‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 5 sur 319 · ALTERATIONS GÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ALTERATIONS GÉOLOGIQUES

Ascoli dans le Picéuum , on voit d'immenses couches de calcaire qui n'ont pu se former qu'au fond d'un lac desséché ; il en est de même sur le monticule de Civitella, du Tronto, et à la source du Vulturne dans la terre de Labour.

L'Apennin, composé de matières d'âge différent, depuis l'euphotide de la rivière ligurienne , jusqu'au récent travertin romain , divise l'Italie péninsulaire en deux systèmes géologiques : terrains de seconde et de troisième formation au levant, et au versant opposé , traces continuelles du feu , outre les évidentes altérations occasionnées par les atterrissements. Qui saura , au moyen d'une puissante analyse , réunir ces phénomènes épars , de manière à nous révéler les révolutions de notre globe avant que l'homme y vint travailler, souffrir et se réhabiliter?

Et cependant, même après l'apparition de l'homme, la terre éprouva de grands bouleversements , dont nous trouvons encore les traces dans les fables et les traditions. Peut-être, après la rupture des digues des Dardanelles et de Calpé ( événement physique personnifié dans le mythe d'Hercule), l'Océan, la Méditerranée, la mer Noire, se réunirent, et l'eau, couvrant des contrées qui florissaient par l'agriculture et par leurs cités , contourna nos montagnes dont il n'est resté que les cimes.

Une tradition plus récente et le nom même de Reggio (J) fe-

(I) 'Priy/\j[ii, J'arrache. Do\on\Ku,dàUii le Mémoire sur les trembleineiils de terre de la Sicile, a démontré le fait géologiqueiuent. Cluvier a recueilli les passages des anciens qui l'attestent :

«... Zancle quoque juncta fuisse

« Dicitur Itali*, donec coulinia poulus

H Abstulit, et média tellurem reppulil unda. »

(Ovide, Métam., w, 290.)

Il Ha;c loca, vi quondam et vasta convulsa ruina « (Tantum ;evi longinqua valet niutare vetustas ) « Dissiluisse ferunt : cuqi protinus utraque tellus « Una foret, venit medio vipontus, et undis « Hesperiuui Sicuio latus aljscidil, arvaque et urhes Il Lilove diductas anguslo interluit œslu. »

(VnîGiLE, .£n., ui, 414.)

Mais de Buch, confrontant les monts de Pélore avec le groupe de l'Aspromoiite dans la Calabre , nie que la Sicile ait jamais adliéré au continent, ce ((u'avaient déjà souteiui Broclii dans la Bibliotheca italiana, et Gernellaro dans les EfJ'emerldi scientijiche e letlerarle délia Sicilia, 1840, n. 78.

Voir aussi Tenore, Essai sur la géograplde phijsique et botanique du royaume deNaptes, pag. 23. — Bhochi , Dello stalo fisico del suolo dl Roma, 1S20; Conchlglioloyia fossile subupennina. — Bkeislac, Observations Hthologiqucs sur ta ville de Home. — KiiiP.v, Analisi delta carta

ALTERATW-NS GÉOLOGIQUES. 7

raient croire que les courants si dangereux dans le Phare , ont séparé, par une coupure suJDite, la Sicile de l'Italie. 11 se peut encore que les iles Eoliennes adhérassent à la Calabre depuis le Pizzo jusqu'au cap Vatican, et qu'entre les golfes Squillace et Sainte-Euphémie, un canal s'ouvrît un passage à travers l'Italie, en formant une Ile de la Calabre méridionale (l). De Camporeaie à Monteforte , sur un espace de quarante milles , les eaux d'un lac purent trouver un lit sur le territoire où s'élevait la Serra des Hirpins; le mont Soracte était une ile.

Le combat mythologique des dieux avec Typhée dans la Campanie et l'Iuarime, aujourd'hui Ischia ; Jupiter qui , menacé par les Titans , enlève trois d'entre eux et précipite les autres dans l'abime où il entasse les montagnes de Sicile, n'expriment-ils pas l'immersion d'antiques montagnes et l'émersion de nouvelles? La plaine rugueuse qui devint le berceau de Rome fut d'abord un golfe qu'un terrain plutonien a comblé; des marnes tertiaires, des grès de lac ou de mer mêlés à des tufs ignés en constituent les collines et forment les rives des lacs de Castel-Gandolfo et de Nemi, qui occupent la place de volcans éteints. D'autres lacs, au contraire, ont perdu leurs eaux ; tels sont ceux de Baccano , de Monterosi , de Capena, d'Aricia,de Castel-Savello, et le Regillo près de Frascati, célèbre par la dernière bataille que livra auxTarquins l'hé-

dei contorni dï Roma. — Cramer, Description 0/ ancienù /<fi/y;puis Nesti, CoUeguo, Pareto, Marmochi, Pilla, etc.

Les changements de la terre furent observés par les anciens, quoiqu'ils n'en connussent ni les causes ni l'étendue ; Ovide dans sa quinzième Métamorpliose, 254-273, dit :

« Non périt ia tanto quidquam, mihi crédite, muudo;

'< Sed variai, faciemque novat

" Vidi ego quod fuerat quondam solidissima tellus « Esse fretum; vidi factas ex a-quore terras; « Et procul a pelago conchae jacuere marinai , *. Et velus inventa est in moutibus auchora sumniis : « Quodque fuit campus , vallem decursus aquarum « Fecit, et eluvie mons est deductus in cequor : « Eque paludosa siccis humus aret arenis, « Quteque silim lulerant, slagnata paluditjus hument. K Hic fontes nalura novos emisit, et illic « Ciausit, et antiqui tam mulla tremorihus orhis « Flumina prosiliunt , aut excœcata tesidunl, etc. » (1) Pilla, Annalï civiU dï .yapoli , tableau \l. — Pnaipi'i, Ceiitii (jeognoslici sulla Calabria.

On avait fait à Charles III la proposition do rouvrir ce canal, idée déjà venue à Denys de Syracuse; Pline, Naturx historia, ni, 15 : iSusquam angustïor Italia; vigintï millia passuumlatiludo est : itaque Diomjsius Major interciscua eo loco adjicere Siciliw voiuit.

8 TKAUITIONS MYTHIQUES.

loique patriotisme de Rome; le travertin , au pied des montagnes de Tivoli , n'a pu se produire que dans le fond d'un lae , dont il reste encore les petits étangs de Tartaro (ou tartre) et de la Solfatare (l).

Cacus , qui , dans Virgile , vomit du feu , nous parait le symbole indubitable d'un volcan (2). Aux environs de Rome, un crâue trouvé dans un lit de pouzzolane du mont Mario , un grand linceul enfermé dans le péperin du mont Albano , un antique ossuaire sous les laves de ce volcan , attestent les changements survenus dans ces lieux depuis le séjour de l'homme.

Depuis Vérone jusqu'à l'Etna, on pourrait compter vingt-cinq volcans dont l'action se fait encore sentir, soit par des cratères ignivomes, comme le Stromboli, l'Etna, le Vésuve, le plus actif de l'Europe, soit par des mofettes, des projections d'air, des borborismes et des sources d'eau chaude , soit enfin par les traces qu'ils ont laissées de leur existence dans la forme du sol et les stratifications superposées.

JNaples et Cumes , fondées onze siècles avant Jésus-Christ , reposent sur quatre couches de lave; il fallait donc que le Vésuve se fût calmé depuis longtemps, pour qu'on ne craignît pas de bâtir une ville tout auprès. En effet, les Grecs, quoiqu'ils connussent la nature de ce volcan , n'en mentionnaient aucune éruption ; il est vrai qu'Herculanum s'était élevé sur une lave semblable à celle qui l'engloutit plus tard, et cette lave portait des traces de culture! A cette même place brûlait le Vulture, qui lançait des laves et des cendres jusqu'à la limite orientale des Hirpins; toute la vallée du Garigliano est ignée; aux environs de Naples , on compte vingt-sept fumerolles éteintes, dont une à Gapodichino, une à Capodimonte, une à Sant'Elmo et à Pizzofalcone, deux au Pausilippe, les autres à Soccaro, à Pianura, à

(1) Dans le lac sacré, près de Réate (Rieli), dans ceux de Vadimone, de Statone, de Bolséna et de Modèiic, Denys d'Halicarnasse , les deux Pline et Sénèque voyaient des ilôts flottants; quxdam insula: semper fluctuant. Naturae liisforia, xi, 9G.

On ne manque pas de raisons pom- soutenir que les montagnes du système dit des Andes siugirent après la création de l'homme. (2j « Huic nionstro Vulcanus erat pater : illius atros

<< Orc vomcns ignés, vasta se mole ferebat

" Faucllius ingéniera fumum, mirabile dicta !

« Evoniit , involvitque domum caligine caeca,

'< Prospeclum eripiens coulis, glomeratque sub anlro

■I Fumigeram noctem , commixlis igné tenebris. »

(Virgile, /Eneid., viii, l'J8 et 252.)

ALTEKATIOjNS ruSTERlELHES A L HOMME.

Fuorigiolta sur la montagne des Camaldules. Les lacs Luciin , Avernc et d'Aguano ont été des cratères ; pour ne citer que les plus évidents, ou eu trouve au mont Gauro, à Cumes, au Marmoto, au cap Misène. Procida touchait à Ischia, et le nom des champs Phlégréens exprime assez la uature du demi-cercle qui se développe entre Gaéte et le cap de Minerve.

Peu de temps avant Pline, la Liscabianca, une des iles Lipariennes , était sortie de la mer ; puis à l'époque de Ptoléraée , il eu surgit deux autres , Datoli et Basiliozzo; et, quoique les souvenirs historiques n'eu rappellent que quatre , ces iles , aujourd'hui, sont au nombre de dix. Nous-mème, dans le bas-fond du Corallo, entre Pantellaria et la ville de Sciana, nous en avons vu une nouvelle surgir et disparaître. Eu 1538, du milieu du lac Lucrin, s'éleva en peu de jours la masse qu'on appelle encore Montenuovo.

Dans les environs d'Acireale en Sicile , le chanoine Recupero reconnut sept couches de laves alternées par un banc de terre végétale. L'anglais Brydone, publiant en 177 3 cette observation dans son voyage de Sicile et de Malte, affirmait qu'il avait fallu deux mille ans , au moins, pour former un tel lit végétal; d'après ce calcul , cette montagne devait donc en compter quatorze mille. L'assertion fut accueillie avidement à une époque où toute science s'appliquait à convaincre de mensonge la Genèse de Moïse ; mais, d'abord, qui peut donner la mesure du temps qu'a mis la terre végétale à se former sur la lave? La matière vomie par l'Etna en 1 536 est encore aride et noire , tandis que celle de 1636 produit des arbres et des vignes; entre les six laves accumulées sur Herculanum, à la destruction duquel nous pouvons assigner une date certaine, des couches de terre cultivée s'interposent. Les objections systématiques tombèrent donc devant une meilleure appréciation des faits , même a\ ant que le célèbre naturaliste Dolomieu eût vérifié qu'aucune couche végétale ne s'interposait entre les laves de Jaci (l).

11 est certain que, de temps en temps, quelques volcans se reveillent; dans un âge reculé, Archippa fut engloutie dans le lac Eucin; d'autres éruptions détruisirent dans la forêt Ciminienne

(1) Mémoire sur les iles Ponces ; Paiis, 1788. Dans l'hypotlièsc luèiiie oii le fait serait vrai , il ne (ontiediiait en rien V- récit de ^Ioise, puisque e'esta l.i création seule tle l'Iionune (m'il assigne une épocjuc, et non à la cn-ation de la matière , ni à l'ordre ([ui [irésida à la distribution de celle-ci dans les si\ journées.

10 ALTÉRATIONS roSTÉRlEURES X l'UOMME.

une ville, ainsi que celle des Volsiniens, puis une autre encore plus ancienne appelée Sucinium par Ammien-Marcellin. Une tradition rapportait qu'Arémulus Sylvius , roi d'Albe , avait été englouti avec son palais dans une gorge du mont Albain, et Denys d'Halicarnasse ajoute qu'on apercevait encore dans le lac les fondements du palais ; on montrait au fond de celui de Bracciano, une ville abîmée, de nom inconnu. Le gouffre qui s'entr'ouvrit au milieu du forum romain , et dans lequel Curtius se précipita, ne devait pas être d'une autre nature. Tite-Live dit avoir lu dans les annales qu'il était tombé des pluies de pierres a Véies, sur l'Aventin, le mont Albain, à Aricie, à Lanuvium.

Dans l'année !)1 avant Jésus-Christ, deux montagnes, à Modène , parurent se rapprocher , et ce fut alors , peut-être , que s'abima la ville recouverte par celle d'aujourd'hui ; les éruptions ignées du mont Ipomeo furent si violentes que les murailles de Reggio en furent ébranlées.

De nouveaux changements prolongèrent l'embouchure des fleuves; aussi l'opinion que la mer a baigné les deux bases de l'Apennin ne manque pas de probabilité. Les marais Pontins faisaient partie de la mer jusqu'aux monts de Sezze, de Sermoneta, de Velletri; le promontoire de Circeii était une ile. Les marécages qui, de Pise à Orbitello , comprennent le Delta de l'Arno, et les plaines qu'arrosent les eaux paresseuses des rivières la Ceciua , la Cornia, l'Ombrone, l'Albenga, n'ont été soustraits à la mer que depuis peu de siècles.

La table de Peutinger (du troisième siècle) fait déboucher l'Ombrone près de la voie Aurélienne.

La mer ïyrrhénienne semble avoir battu les murailles de Tarquiiiies, qui, aujourd'hui, en est éloignée de trois milles; Luni et Lavenza étaient bâties sur la mer, que longeait la route, maintenant à une distance d'un raille ou deux. Strabon place la ville de Pise à trois milles de la mer; Benjamin de Tudèle, à quatre, en 1173; elle en est à sept à présent.

Trajan construisit à l'embouchure du Tibre le port qui , de nos jours, se trouve à deux mille deux cents mètres du rivage; la tour qu'Alexandre VII éleva sur la mer, en est maintenant à cinq cent cinquante-quatre mètres. On peut affirmer que l'Arno, près d'Arezzo, se divisait en deux bras, dont l'un se rendait a la mer par Florence et Pise, l'autre tombait dans le Tibre par le Val-de- Chiana; et qu'il en fut ainsi jusqu'à ce que les alluvious des tor-

ALTERATIONS MODEKiYES. I I

lents ti-ibutaires de cette vallée ou des soulèvements de terrain séparèrent les deux bassins.

Il est certain que le Val-d'Ârno supérieur fut un lac dont l'écoulement s'est effectué par la rupture que rappelle son nom d' Incisa; ainsi, dans les collines de Filettole et de Castigiioncello , les eaux du Serchio et de l'Ozozeris ouvrirent une issue au Ripafratta.

Bien plus, de nos jours même, il semble que la croûte terrestre, dans beaucoup d'endroits , s'élève et s'abaisse suivant la marée de la lave centrale en incandescence. Un grand nombre de \ illes et de contrées eu fournissent la preuve par l'exhaussement ou la dépression de quelques éditices; mais le témoignage le plus extraordinaire se trouve consigné sur les colonnes du temple de Sérapis a Pouzzoles ; non-seulement, elles s'enfoncent dans la mer, sur le bord de laquelle on les avait élevées, comme l'attestent les conduits d'écoulement qui sont maintenant submergés , mais à une grande hauteur elles sont trouées par des pholades et des térébratules,qui d'habitude vivent à la superficie de l'eau ; ainsi il fut un temps ou la base de ces colonnes reposait au-dessus des eaux, et une autre où le fût était submergé jusqu'à la moitié de rescape(l).

L'œil observateur voit cette preuve se répéter sur tout le délicieux rivage de Baies et de Pausilippe, et sur la roche calcaire de Gaéte et du cap Circeii , ce qui constate que l'eau a recouvert ces terres de huit mètres. Bien plus, les lithophages eux-mêmes, dans le golfe de la Spezia, ne laissent pas de trace au-dessus du niveau actuel de l'eau ; preuve que le mouvement des Ilots n'a ni dépassé cette limite, ni atteint les nombreux édifices qui longent la côte, tandis que la cour de Santa-Liberata , au cap Argentaro, bâtie sur un sol qui n'offre aucune apparence de mobilité, est aujourd'hui sous les eaux. Dans les marais, on aperçoit ou des abaissements ou des élévations de terrain. Quelle induction tirer de ces faits? Que le gonflement ou la dépression du littoral ne présente aucune uniformité, mais que la croûte est encore tlexible et sujette a des fluctuations partielles.

(I) Il paraît résulter dos nombreuses discussions soulevées à ce sujet , que le niveau du golfe de Pouzzoles , dans les premiers siècles de l'ère chrétienne , était plus bas de trois mètres ; an moyen âge, plus haut de huit. Puis il s'abaissa jusqu'au commencement de noire siècle, i)onr reprendre alors le mouvement ascendant. On peut donc appliquer aux cotes d'Italie ce tine Lucain disait de celles du nord, Phurs-, i, 4oy :

» Jacet lilus dubiuni, qiiotl terra fi'eluuique

« Vindicatalternis vicibus. ■>

t2. ALTÉRATIONS .MODERNES.

Celui qui ue sait pas combien les progrès d'uue nation tiennent, jusqu'à un certain point, à la nature des lieux qu'elle occupe, pourra seul nous reprocher d'avoir insistésur ces phénomènes. JNous nous bornerons à dire que l'Italie continentale dut rester longtemps inondée; car le Pô et les autres grands ileuves, formés par les glaciers des Alpes contemporaines de l'enfance du monde , ont laissé l'empreinte de leur domination dans la profonde couche de galets alluviaux qui se trouve au-dessous du fertile limon de la Lombardie et de l'Emilie. Après avoir dénudé les montagnes , ils élevèrent des plaines, remplirent les vallées et les golfes, poussèrent fort en avant dans la mer les bas-fonds qu'ils avaient comblés; et cette œuvre, ils la poursuivent encore malgré tous les efforts de l'art.

On prétend que la mer a séjourné dans la plaine de Padoue, d'où s'élevaient, comme des sporades,les collines Euganéennes, groupe trachytique isolé parmi un terrain tertiaire d'alluvion , et près duquel on place la chute de Phaéton, c'est-à-dire, peut-être, une pluie de matières volcaniques ou d'aérolithes.

Le Modénais, traversé par des cours d'eau souterrains, a dû se former par exhaussement progressif (l); ses éruptions boueuses (salses ) projettent encore de la vase, de l'eau saumàtre et du gaz hydrogène carboné. Dans le sixième siècle de notre ère , l'Adige coulait au pied des collines Euganéennes et débouchait dans le port de Brondolo. On prétend aussi que le Pô arrivait à la mer cent milles plus loin qu'aujourd'hui; en sorte qu'à partir de l'embouchure du Taro, où il cesse de rouler des cailloux , le Delta, dont une partie touche à l'Adige aujourd'hui, n'était qu'un marécage. La lagune s'étendait d'Aquiléeà Ravenne, et pénétrait à trente milles sur les confins de Padoue, en recevant tous les fleuves du Pô à l'Isonzo ; plus tard, par suite de leurs atterrissements , ces fleuves parvinrent à la diviser en trois lagunes, celle d'Aquilée, celle de Venise, celle de Comacchio. Par l'éventail du Pô, sept canaux déchargeaient ce fleuve à une demi-journée de Ferrare; puis, les deux principaux, le Primaro et le Volauo, s'étant rétrécis, il s'ouvrit une nouvelle issue qui le rapprocha de l'Adige au point de menacer l'existence exceptionnelle de Venise, si, par le percement de Porloviro, on n'avait point dégagé la veine principale du grand Pô.

La surface des terrains où le roi des fleuves italiens roulait li-

(1) RvMAzziNi, Da/on/lbus Mulinœ. Vallismicu , Opus., p. 5G. Il est certain que dans ces contrées, dès la pins haute antiquité , on creusa d(!s puits tels que ceux que nous appelons artésiens.

brement ses eaux est aujourd'hui complètement cliangée. Le port deRavenne, qui suffisait à deux cent cinquante navires de l'empire romain, et que .Tornandès, évêque de cette ville au sixième siècle, voyait alors converti en jardins , est maintenant à quatre kilomètres de la mer ; Adria se trouve à vingt-cinq de la mer à laquelleelle a donné son nom, et Venise, malgré ses travaux prodigieux, se défend à grand'peine contre les vagues qui ont obstrué ses canaux.

Peu de pays ont reçu de la nature des confins aussi bien déterminés que ceux de l'Italie ; là, tout favorise le progrès d'une nation autonome, séparée des étrangers par la mer et les montagnes ; et, c'est cependant de la mer et des montagnes que lui sont venus continuellement des habitants , des instituteurs , des dévastateurs , desmaitres. Polybe, un siècle et demi avant notre ère, indiquait quatre passages dans les montagnes du côté de la Gaule : un par les Alpes maritimes littorales, ouvert dès la plus haute antiquité par Hercule, et dans lequel, plus tard, on traça la voie Aurélienne; un par les Alpes Cottiennes et la petite Doire chez lesTaurini ; le troisième par les Salasses du Val d'Aoste à travers le mont de Jupiter, aujourd'hui le Saint- Bernard; le quatrième par le lit duïessin. Les Romains ensuite rendirent accessibles, dans les Alpes Rhétiques, les vallées du Rhin et de l'Adige, et, dans les Carniques, celle du Tagliamento et de l'Isonzo. Nous ne parlerons pas du littoral adriatique, où les montagnes s'allongent jusqu'à la mer (l).

Des côtes qui se développent sur une étendue de deux milles , un grand nombre de baies et de ports excellents, la petite distance qui sépare de la mer les pays de l'intérieur, rendent l'Italie trèspropre au commerce et au rôle de puissance maritime. Mais sa longueur de six cent soixante-dix milles du cap Rituzzo au mont Blanc , sur une largeur qui varie de vingt à trois cents milles ,

(1) Aujourd'liui les principaux passages sont :

Hauteur.

Dans les Alpes Cottiennes, le mont Genève , 2,033 jnèfres.

— Grecques, le mont Cenis 2,105

— — le petit Saint- Bernard 2,192

— Pennines, le grand Saint -Bernard 2/,9l

— Helvétiques , le Sintplon 2,005

— Helvétiques , le Saint-Gotliard 2,075

— Rhétiques, la Spluga 2,M8

— — le Stelvio 2,814

— Juliennes , la Ponteha 1,4.(0

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