‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 106 sur 319 · MONUMENTS DE LA SU'.ILE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DE LA SU'.ILE

truit avec des blocs énormes sans ciment, le temple de Cérès, et tant d'autres antiquités qui, recueillies par la munificence de Pateruô, prince de Biscari, forment un des plus riches musées. A Lilybée, tombeau de la Sibylle de Cumes, réédifiée dans la suite par les Arabes, sous le nom de Marsala, c'est-cà-dire port de Dieu , et rendue célèbre naguère par la fabrique de vins qu'une compagnie anglaise y a établie, on trouve des souterrains et des scupltures gigantesques. Le théâtre de Taormine est encore une œuvre prodigieuse ; un de ses côtés domine la pente qui descend jusqu'à la mer Ionienne, et, de l'autre, on aperçoit la colline qui s'élève jusqu'au sommet duMongibello. Les statues, les colonnes, les vases qui l'ornaient, sont brisés ou décorent la moderne église; les voûtes et les niches habilement disposées pour grossir la voix des acteurs, ne répètent plus que le cri d'admiration des étrangers et les gémissements des Italiens.

(( Peuple , écoute mes chants et le son de ma lyre marié à ma « voix. Je célèbre Agrigente, délice de Vénus, et ses belles cam- « pagnes. Les Grâces, suivant les traces de la déesse, dansent f( dans ses vallées, et souvent, dans les sphères étoilées, la louange « de ces plages résonne sur les lèvres d'Apollon. » Ainsi chantait Pindare; mais Agrigente, qui servit de place d'armes aux Carthaginois dans la guerre contre les Romains, et dont ceux-ci s'emparèrent , se trouve réduite maintenant au petit Girgenti ; on y voit, néanmoins, des masses de débris de l'ancienne splendeur, et partout des tombeaux d'hommes, de chiens, de chevaux. Quelle magnifique perspective devait présenter à ceux qui venaient d'Afrique ce port conronné de superbes édifices et de temples nombreux construits par les prisonniers carthaginois ! Il en existe encore quelques-uns, et les modernes, mais sans motifs suffisants , ont regardé les principaux comme dédiés à Junon Lacinienne et à la Concorde. Le premier a un portique de trente-quatre colonnes doriques; l'autre, dorique aussi, bien développé et bien fini, est le plus beau monument de la Sicile, malgré sa lourde architrave, et rappelle leParthénon d'Athènes. Celui d'Hercule n'existe plus; lorsque les Carthaginois prirent la ville, on travaillait encore à celui de Jupiter- Olympien, qui est resté inachevé. Comme tous les édifices de la Sicile, les proportions sont graves, et les détails accusent une certaine lourdeur et de la grossièreté; mais, parla hardiesse de la structure et le grandiose des dimensions, on le comparaît à celui de Diane à Éphèsc; les colonnes doriques ont vingt mètres

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de haut sur quatre de diamètre, et dans les cannelures un homme peut se reposer comme dans une niche. Il est resté enfoui sous les ruines jusqu'à notre époque ; enfin, les débris ramenés au grand jour, et les colosses à la raideur primitive qui supportent le toit de rhypèthre, nous ont appris combien de choses nous avions encore à découvrir, combien d'antiques grandeurs à interroger. Un seul morceau d'architrave a huit mètres de long. Denon, qui cependant avait étudié l'Egypte, restait ébahi devant ces masses qui lui paraissaient l'œuvre de géants, chaque colonne une tour, chaque chapiteau un rocher.

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