ABORIGÈNES
devoir se fetrouver parmi ceux qui en habitent l'extrémité la plus reculée j c'est là, en effet, qu'ils ont cherché un asile, et que, ne pouvant pas aller plus loin , ils se sont mêlés successivement avec les envahisseurs.
La navigation ne constituait pas une science et un art compliqués comme aujourd'hui; de petits navires à large carène, capables de porter de cent à deux cents hommes, poussés par des rames et une voile, suffisaient aux voyages, surtout dans des mers circonscrites comme l'est celle qui baigne l'Asie, l'Afrique et nos côtes (l). L'Italie dut recevoir, de cette manière, d'autres aventuriers, qui fondaient sur le rivage de la mer de petites colonies plus civilisées, tandis que les habitants du milieu des terres occupaient les montagnes. Le nom d'Aborigènes, attribué aux plus anciens Italiens, signifie montagnard (opoç, mont) ; et, peut-être indiquait-il une première immigration de la race japhétique, appelée Tyrsèue, ou Tyrrhène ou Rasène, qui donna son nom à toute la Péninsule et à la mer qui la baigne à l'occident; cette mer, au levant, fut appelée Adriatique de Adria, ville également tyrrhénienne. Platon, dans le Crifias^ fait les Tyrrhéniens et les Égy[:tiens contemporains des Atlantides , c'est-à-dire antérieurs à toute histoire ; la fable les associe aux souvenirs de Bacchus , de Jupiter, des Satyres; Hésiode,, contemporain d'Homère, parle « des forts Tyrrhéniens, illustres parmi les dieux et les héros. »
De cette race antique étaient les Euganei et les Orobii qui précédèrent les Ombriens; elle avait encore produit les Camuniens, les Lépontiens et d'autres peuplades du Trentin. Tous ces peuples étaient descendus en Italie par le nord , ou avaient établi des stations dans les Alpes pour défendre la Péninsule contre les courses des Gaulois (2).
(1) L'Aicailie n'a pas de côtes, et, cependant, dans la guerre de Troie, elle fournit soixante navires , c'est-à-dire autant que la Laconie, et un tiers de plus que l'Hellade.
(2) Tusci, Tirol, Tir, Tusis, Retzîins, sont des noms de pays riiétiques qui indiquent une origine tyrrhénienne. TscnuDi, De prisca et vera A/pina Hhaliœ. Quadrio , Dissertuzionï chtico-storiche sulla Rezia cli qua daW Alpi. HoRMAïH, desch. von Tirol, i, 127. Giovanelli, DelCorigine dei popoli ri'/to/m; Trente, 1844. Steub, Die Urbeivohner Rhàtiens ; Monaco, 1843.
Près de Dos de Trente, on a découvert une inscription étrusque. Le baron de Crazannes assure que, à Rlieinzallern , dans la Bavière rhénane, on a trouvé beaucoup de fragments de poteries avec des caractèies étrusques; il
IBERES. LIGURES.
Aux Tyrrhéniens appartenaient peut-être les ïaurisques ou montagnards dans la Subalpine, et, dans l'Italie moyenne, les Etrusques et les Opieiens{l), dont le nom contracté en Opsques et Osques,a formé, avec l'addition de l'article, Tosques. Leurlangue semble avoir constitué le fonds des idiomes italiques ; dans les beaux jours de Rome, la plèbe et la jeunesse s'amusaient avec les fables atellanes, chantées en osque; puis, lorsque la majesté l'omaine déclina , l'osque survécut dans la populace , et devint peut-être le père de la langue actuelle.
Mais un élément sémitique s'y mêla, si même il ne le précéda point, par l'intervention des Ibères, race fmno-tartare, ou, comme on dit aujourd'hui, turanique, venue de l'ibérie asiatique près de l'Arménie, dix-huit siècles avant Jésus- Christ. Cette lace se répandit au loin en Europe où, par mer, elle pénétra jusque dans l'Espagne, à laquelle elle donna son nom ; sa langue est restée aux Basques et aux Finnois, peuples qui vivent aux deux extrémités de l'Europe (2). Aux Ibères se rattachent les Ligures dans la haute Italie; dans la moyenne, peut-être les Italiens, qui s'étaient établis le long de la mer occidentale entre la Macra et le Tibre ; dans la basse Italie, les Sicanes , que Thucydide appelle Ibères. Cet historien retrouve le fleuve Sicanus dans le voisinage des Ligures , qui (dit-il) habitaient près de la mer au-dessus de Marseille; et, comme le nom des Sicanes se rapproche de celui des Séquanes, établis à la source de la Seine, des érudits en concluent que les Celtes appartiennent à la même famille ; ils attribuent à cette parenté le grand nombre de mots de racine
essaie de prouver que ces caractères appartiennent au celtique aussi bien qu'au celtibèie, à l'euganéen, à l'osque, au samnite, au grec ancien, de telle sorte qu'il est facile de les conlondre les uns avec les autres. Voir le Journal des artistes; Paris, 1832, décembre.
( I ) De ops, terre ; d'où opes rictiesse et même opus : "Ouixot xai npôxepov xalvùv xaAoû[xevoi Tr]v£7iovo[j,îav Aycrovei;. Aristote, TtoXix., vu. Voir aussi Antioclius de Syracuse ap. Strabon , liv. v. Puis les Opiqnes dégénérèrent tellement que leur nom signilia grossier, corrompu.
Récemment l'Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris a mis au conloart^P Histoire (les Osques avant et durant la domination romaine; exposer ic qu'on sait de leur langue, de leur religion, de leurs lois et coutumes.
(2) Voir Petit-Radel , Origines historiques des villes d'Espagne. — HvymoLm, Prnfîing der Vntersuchungen ûberdie UrbetvohnerHispaniens, vermitfelst der vasckischen Sprache ; et, plus récemment , Prichiri), T/ie nattiral hislory of man. Ainsi, au lieu de croire que des Ibères d'Espagne aient habité l'Italie , nous tenons pour avéré qu'ils ont passé d'Italie en Espagne. Selon ÎTumboldt , la migration des Ibères est antérieure aux Celtes. De
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celtique qui sont restés dans l'italien et surtout dans le sicilien (l).
Selon quelques-uns, la race ibère aurait habité l'Italie avant
cette origine viendrait l'homophonie d'un si grand nombre de pays d'Espagne et d'Italie , dont voici quelques-uns :