CELTES OMBRIENS
que les fables des temps saturniens. Chassant les Ligures et les Sicules , les Ombriens occupèrent donc la partie orientale de l'Italie, laissant l'occidentale aux Ibères, et devinrent le peuple prépondérant de la Péninsule; sous le nom de Sarsinates, ils habitèrent Pérouse, sous celui deCamertins, Clusium , et possédèrent trois cent cinquante-huit bourgades (t).
Ces inondations de peuples entiers n'excluaient pas les invasions partielles, et toutes les races n'étaient pas japhétiques; les Titans, les Cyclopes, les Lestrygons, qui paraissent avoir précédé les Sicules dans l'île qui leur emprunta son nom, descendaient peutêtre de Cham et sortaient de l'Afrique. Les irruptions suivantes, et celle qui porte le nom des Pélasges , proviennent de colonies et de conquêtes plutôt que de migrations de peuples entiers.
Rien, de nos jours, n'a été plus controversé que l'origine, les progrès et le caractère des Pélasges (2).
1444, les fameuses tables Ëugubines, cinq en caractères étrusques, deux en latin et en langue ombrienne, sur laquelle se sont exercées la patience et l'imagination d'une foule d'érudits,
(1) Pr.iNE, Nat. Mst., m, 19 : Umbrorum gens anliquissima Italix exis- Umatur. — Denys, i, 18 : "EQvo; èv xoïçnàvu [j-sy^' ^^ ^o" àpj^aïov. — Plunk, ibid : Tercenta eorum oppida Thusci debellassereperiunlur. L'opinion qui lait Celtes les Ombriens est contredite aujoind'hui, d'autant plus que leur langue a de l'affinité avec la latine , mais surtout avec l'osque. Voir Aufrect et RiRRHoiF, Die Vmbrischen Sprachdenkmatter ; et , surfout, Grotefenh , Sulla geografia e storia delVantica Italia. Hanovre, 1840.
(2) Pendant quarante ans, Petit-Radel a recueilli des documents relatifs à ce peuple dans tous les pays où il en a trouvé des traces ; monuments , livres, inscriptions , traditions , il a tout consulté. Plus de quatie cent cinquante villes antiques ont été explorées par quatre-vingts voyageurs depuis 1810, et, surtout, pendant l'expédition scientifique de Morée après 1829; à Paris, dans la bibliothèque Mazarine , on a placé soixante monuments en relief , de plâtre coloré , qui représentent les diverses constructions des Pélasges historiques et des Cyclopes fabuleux. De même qu'on a calculé l'âge de la terre d'après les couches superposées, on a déterminé les époques de la fondation des villes d'après les différentes méthodes de construction des murailles.
Sur les monuments pélasgiques , voir principalement :
Raoul-Rochette , Hïst. de rétablissement des colonies grecques. — Notices sur les Nuraghes.
Holel, Voyage pittoresque^ 1787, tom. i.
Mazzera , Temple antédiluvien, 1829.
DoDWELL, Classlcal tour, etc. — Veduta e descrizione délie rovine ciclopee in Grecia e in Italia. Londi'es, 1834.
Marianna DiONiGi , Viaggi in alciine cïltà del Lazio che diconsi fonda te d a Saturno; ^ome, 1809.
MuïnLF.Tox, Grecians remains in Itahj, Londres, 1812.
Sémitiques selon les uns, ils se rattaehent selon d'autres à la grande famille caucasienne des Scythes, dont une partie, traversant la Thessalie, s'arrêta dans la Grèce et le Péloponèse sons le nom de Pélasges et d'Hellènes, subdivisés plus tard en Eoiiens, Ioniens, Doriens, Achéens, et se répandit dans les des de l'Archipel et en Italie; une autre partie, passant le Taurus, occupa l'Asie Mineure, la Phrygie, la Lydie, la Troade, et, par le Bosphore, s'établit dans la Thrace.
Quoi qu'il en soit, les Pélasges précèdent, dans les pays civilisés, les générations qui ont acquis une renommée classique. Les Grecs leur attribuaient une existence aussi fabuleuse que celle des Titans et des Cyclopes; ces peuplades barbares, sous bien des rapports, régnèrent, pour les ruiner, sur les plus belles contrées, jusqu'à ce que, accablés de terribles désastres par la colère divine, ils succombèrent et furent réduits en servitude. Cependant, même dans les malveillantes traditions grecques , le rôle des Pélasges n'est pas sans éclat; ils fondent des villes, creusent des raines, pratiquent les arts, ont une religion et même un alphabet.
Ils arrivèrent en Italie à diverses reprises; la première fois ce fut avec OEnotrus et Peucétius, fils de Lycaon, qui, dix-sept générations avant la chute de Troie, conduisirent une colonie partie de l'Arcadie et de la Thessalie ; cette colonie fut la première qui sortit de la Grèce par mer (l). Les Peucètes s'établirent sur le golfe Ionien, les OEnotriens à Sciroccum, et civilisèrent les peuples de la Campanie. De nouveaux courants de peuples chassèrent d'autres Pélasges de la Macédoine et du pays de Dodone ; de là, par la Pannonie, rillyrie, laDalmatie, ils abordèrent aux bouches du Pô, où ils bâtirent Spina.
Ils avaient trouvé les Tyrrhéniens déjà subjugués et réduits à la condition d'esclaves, les Ombriens établis sur le revers oriental, les Ibères ou Ligures, sur l'occidental, et les Sicules tout-puissants. A la suite d'une rencontre avec une tribu des
Petit-Radel, Voyage dans les principales villes d'Halle ;Pmigi, 1815. — Recherches sur les monuments ci/clopéens, et description des modèles en relief composant la galerie pélasgiquede la bibliothèque Mazarine. Ibi(l.,1841.
Voir surtout, et fréquemment, le Bulletin et les Mémoires de l'Institut «le correspondance archéologique, où, en 1832, pag. 77, Gerhard a donné le catalogue detous les monuments cyclopéens d'Italie. (I) Pai'swias, Arrndin , cliap. m., \ . 603.
Ibères, celle des Aiiruiu-i ou Ausones, les Pélasges donnèrent le nom d'Ausonie à tout le pays. Tis trouvèrent des ennemis dans les Ombriens, et des alliés dans les aborigènes de la Sa])ine, qui avaient commencé de grouper leurs cabanes sans les entourer de murailles, et qui, alors, couvrirent de villes les cimes de l'Apennin.
L'empire des Pélasges ne put jamais se naturaliser sur le sol de l'Italie. Toujours mal vus comme étrangers et conquérants, ils durent s'y maintenir par la force des armes; et c'est après trois siècles de luttes contre les Sicules, que les Pélasges les refoulèrent enfin dans File qui, de leur nom, s'est appelée Sicile.
Hérodote, le plus ancien des historiens grecs, dit que les Pélasges « offraient des sacrifices aux dieux, mais ne leur donnaient ni noms ni surnoms, se contentant de les appeler dieux (1). » Cela signifie, peut-être, qu'ils n'avaient qu'un seul Dieu; mais, probablement, dans leur culte, ils divinisaient la nature, dont ils exprimaient les forces fécondes et organisatrices au moyen de symboles, qui laissèrent des vestiges dans la religion italique, comme les Faunes, Vesta, AnnaPerenna, Paies, et autres divinités étrangères à l'Olympe grec. Chez eux , le dieu Terme symbolisait les possessions stables ; Vesta, la sanction divine de l'association de la femme et de l'homme. Ils auraient donc introduit parmi les grossiers Italiotes les personnifications religieuses protectrices de l'état familial et du droit de propriété, fait important là où la constitution publique repose sur la constitution domestique. Sur l'autel de Vesta (2) brûlait un feu perpétuel entretenu par des vierges ; le laisser éteindre ou violer leur vœu de chasteté était pour elles un crime capital. Dans la Sabine , ils établirent un oracle semblable à celui de Dodone.
Le culte des mystérieux Cabires était particulier aux Pélasges. On présentait au vulgaire ces divinités comme des planètes qui, sous la forme d'étoiles ou de feux, apparaissaient aux navigateurs ; mais pour les initiés, ces mystères , dont les sanctuaires étaient l'île de Samothrace et Dodone en Epire, exprimaient la conception d'une trinité , formée de l'omnipotent, du grand fécondateur et de la grande fécondatrice (3). Ces mystères,
(t) Lib. Il, 52.
(2) Hestia, Vesta, de la racine même tic esio, sto. Zens fferleios était le dieu de la propriété ; cette racine est restée dans le verbe latin /iemsce/v, distribuer l'héritage d'un père de famille.
(3) Scholiaste d'Apollonius de Hhodes ad Argonauficum, \, 917.