‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 249 sur 319 · LANGAGE VULGAIRE DES LATINS · texte numérisé non relu

LANGAGE VULGAIRE DES LATINS

Adjectifs abominabilis , accessibilis , adcUtitlus, xternalis; anxiaUts; astreans, pour astricus i coactilis , cœlicus , concupiscibîlis, congruus; cordax, pour cordatus; creabUis, desplcabilis , divinalis; dubiosus et dubitatlvus ; faUibUis , illustris , injernalis, infirmis, meridialis , mxUtiplicus, mundialis, notorius. pagensis. participalis, peculiaris , prxdicatorius , sapientialis , scholaris, somnolentus; temporaneus , pour temporalis ; urbanicianus , vigilax , etc., etc.

Verbes: effigiare, exhereditare , honorificare , magnificare, obviare , sig?i(fieare , resplenduit, etc.

La pureté de la langue courante ne garantissait plus contre l'invasion des solécisnies ; on disait : pacem alicui tribuere; vllisshne natum esse; bona opéra facere; peccata remiitere; homo pleraque haud indulgens, pour inplerisque ; vita interficere ; contemplatione alicujus, pour habita ratione alicujus; affectionem habere, pour habere in animo;profugere villam, pour e villa; in pendenti esse, insuper habere; erat in sermone, pour rumor erat; urinam facere ; trahere sanguinem, pour genus diicere. On employait aussi des régimes contraires à Tusage : benedicere , fungi , frui, gaudere avec l'accusatif; incumbere , queri, renuntiare , contrahere , petere avec le datif; amarein aliquo , privare a re, ambire adaliqiiid.

Les auteurs, comme il arrive toujours, dès que la langue et la littérature s'éloignent de la règle suprême du sens commun , inventaient jusqu'à douze mots bizarres pour exprimer la même chose; ainsi, au lieu deignis, le feu était appelé Jrdon, Calax, Qiwquevihabis, Spiridon, Rusin, Fragon, Fumaton, Ustrax, F'itius, Saluseus , Ailneon; c'est dans ce jargon qu'on écrivait des œuvres dictées par un esprit de barbarie systématique. Un tel fait, qui nous semble nouveau dans l'histoire de la littérature latine , a été recueilli dans les Classicorum auctorum Fragmenta , publiés par Mai ; en voici im exemple : Bis senos explora vechros, qui ausonicam lacérant palatham. Ex hisgemella astant facinora , qux verbalem sauciatit vipereo tactu struem. Aller um barbarico auctu loqxœlarem inficit tramitem , ac gemello stabilitat modello , quaternaque nectit specimina : inclytos litteratit^rœ addit assiduse apices : statutiim toxico rapit scripturse dampno; littérales urbanx movet characteres facundix ; stabiletn pictiiras venenoso obice t7xmsmutat tenorem. Alius clarifero ortus est vechrus solo, quo hispericum regidoso oiHu violatur eulogiicm, sensibiles partimimwi corrodit domescas. Cetera notantur piacula, qux italicum lecti faminis sauciant obrizum, quod ex hispropriferiun loquelosi tenoris in hac assertione affigisf admis. Hisperica faraina , tom. v, p. 483.

Toutes ces observations s'adressent uni(|uement i la langue écrite, qui, selon nous, différait entièrement delà langue vulgaire et, en

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partie, de celle dont faisait usage la société éclairée. Il suffit, pour démontrer la vérité de la seconde assertion , de comparer avec Tite- Live et Cicéron les auteurs comiques, qui , naturellement, devaient mettre dans la bouche des acteurs la langue parlée , et César ( le seul prosateur né à Rome) qui écrit ses Commentaires dans le langage appris dès son enfance. Or, dans César, comme dans les Épîtres de Cicéron et de ses amis , on ne trouve pas les périodes confuses et les transpositions forcées du latin de parade. Et qui sait si la patavinité (dialecte de Padoue ) que Pollion reprochait à Tite-lJve, n'était pas ce défaut, qui, chaque jour encore, établit une différence indéûnissable entre l'homme qui parle sa langue naturelle et celui qui l'a apprise à force d'étude.? jSîos regards peu exercés n'aperçoivent pas ce défaut dans le grand historien , et cependant nous sentons qu'il diffère des auteurs vraiment romains.

Cicéron écrivait à Fétus, liv. IX, ép. 1\ : T^erumtamen qxdd tibi ego in epistoUs videor? lionne plebeio sermone agere fecum?... Epistolas vero quotidianis cerbis texere solemus.

Parfois cette langue sans grammaire s'introduisait dans les écrits ; Cécilius prévient qu'il faut éviter, pour écrire correctement , cent espèces de solécismes (Isidore, Etym., 1, 32). Curion , grâce à l'éducation domestique , à la pratique usuelle , parlait le latin , disait-on , non pesslme, bien qu'il fût entièrement illettré ( Cicéron, J ie de Brutus, 58). Cicéron veut que l'orateur parle latin, ce qu'il apprendra par l'étude des lettres et l'enseignement de l'enfance (.de Oraf., m, 10). :\lartial rappelle certains mots de la campagne, qui doivent faire rire un lecteur délicat :

?îon tam rustica , délicate lector, Rides no mina ?

On reprocha même a Virgile d'employer des expressions empruntées aux campagnards; A.-Gelle prévient que les barbarismes ne viennent pas des barbares , mais des locutions populaires : Quod nunc mitem barbare quemque loqui dicimus, Id vitium sermonis non barbarumesse sed rusticum; et cum eo vitio loquentes , rustica loqui dictitabant ( XIII, 6) ; saint Augustin cite quelques tournures vulgaires et peu latines ( de Fita beata).

Déjà , dans la plus belle époque de la langue latine, on disait vulgairement essere, verniis, minacia, battuere , tandis que les classiques écrivaient esse, hyems, minx, percutere, os, pulcher, rubeus, equus, domtis. Nous trouvons dans Plaute bucca ; dans Catulle, hellus, russus; dans Horace, caballus, et ca.wdaus Apulée. Servius, dans son commentaire sur Virgile , nous apprend qu'on disait vulgairement/(tiome» au lieu de Jim us ; A.-Gelle (XIX, 13), que le piimilio était appelé nanus par le vulgus imperitum : (nano, vulgo, it. ) Selon Suétone (81), Auguste disait : pro stxdto, baccolum; propotlo,

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