ÉTRUSQUES
hostiles à Syracuse et aux autres Doriens ». Pour concilier les deux opinions , d'autres inventent les Pélasges-Tyrrhéniens, ainsi nommés parce que l'Étrurie fut appelée par les Grecs Tyrrhénie, et tyrrlîéniennes les populations de la Grèce qui avaient le plus de rapport avec ces peuples : ce nom dériverait de Tyrrha , ville de la Lydie, et c'est pourquoi Hérodote aurait appelé Lydiens les Tyrrhéniens (i). Les Pélaspcs-Tyrrhéniens, dit-on, différaient des autres races issues des Pélasges : ils n'habitaient pas les côtes, mais les régions intérieures , comme la Thessalie et l'Arcadie ; ils étaient agriculteurs, non pirates, et se distinguaient, malgré la communauté d'origine, par la langue et la religion.
La raison doit se placer entre deux extrêmes; Hérodote vantait le juste milieu. Mais comment se contenter de ces assertions, si, partout, les Hellènes se présentent à nous comme les oppresseurs des Tyrrhéniens? La comparaison de la langue, des croyances, de la civilisation, n'autorise pas des conséquences aussi tranchantes de la part de quiconque admet , comme nous , une fraternité de peuples antérieure aux séparations nationales. Aussi avons-nous proposé de rattacher les Tyrrhéniens à la premiéie immigration que l'on connaisse en Italie; réduits en servitude pendant les siècles que dura la domination des Pélasges, ils linirent par reconquérir la souveraineté.
Mais les Tyrrhéniens et les Etrusques ne faisaient-ils qu'un même peuple? Les Etrusques, certainement, ne parlent pas un langage analogue au grec, comme les Pélasges; à la différence des Tyrrhéniens-Pélasges, ils ont des lucumonies, des fédérations, une religion de génies, des présages. Les tribus qui habitaient autour' d'Adria firent peut-être, avec les Osques , une ligue dite des Atr-Osques , d'où le nom d'Étrusques. On a supposé qu'un peuple nouveau , les Masènes, descendit de la Rhétie en Italie, la conquit, se fixa entre les cités pélasgiques de l'intérieur et de la côte, et fut appelé Etrusque, comme, plus tard, on nomma Bretons les Angles, Mexicains et Péruviens les créoles d'Espagne, et Lombards les Italiens. H n'existe, chez les anciens , aucune trace de cette conquête rasènc.
(I) Les partisans des oiij;iiies j^rewiiies s'appiiienl graiuleiiieiit sur ce passage. Qu'on veuillt! se bien rappeler pourlaiil (jue Lydie est snn\ eut synonyme d'Asie; Héro(iote lui-même dit (pi'Asitis fut roi de Lydie, et donna son nom à celte troisième partie du monde ( liv. iv et x ); et les scoliastes d'Apollonius de Ri)odes, liv. i de VArgonanCica, nous apprennent ([ne la Lydie s'appelait Asie primitivement.
iO l-TUUSQUES.
Pour nier l'identité des Étrusques et des Grecs , il suffit de savoir, outre la différence essentielle des langues, que les Latins appliquèrent le nom de Pélasges aux Grecs (l) et même aux esclaves ; d'où nous concluons que les débris des Pélasges , subjugués par les Ombriens-Gaulois , restèrent au nord , de même que les OEnotriens et les Peucètes , soumis par les Pélasges-Hellènes , habitèrent le sud, et formèrent le peuple servile. Au temps de Caton, le pays se nommait Etrurie, et les habitants, Tusques; nous pouvons croire que ce nom se conserva dans les souvenirs, puisque sous les derniers empereurs, on voit créer le nom de Tuscia, qui paraît pour la première fois.
Déterminer l'origine des Étrusques et la part de civilisation qu'ils fournirent à l'Italie devient d'autant plus difficile, que les prêtres, dans les mains desquels se trouvaient les annales, purent les altérer à leur gré ; puis, ils furent détruits par des guerres meurtrières , et les Romains affectèrent de les mépriser, bien que les familles illustres tirassent vanité de descendre de ce peupie (2).
D'après les rares documents que nous avons pu recueillir, les Etrusques, soit qu'ils eussent alors pénétré en Italie, soit qu'ils se fussent affranchis de la servitude , se trouvèrent en face des Ombriens, auxquels ils enlevèrent trois cents villes (3), les confinant dans uneseule province qui conserva le nomd'Orabrie ; cependant, plus tard , ils les reçurent en alliance et en communion de sacrifices (4). Les Etrusques se répandirent dans les campagnes qui sont aujourd'hui le Bolonais , le Ferrarais et la Polésine, et dans les plaines situées entre les Alpes et l'Apennin. Les Vénitiens, race illyrienne , furent protégés contre eux par le Pô; les Ligures se réfugièrent dans les montagnes, cédant les plaines et le golfe de
(() Dans Virgile, passini.
(2) Mécènes est loué par Horace et Properce comme descendant des vois tyrrliéniens :
Mœcenas , alavis édite regibus.
(HoR., liv. I, od. 1.) Mtccenas, eques etrusco de sanguine regum. *■ (Prop., liv. m, él. vu.)
Perse ( m, 27 ) demande à un vaniteux.
an deceat pulmonem ruuipere ventis
Steuimatequod tusco ramum millésime duels. (.'!) Pline, Nat. hist., ni, 14.
Ci) Tables Eugubines. ïite-Live, ix, 30, dit que les Ombriens et les Tusques parlaieni la môme langue.
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la Spezia, où les Etrusques fondèrent Luni : ils occupaieul ainsi toute la côte.
Les Etrusques établirent des colonies partout; ils fondèrent sur le Pô une nouvelle Étrurie, qui, comme l'intérieure, comptait douze villes , parmi lesquelles Adria sur la mer à l'embouchure du Vu et de l'Adige , Felsine , Meipum ( Meizo peut-être) , Mantoue, probablement ainsi nommée de Mantus , leur divinité chthonienne; cette ville, dans la suite, devint la capitale de la confédération circumpadane. Dans le Picénum, ils bâtirent Ca\)r3i montatia et Capra wzanYma , et l'Adria picénienne. Repoussant les Casques , anciens habitants du Latium , ils firent d'Abula leur place frontière, soumirent les terres des Volsques, passèrent le Liris, et, dans l'heureuse Campanie, fondèrent douze autres colonies, au nombre desquelles Noia, Herculanum, Pompéi , Marcina , et Vulturne, qui est la plus importante; cependant, il paraît que le gros de la population osque resta dans le pays.
Le centre de cette domination était l'Étrurie propre, entre l'Arno et le Tibre , où les Étrusques bâtirent douze cités , entourées de solides murailles en grosses pierres, ou bien ils occupaient les villes que les Pélasges avaient déjà fortifiées. Les principales étaient Clusium, Volterra, Cortone, Arrétium, Pérouse, Vulsinies, Vétulonies, Cœré, Tarquinies, Véies (l), outre beaucoup d'autres le long de la mer, et dans la contrée que désole la malaria. En face de l'ile d'Elbe, Populonie occupait la cime occidentale du promontoire de Piombino. Rusella, dans une forte position, sur un éperon de la montagne, dominait la grande maremme. Véies avait une enceinte de sept milles ; assise sur des hauteurs escarpées , à douze milles de Rome, elle était maitresse d'un territoire fertile, composé de coteaux et de plaines sur la droite du Tibre ; ce territoire s'étendait jusqu'aux collines du Janicule et du Vatican. La fondation de Tarquinies , considérée comme le berceau des Etrusques, était attribuée à Tarchon, le héros divin, qui passait
(l) Les autres i)ouiraiciitôtrc Russellte, Capena ou Cosa; Mùiler ajoute Fisc, Feesules, Faléries, Aurinie, Calétra, Saliiinuin , Saturnie. Quelques-unes peut-être étaient soumises à d'autres, les ailles représentées restant au nombre de douze. Il parait, en effet, que Yéics dominait sur Sabate, du territoire de laquelle les Romains formèrent plus tard la tribu Sabatine; Gravisca dépendait de Tarqiiinies, Aurinie de Calétra; Populonie était une colo- ^ nie de Yolterra. Mais les relations eafre les villes principales et les villes dépendantes nous sont inconnues, aussi bien que les rajiporl» qui existaient ealic les trois KIruries.