‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 24 sur 319 · COMMERCE. ARTS ET SCIENCES ÉTRUSQUES · texte numérisé non relu

COMMERCE. ARTS ET SCIENCES ÉTRUSQUES

acquirent fut telle, que Rhodes conservait avec orgueil dans ses temples les rostres enlevés à leurs navires. Hiéron résolut de les priver de l'empire de la mer ; il les vainquit, et leur défaite fut si complète que, peu de temps après, quand les Syracusains se disposèrent à conquérir l'ile d'Elbe, aucune flotte tyrrhénienne ne protégea la Corse , et qu'on ne put éloigner les ennemis qu'avec de l'or. Le même moyen fut employé quand Denys menaça le littoral de Gœré. Cependant, même a cette époque de sa décadence, rÉtrurie passait pour la plus riche, la plus forte et la plus populeuse province de l'Italie (1).

Soit que l'on dérive le nom de Tyrrhéniens du mot tours, soit qu'on le tire de tiremh^ cultivateur, ces noms prouvent leur industrie. Ils avaient pour l'agriculture une si grande vénération , qu'elle était placée sous la surveillance d'un collège de prêtres arvales; c'était avec la charrue qu'on décrivait l'enceinte des nouvelles cités, signalant ainsi cet art comme le lien des sociétés politiques ; ils conquirent leur territoire sur les eaux du Clanis et de l'Arno, en élevant le sol au moyen de comblées. Ils construisaient de merveilleux aqueducs , comme celui qui traverse Gonfolina pour dessécher le lac dont les eaux, entre Signia et Prato, couvraient l'emplacement où Florence s'élève aujourd'hui; un autre, près d'Incisa, était destiné à l'assainissement du Val d'Arno supérieur; ils comblèrent la Ghiana; ailleurs, aux lacs stagnants dans les bassins et jes cratères éteints, ils ouvrirent des canaux souterrains semblables aux puits artésiens modernes. Ils ne réussirent pas, cependant, à purifier l'air de la maremme, où, disait-on alors comme aujourd'hui, on s'enrichit dans un an et l'on meurt en six mois. L'écoulement des eaux dans les bouches de l'Arno et du Pô était régularisé par des ouvertures et des fossés de décharge ; les Tyrrhéniens avaient même songé à canaliser tout le fleuve, œuvre que l'Italie libre accomplira.

Versés dans l'astronomie , les Etrusques mesurèrent le temps avec intelligence; ils commençaient le jour à midi, à la différence du système dit italien , dans lequel il commence le soir; leur semaine se composait de huit jours, et chaque neuvième jour était consacré aux affaires, aux audiences, à la justice, aux marchés {nonx nundinx). Trente-huit semaines ou 304

(1) Etnixà campi /rumen tl oc pecoris et omnium copia rermn

opulenti. TiTF.-LivE, xxii, 3. Eiruscos gentem opiilentissivinm ormis.

viris , pecunia esse. L** iiuMne, \, 1<>.

o2 ARTS ET SCIENCES ETRUSQUES.

jours formaient l'année, qui se divisait en dix mois; 110 de ces années constituaient un cycle, que nous pouvons appeler siècle, divisé en vingt-deux lustres; pour les faire correspondre aux années solaires, on intercalait au onzième et au vingt-deuxième lustre un mois de trois semaines, de sorte qu'à la fin du siècle on avait 40,177 jours; l'année tropicale serait donc de 3G5 jours 5 heures 40 minutes 22 secondes, c'est-à-dire plus exacte que l'année julienne , puisqu'elle ne diffère de la véritable que de lO minutes et 23 secondes (l).

Ils furent également renommés dans la médecine (2). Chose étonnante, ils avaient sur le feu central des idées analogues à celles que Fourier a professées. Nous trouvons dans Pline une preuve de leur habileté chimique ; selon cet auteur, après avoir préparé les étoffes avec des réactifs, ils pouvaient, en les plongeant une seule fois dans la cuve de teinture, y imprimer des couleurs et des figures différentes. Ils étudièrent les nombres, et les chiffres que nous appelons romains sont étrusques probablement; on leur doit l'invention d'instruments de musique, entre autres des (lûtes tyrrhéniennes et du cor recourbé; c'était au son de la flûte qu'ils faisaient le pain et battaient les esclaves (3). On leur attribue les moulins à bras, les éperons des navires, la balance dite étrusque. Les Romains leur empruntèrent la bulle d'or, signe de noblesse, les faisceaux consulaires avec la hache, le sceptre surmonté de l'aigle, la pourpre du chef de l'Etat, les licteurs, la prétexte, la toge virile, la chaise curule, la chlamyde des triomphateurs , les anneaux des chevaliers, la chaussure des sénateurs et des guerriers, les couronnes triomphales, les jeux de la scène et du cirque, les cérémonies des Féciaux. Si vous y ajoutez la division en tribus, curies et centuries, les augures, les préteurs, les édiles, un forum pour les comices, les dissensions entre les nobles et les plébéiens , l'Etrurie vous paraîtra une Rome anticipée ; dès lors, vous ne serez pointsurpris que des écrivains aient considéré les Romains comme une colonie étrusque qui, dans la suite, aurait prévalu sur la mère patrie.

L'alphabet étrusque dérivait du phénicien et de la source

(l)NiEBuiiR, de V Année des anciens Romains et des autres Italiens.

(2) Tupp/)vwv Yîveàv cpa(;|jiaxoTrotàv lOvo;, Eschyle dans Théophraste , ix, 15, à moins qu'il n'ait voulu paiier de remèdes magiques.

(3) Aristote, dans Polhix , iv; Pi.itaroue , des Moyens d''fipaiser la colère; Athénée, \n, 3.

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commune des dialectes européens, et s'écrivait de droite a gauche, lis vénéraient les Muses, inspiratrices des chants à la louange des grands hommes. Ils eurent aussi une littérature (1) ; Varrou semhle indiquer un Volumnius, Toscan, comme auteur de tragédies; du mot étrusque Jdster, on donna, en latin, le nom àliistriones aux comédiens ; des littérateurs distingués vinrent de l'Étrurie à Rome; les patriciens romains y envoyaient leurs enfants pour faire leur éducation , et, jusqu'au temps d'Alaric , on allait consulter ses augures pour le salut de la patrie.

Cependant, le savoir pouvait-il s'élever bien haut et la poésie prendre son essor là où l'étude se renfermait dans le système sacerdotal et l'interprétation des signes célestes? Le fait est qu'il ne s'est rien conservé de leurs productions intellectuelles, et que leur langue même est un mystère pour nous. Lami, Lanzi, Passeri , Spaaheim , Gori , Bourget , l'ont fait dériver du grec ; Bardetti et Scricchio, du Nord, en la rattachant au groupe indogermanique; Reinésius et d'autres, du phénicien, et Mérula,de l'arabe, c'est-à-dire de la souche sémitique. Moïse, en effet, place Lud parmi les enfants de Sem (2), ce qui ferait sémitiques les Lydiens , qui , jusqu'au temps de Cyrus , entretinrent des relations avec les Babyloniens; par conséquent, celui qui voit dans les Étrusques une colonie lydienne croira qu'ils parlaient sémitique. Le peu d'éléments que nous en connaissons repoussent une telle supposition ; quoi qu'il en soit , on a tellement torturé et altéré leurs inscriptions pour étayer les opinions différentes, qu'il faudrait moins d'efforts pour démontrer que la langue de Madagascar est fille du latin.

On nous demandera pourquoi les cités italiennes ne fournirent pas un historien, un poète, un philosophe, tandis que les colonies grecques en rappellent un si grand nombre; pourquoi , avec un commerce si étendu , elles ne battirent point de monnaie, puisque ce n'est que trois siècles avant Jésus-Christ qu'on en trouve d'argent à Populonie, et de cuivre à Volterra; pourquoi pas un législateur, un héros qui ait survécu au temps, La réponse , croyons-nous , est dans notre ignorance ; ce n'est

(1) CicÉRON,Brut. 19; Tii>oul. iv, 2. Romiili autem œtatem jam invele-

ratix lïtcns atquc doclrlnis fuisse cernhmis. Do Rcp. ii, 10. S.\i.\T'Au-

ci'STiN, De Civ. Dei , xviii. 2i, dit que Ronnilus était venu non rudibiis atque iïidoctis temporibus , scd jam cruditis et cxpolids.

(5) Genèse , \, 22. Voir I'Appendice i.

S^ CONSTRUCTIONS ÉTKUSQUES.

qued'hierquenous nous sommes mis à la recherche des antiquités de notre péninsule, et il y a des contrées en Italie moins connues que l'Egypte et que l'Inde. Il y a trente ans qu'on n'aurait pas su dire si les Étrusques avaient eu des vases, parce que les auteurs latins en font à peine mention. Mais Varron assurait que les annales étrusques remontaient à l'origine de chaque ville; un âge commençait à la fondation de chacune, et se terminait à la mort du dernier de tous ceux qui étaient nés le jour même de cette fondation ; alors s'ouvrait le second âge qui se fermait encore à la mort du dernier de ceux qui vivaient au commencement, et ainsi de suite; ce qui prouve qu'ils tenaient registre des naissances et des décès (l). Mais les Grecs, comme les Français modernes, ne parlaient que d'eux-mêmes ; les Romains, dédaignant ce qu'ils trouvaient chez les nations conquises, parlèrent si peu de l'Étrurie , qu'ils mentionnent à peine leurs merveilleux travaux, murailles, sépulcres, vases.

Est-ce aux mystérieux Pélasges ou aux Etrusques que l'on doit les murailles de Cortone, Ruselles, Fiésole, Populonie, Aurinie, Signia, Cosa, faites avec de grands polygones de travertin assemblés sans ciment? On n'est point d'accord sur ce point. C'est aux Étrusques qu'on attribue le tabulaire du Capitole, de même que les murailles de Tivoli, construction qui ne semble pas pélasgique , tandis qu'au contraire, un Hiéron qui se trouve près de là , et trois autres dans la vallée de Cercéto à Férentino sontpélasgiques.

Les arts , dans l'Étrurie , eurent un cachet original. Nous ne voulons pas , dans le but de flatter la vanité nationale, prétendre qu'ils soient nés parmi nous, et que les Grecs , auxquels il était réservé de les perfectionner, nous les aient empruntés ; mais que l'Italie les ait connus dès la plus haute antiquité, c'est ce que prouve une foule défaits historiques. Romulus emporta de l'Étrurie un char de bronze. Pline cite les peintures d'Ardée, antérieures à la fondation de Rome. Rolsène, en phénicien, voudrait dire ville des artistes, et les Romains lui enlevèrent deux mille statues, probablement de terre cuite. Lorsque les Gaulois, dans les premiers siècles de Rome, passèrent les Alpes, ils détruisirent la florissante Adria; or, il faut placer avant cette époque les œuvres d'art et les beaux vases qu'on en retire aujourd'hui. C'est

(1) Ai£(7w(^ovTO... uapà Tûï; âui/wptoi; iJ.vïi(xat xatà eOv/i xe xal xatà uéXsiç, îît' sv PeSïiXoï; ànoxsiixÉvai vpa^at. Denys.

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