‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 105 sur 319 · RUINES DE SELINONTE ET LE SÉGESTE · texte numérisé non relu

RUINES DE SELINONTE ET LE SÉGESTE

dura que 242 ans, et fut détruite par Annibal avant de sentir le mélange étranger. Elle est située sur le rivage de la mer, au midi de l'Ile, dans une vaste plaine, divisée par un vallon où séjournent les eaux pluviales; on l'appelle la Terre des Puces. En la regardant du cap Granitola, on la croit encore une grande cité; si l'on s'approche, on reconnaît que tout est ruines, mais si colossales, qu'elles changent la mélancolie en stupeur, et l'imagination se complaît, avec ces masses énormes, avec ces immenses blocs, à reconstruire des édifices qui sembleraient faits pour une génération de géants; et Piliers des Géants, tel était le nom, en effet, que lui donnait le peuple, qui, probablement, ne les connut qu'après qu'un tremblement de terre eut bouleversé ces colonnades. Ces ruines attirèrent fort tard l'attention des antiquaires ; sur la haute colline, près de la mer, qui semble avoir été l'antique acropole, on entreprit des excavations qui découvrirent des temples doriques; le plus grand, périptère héxastyle, avait un entablement à frise dorique supporté par dix-sept colonnes; entre les triglyphes on voyait des métopes précieuses, antérieures d'un siècle et demi à celles d'Égine, qu'on regarde comme les plus anciennes de la Grèce. On compte sept de ces temples , qui , disposés parallèlement sur deux lignes , sont tous entourés de colonnes doriques naissantes et très- massives. Dans deux de ces temples, des colonnes à double rang soutiennent le portique; le pronaos est fermé comme un vestibule , et les murs du sanctuaire se prolongent sans pilastres ni colonnes , dispositions qui ne se trouvent que dans les monuments égyptiens. Dans les métopes en tuf grossier, et qui représentent Hercule avec les Lapithes, Persée avec Méduse et d'autres sujets mythologiques, la monotonie des têtes en profil aigu sans connaissance du raccourci , les barbes en pointe , les yeux fendus comme ceux des oiseaux, les bouches, les cheveux, les plis, tout sent le procédé rituel, qui copie des types conventionnels au lieu d'imiter la nature, et marquent le passage entre l'art égyptien et l'art grec. Le premier prédomine dans les plus anciennes; deux se rapprochent des marbres d'Égine ; dans les cinq autres , les poses diverses et les draperies montrent un art qui entre dans le mouvement ordonné et la représentation animée de la Grèce classique. En général, cependant, les œuvres plastiques de l'île n'égalent pas sa grandiose architecture, et n'abandonnent jamais l'archaïsme.

Entre Palerme et Trapane s'élevait Ségeste , bâtie par les

SKGESTE, MONUMENTS DK LA SICILE. 201

Élyiiifcs, colouisée par les Thessaliens ; on y trouve encore , au milieu de la solitude, un temple parallélogramme de cinquantesept mètres sur vingt-quatre , entouré de trente-six colonnes doriques ayant neuf mètres de hauteur et deux de diamètre; elles ont toute la force qu'il fallait pour supporter les gigantesques ornements qui les surmontaient. Tout porte le cachet d'une antiquité antérieure à l'éducation grecque, et le temple s'est mieux conservé, parce qu'il n'a pas subi , comme les monuments grecs, les érudites transformations de l'empereur Adrien.

Si nous passons à Syracuse , nous trouvons des œuvres plus achevées ; outre les tombeaux, les temples, et un stylobate long de cent vingt-cinq pas qui soutient un autel oblong dit de Hiéron II , avec un entablement dorique , on a découvert naguère l'aqueduc qui fournissait l'île d'eaux abondantes; de là, peut-être, l'origine de la fable d'Aréthuse, à laquelle, venait se mêler le fleuve Alphée , Incorruptanim miscentes 05c'm/« flçî^arwm (l). L'amphithéâtre, formant une ellipse trèsallongée, partie en grosses pierres et partie taillé dans le roc, fut probablement construit par les Romains pour l'usage de leur colonie; car il n'aurait pas suffi à l'ancienne population. Le théâtre, qui, selon Diodore, était le plus remarquable de la Sicile , avait été disposé avec plus de soin : situé dans l'endroit le plus populeux de la ville, il offrait aux spectateurs la vue de la mer, du grand port, de l'ile Ortygie, des riches campagnes arrosées par l'Anapo, et des plus beaux édifices. On admire également les catacombes qui se prolongent plusieurs milles sous l'Achradine, le Tyché et le Néapolis , attestant parle nombre des morts l'immense population de Syracuse.

Catane, bien que beaucoup de ses édifices soient ensevelis sous les laves, renferme aussi de merveilleuses ruines ; le théâtre cons-

(1) AtsoNE, Nob. iirbes, vers 97. Et Virgile, É7i. m, (192 :

« Sicanio prœtenla sinu jacct insula contra « Plemmyrium iindosum : nomen dixere priores « Ortygiam, Alpheum fama est hue Elidis amnem « Occultas egisse vias subter mare, qui nune " Ore, Arethusa , tuo siculis confunditur undis-

Kt CiCKRo.N : In hac insula extrema Ortygia est fons aquœ dulcis, cul nomen Arethusa est, incredibili magnitudine , plenissimus piscium , qui fluctibus totus operiretur, nisi munïmme ac mole lapidum a mari disjuncfus esset:

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