‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 16 sur 319 · MURAILLES PÉLASGIQUES · texte numérisé non relu

MURAILLES PÉLASGIQUES

reste des vestiges de semblables édifices à Boviano, Esernia, Calatia, peut-être encore à Aufidéna ; parmi les Marses, à Albe, Atina, et autour du lac Fucin. Depuis ce lac jusqu'au territoire tiburtin, habité par les montagnards èques et sabios , ces constructions gigantesques paraissent avoir été nombreuses, puisqu'on en voit des restes à Cicolano et à Riéti , où furent Tiora, Nursi, Sura, et vers Monteverde , Siciliano, Vicovaro. Elles sont rares dans les Abruzzes; mais, dans l'Ombrie, on en trouve à Améria, Cési, Spolète, et surtout à Cosa ; elles finissent entre l'Esi et rOmbrone. L'Italie septentrionale n'en a pas, non plus que l'Etrurie intérieure; en Sicile, on a cru en voir à Céfalù et sur le mont Eryx.

Dans les murailles de l'acropolis d'Arpino, la porte est fermée par une clef de voûte; elle a la forme d'un parallélipipède à Alatri, d'un trapèze à Norba, à Circéii, à Signia; mais les supports sont très-lourds. L'arc paraît grossier dans l'aqueduc près de Terracine, régulier au pont de Cora, mieux encore dans un débris de Circéii et la double porte de Signia. Parfois, ce sont des constructions sphériques, couvertes d'une coupole formée de dalles disposées horizontalement avec une saillie progressive ; cette forme se reproduit dans beaucoup de sépulcres, à Norba , à Tarquinies , à Vulei, dans celui d'Elpénore sur le mont Circéii, dans la prison deTullius à Rome, qui, probablement, à l'origine, fut une citerne, comme celle de Tusculum, qui est carrée et surmontée d'une coupole conique.

En constatant ces faits, nous ne voulons pas nous ranger parmi ceux qui ne voient dans les Pélasges qu'une horde vagabonde et féroce, ne s'occupant qu'à dévaster le pays. Nous trouverions, s'il était nécessaire, un appui dans ce mérite que Pline attribue à ritalie, qui , dit-il , semble destinée par les dieux à restituer aux hommes l'humanité. D'autres , au contraire , vont jusqu'à faire honneur aux Pélasges de l'introduction de l'alphabet , puisque Evandre, qui l'enseigna, venait de l'Arcadie, séjour de ces peuples.

Les Pélasges souffrirent beaucoup en Italie de la sécheresse et de la stérilité dos champs (i), mais plus encore par le fait des volcans ; de furieuses éruptions, vers l'an I300 avant J.-C, les forcèrent d'abandonner l'Etrurie, où leurs villes devinvent insalubres par les exhalaisons des marais qui s'étaient for-

(1) AeifAovtati; Tiat ■//Ao.i.c, èXaaTpyiOs'v-ceç ; Denys, i.

niés au milieu de terrains déprimés ou soulevés. Cœré , une de ces villes, se trouvait à quatre milles du cratère envahi par les eaux du lac Bracciano; l'air méphitique de Gravisca devint proverbial chez les Romains, et ce même inconvénient rendit Cosa déserte; Saturnia^ ville incontestablement pélasgique, est située sur une des collines du volcan de Santa Fiora.

Accablés par ces désastres et par d'étranges maladies , les Pélasges interrogèrent l'oracle de Dodone, qui répondit que les dieux étaient irrités, parce qu'ayant promis aux Cabires le dixième de tout ce qui naîtrait, ils n'avaient pas offert celui des enfants. Cette réponse impitoyable parut pire que le mal ; le peuple se mutina, et perdit sa confiance dans les chefs , ce qui aggrava la situation. Fatigués de tant de souffrances , quelques Pélasges émigrèrent, soit pour retourner dans les pays d'où ils étaient venus, soit pour se diriger à l'Occident, surtout vers ri!)érie (l'Espagne), où Sagonte et Tarragone laissent voir des murailles de leur construction. Ceux qui restèrent furent sinon détruits, du moins dépossédés et réduits à la condition servilepar de nouveaux peuples. Les Sybarites, en effet, appelaient Pélasges les esclaves, qui, probablement j étaient les OEnotriens subjugués par eux.

En visitant Saint-Pierre d'Albe chez les Marses, on reconnaît trois gradins de construction pélasgique, surmontés d'un temple romain, auquel les Goths ajoutèrent une tribune en abside, le moyen âge une façade, tandis que l'intérieur est orné de six colonnes de marbre d'ordre corinthien. Ce mélange n'est-il pas le symbole perpétuel de l'histoire des Italiens? et pourra-t-on jamais établir un système qui suffise à l'explication de tant de variétés? Toute hypothèse trop générale succombe devant une sincère investigation ; s'il est décourageant de voir les érudits rester dans l'ambiguité , et les plus sérieux efforts n'aboutir qu'a un peut-être, on est humilié de voir que, pour ce peut-être, on se renvoie de l'un à l'autre la qualification d'ignorant ou de présomptueux.

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