RELIGION DES PÉLASGES
qui exercèrent une grande influence sur les religions italiques, garantissaient les initiés contre les tempêtes et les malheurs ;mais les cérémonies avaient principalement pour but la purification de l'âme. Le néophyte confessait ses péchés, subissait des épreuves sévères, était soumis à des sacrifices expiatoires. Le prêtre pouvait absoudre même de rhomicide; mais le parjure et le meurtre commis dans les temples étaient des crimes réservés à un tribunal, qui pouvait infliger aux coupables la peine de mort.
La ressemblance entre le culte italique et l'hellénique n'échappa point aux Grecs; Denys d'Halicarnasse prévient qu'il ne s'agit pas seulement de types et de formes exprimant les idées générales de puissance ou de protection spéciale , mais encore d'attributs, de costumes, d'usages traditionnels, de trêves religieuses, de pompes, de sacrifices et de la construction rituelle des temples.
Quelques divinités grecques furent introduites dans le culte latin à des époques connues : Apollon, en 429 de Rome; Esculape, eu 459; le grand autel d'Hercule, en 449; mais, dans ces sociétés une fois constituées , et si tenaces dans leurs traditions, on n'aurait pu introduire les dieux supérieurs sans provoquer un bouleversement général; l'histoire nousaurait informés de l'opposition qui se serait manifestée. Il faut donc supposer que les grandes divinités ont accompagné les peuples eux-mêmes , surtout les Pélasges; hypothèse d'autant plus admissible quelle s'appuie sur la physionomie de ces divinités et leur rapport avec les institutions civiles.
Sauf ces brèves notions, nous n'en saurions pas davantage sur les Pélasges, si le temps n'avait pas respecté les débris de leurs merveilleux travaux. Dès que l'homme veut se procurer uue habitation , il ne songe qu'à se garantir des intempéries et des bêtes féroces; heureux là où le sol lui offre des cavernes naturelles ou la facilité d'en creuser, comme il y en a tant dans la Sicile, surtout au Val de Noto , au Pélore, à Spaccaforno, à Ipsica. Quelquefois, elles sont superposées comme les étages d'une maison ou les cases d'un colombier. Là devaient habiter les Lestrygons, les Lotophages, les Polyphèmes et tous les monstres sous la forme desquels l'âge poétique a représenté les peuples hors de la société civile, se bornant à embellir les grottes qui leur servaient d'abri, et y renfermant la femme, le dieu, les dépouilles des êtres chéris. Aussi, trouvons-nous des grottes sacrées dans les histoires les plus anciennes : c'est dans
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3i TROGLODYTES. ÉDIFICES CYCLOPÉENS.
une grotte que le roi Numa Pompilius conférait avec la nymphe Égérie ; dans une autre, la sibylle de Cumes rendait ses oracles. Dans l'antique Etrurie et les Iles de la Méditerranée, beaucoup de souterrains sont couverts d'ornements dus aux. premières tentatives de l'art (l); parmi tous se distingue, près de l'antique Fiésolc, l'hypogée en pierre de grés compacte, que le peuple attribue aux fées, et dont l'érudit ignore l'usage.
Aux souterrains troglodytiques succèdent les constructions audessus du sol, qui, des Cyclopes de Sicile, prirent le nom de cyclopéennes; ce peuple fut regardé comme une race de géants, parce qu'il superposa des pierres énormes, non équarries, se tenant par leur propre poids et disposées en tours ou en murailles avec des portes. Quelques-unes de ces murailles sont faites avec des blocs de diverses grandeurs, dans leur état primitif, et consolidés dans leur interstice par des morceaux de pierres et des cailloux ; d'autres, avec des masses polygonales, arrangées delà même manière, taillées à peine , variant de forme et de grandeur; d'autres enfin, avec des parallélipipèdes grossiers, placés perpendiculairement; dans aucune ou ne voit de ciment. Telle est dans l'ile de Gozzo-, la construction de la Tour des Géants, œuvre peut-être des Phéniciens, qui se compose de deux monuments avec une communication intérieure. Telles sont encore les Nuraghes de Sardaigne , cônes tronqués au sommet et s'élevant de douze à quinze mètres, faits avec des pierres d'un mètre cube dans les assises les moins élevées, toujours irréguliers et sans l'emploi de la chaux. Les Nuraghes, bâties sur les hauteurs, sont quelquefois entourées d'un terre-plein de cent mètres de circonférence, et fortifiées par un mur de trois pieds de haut et de construction semblable ; plusieurs d'entre elles sont environnées d'autres cônes de même forme et de moindre dimension. Selon les uns, ce sont des trophées, et selon les autres, des autels du feu ; mais, si l'on réfléchit qu'il en existe peut-être trois mille, on est obligé de n'y voir que des habitations ou des sépulcres, principalement de prêtres, car on n'y trouve jamais d'armes , mais des ornements de femmes et de petites Idoles ( 1 ) .
(1) GiusEPPE Sanchez, La Campania sollerranea, o brevi nolizic degli cdifi-j scuvuti cnlro roccia nellc Sicilie e in altre re^ioni; Naples, I8:$3, On trouve les tombeuiix par iiiiilitTS dans l'ilot de Sant'-Antico (Enosis), près de Sulci ; ils servent aujourd'luii dliabitations. Il en est de même dans l'iie de Gozzo.
(1) Petit-Radei,, Notices sur les A'tiraghcs delà Sardaigne, considérées
TROLGODYTES. EDIFICES GYCILOPÉENS. 35
Comment déterminer les caractères qui distinguent l'architecture cyclopéeune de la pélasgique? Admirable, non par sa régularité comme la grecque , mais par la masse des matériaux et sa ressemblance avec les œuvres de la nature , l'architecture pélasgique ne s'employait ni pour servir aux rois ni pour honorer les dieux, mais pour l'utilité sociale; ce sont des murailles, des voies, des aqueducs, des canaux; or, ce vif sentiment de la vie publique, révélé par la construction de tant de villes , a survécu dans l'Italie toujours portée à la vie municipale. Sous cette forme, les murailles sont isolées , ou forment la ceinture de villes attribuées au diable par le peuple, étonné qu'il est devant ces masses gigantesques : elles sont irrégulières comme à Cossa, Arpino, Aufidéna; équarries comme dans l'antique-bastion de Rome et les murs de Volterra et de Frégelles ; régulières comme à Cortoneet à Fiesole ; souvent encore de construction mélangée, mais toujours sans emploi de la chaux.
Cène fut qu'après 17'J2, époque où l'on découvrit des ruines sur le montCircéii, que l'attention se fixa sur les édifices pélasgiques, devenus aujourd'hui un objet essentiel des études archéologiques; une foule de monuments analogues aux nôtres ont été découverts dans le Pélopouèse, l'Attique, la Béotie, laThessalie, la Phocide, l'Èpire, laThrace, l'Asie-Mineure, pays habités par les Pélasges. La Grèce en a peu , mais l'Italie en compte trois cents dans les pays des Aborigènes, des Sabins , des Marses, des Herniques , et dans les cités latines sur les bords de la mer. Parmi ces dernières , la principale est Terracine ( Anxur ) ; viennent ensuite l'enceinte polygonale de Fondi, les murailles et les portes d'Arpino, d'Alatri, de Vérula, de Férentino , de Préneste , à masses irrégulières , comme celles qu'on voit encore sur les montagnes volsques, à l'entour de Norba, de Signia, de Cora. Sur l'autre versant de l'Apennin , parmi les Samnites, il
dam leurs rapports avec les résultais des recherches sur les monuments ci/clopécus et pclasgiques, Paris; 1826. Ces travaux ont élé surpassés par ceux du clicvalier La Marmora, qui a employé toute sa vie à étudier la Sardaigne et ses monuments. Il croit que les Nuraj^lies ne sont ni des édifices cyclopéens, ni des troplu'",'-; , ni des vedettes, mais probablement des pyrées, c'est-à-dire des autels du leu semblables aux telayot des îles Baléares; c'est pour cela (ju'on les élevait sur des collines, et, peut-être étaient-elles surmontées d'une terrasse à laipielic; on montait par un escalier intérieur. On y trouve des pierres circulaires et des amas de blocs démesurés , plus antiques et construits ave(- moins d'art, qui ressemblent aux pierres levées delà Bretagne continentale et de la Caiédonie.