait les navires, les enlevait en l'air, les renversait, ou les brûlait à distance avec des miroirs (l). Cependant, toute la science d'Ârchimède ne put sauver la ville des trahisons. Déjà l'ennemi l'avait envahie, et lui, tant il était absorbé dans ses calculs, il n'entendit pas la sommation d'un soldat romain qui venait le chercher au nom de Marcellus. Le brutal Romain, se croyant insulté par cette distraction , lui donna la mort. La Sicile fut si malheureuse, qu'elle n'eût pas le désir ou la pensée d'honorer le grand citoyen; la colonnette avec la sphère et le cylindre, qui indiquait la place où il reposait, restait oubliée parmi les tombes vulgaires, lorsque Cicéron (2) la découvrit sous des tas de pierres, et la rappela au respect des Syracusains oublieux. La Sicile nous a laissé dans les beaux-arts des témoignages
(1) Ce problème a été sérieusement discuté par les savants, et Biiflon, à ce qu'il parait, l'a résolu par l'expérience, et voici comment : il construisit un miroir formé de 168 petits miroirs, mobiles en tous sens, de manière à concentrer pour les rétlécbir sur tous les rayons du soleil un objet unique. Avec ce miroir, il brûla une grosse planclie de sapin à la distance de lôu pieds ; c'était le lo avril, à une heure de l'après-uiidi. On porta le nombre des petits miroirs à 224, et, à la distance de 45 pieds , on fondit des vases d'argent en huit minutes; on fit passer un bœuf à la distance de 200 pieds, et il tomba.
A l'égard d'une telle construction , Mongea fait remarquer une difficulté; c'est qu'il faut, à chaque instant, changer l'inclinaison des miroirs à cause du mouvement du soleil , tandis qu'une demi-heure serait nécessaire pour brûler un navire. Lorsque Buffon fit cette expérience du miroir d'Archimède, on ne connaissait pas un passage d'Isidore de Milet qui, au temps de Jusiinien , écrivit irefî uapaôô^wv (j,y)xavïi[j.dcTwv. Dans un des quatre prolilèmes qui nous I estent de cet ouvrage , il se propose de construire une machine capable de brûler avec les rayons du soleil une matière combustible hors de la portée du trait. Trouvant impossible d'obtenir ce résultat avec les miroirs concaves, il démontre qu'Archimède a pu incendier les vaisseaux de Marcellus par la réunion de plusieurs miroirs plats hexagones. Le passage dont je parle a été publié par Dupuy dans les Mém. de l'Académie, 2 vol. xlii; Paris, 1774.
Peyrard , ijui traduisit Archimède, donna une nouvelle construction ingénieuse, qui, en 1807, fut approuvée par l'Institut, il calcula qu'avec 590 miroirs de 50 cent, de côté, {on poiurait réduire en cendres une Hotte à la distance de un quart de lieue. Mais le fait démontré possible, couunent admettre que les vaisseaux romains restèrent assez longtemps immobiles, pourque le feu y prit.^
Au surplus, l»olybe, Tite-Live, Plutarque ne font aucune mention des miroirs incendiaires d'Archimède; les seuls qui en parlent, sont Zanoras et Tzetzès, historiens du Bas-Empire, qui font allu.sion à des passages perdus de Dion et de Diodore de Sicile.
(2) Qui le méprisait cependant; car, avec un orgueil romain, il disait : Humilcm homunculum a pulvere et radio excitabo. Tusc, v, 33.