ANNIBAL EN ESPAGNE
qu'elleinvitaità rester fidèles à son amitié, lui repondirent eu conseil armé que l'exemple de Sagonte leur avait appris de quelle manière elle protégeait ses alliés. Rome alors fit prier les Gaulois de fermer le passage aux Carthaginois , et les Gaulois réunis lui firent cette réponse en riant : « Quel mal nous a fait Carthage? ou quel « bien Rome? Nous ne savons qu'une chose, c'est que Rome a « cherché à expulser nos frères d'Italie. »
Ils faisaient allusion aux Gaulois cisalpins , dont la défaite était récente. Annibal comprit donc qu'ils s'insurgeraient aussitôt qu'il porterait ses armes en Italie. Sa famille était fort riclie , et lui-même tirait d'une seule mine d'Espagne trois cents livres d'argent par jour (i) ; les dépouilles de Sagonte lui offraient encore d'autres ressources. Laissant cinquante-cinq navires et seize mille soldats à sou frère pour garder l'Espagne et s'exercer dans cette pénible arène, il partit à la tête de quatre- vingt-dix- 2(6 mille vétérans. Les Romains l'attendaient sur mer; mais lui, au 15. juin contraire, avait résolu de franchir les Pyrénées et les Alpes, route qu'autrefois, disait-on, l'Hercule tyrien avait suivie pour aller de l'Ibérie en Italie. D'ailleurs, c'était ouvrir une voie nouvelle, entreprise que les anciens regardaient comme trèsglorieuse. Pour frapper l'esprit du vulgaire , il fit courir le bruit que le dieu de la patrie lui était apparu en songe,' dans le sanctuaire de Gadès, fpour lui annoncer la victoire et lui montrer le chemin au moyen des replis d'un serpent. 11 comptait sur les Barbares , dont il espérait gagner les chefs soit à prix d'or, soit avec l'idée de la vengeance et du pillage; dans ce but^ ses émissaires sollicitaient les Boïes et les Insubres, leur disant d'ouvrir les yeux contre cette Rome qui tendait à les envelopper d'une chaîne, dont les premiers anneaux étaient les colonies de Plaisance et de Crémone. Parvenu au sommet des Pyrénées, il rassura les Gaulois du versant septentrional par un traité mémorable pour sa singularité ; en effet , il y fut stipulé que toute plainte des Carthaginois contre les indigènes serait jugée par les femmes gauloises (2). Laissant des garnisons derrière lui, il franchit le Rhône et la Durance avant que les Romains pussent lui fermer le passage ; sur la fin d'octobre, il commença à traverser les Alpes couvertes de neige, semées
(1) Pline, Nat. hist., xxxui, 6.
(2) Plutarqiie, De la vertu des femmes.