DIFFICULTE I)E [.HISTOIRE
pulaires (les travaux imprégnés décolère et d'orgueil, œuvres de principes vacillants, de conception frivole, de forme abjecte, claires peut-être, mais vides au fond. L'auteur s'y fait le complice de préjugés insensés et de prétentions ridicules , au lieu d'avoir le courage de corriger les passions vulgaires , de guider, au milieu de l'abus de l'examen et de la croyance, les calculs, les principes et les affections. Les bons livres n'aspirent pas à cette popularité : ce qu'ils ambitionnent, c'est d'être convenablement accueillis par les esprits cultivés , par les femmes qui s'instruisent pour devenir institutrices, par les hommes studieux qui y trouvent l'expression résumée du jugement , de la doctrine , de la patience de leurs .semblables; par les citoyens qui aiment la patrie en époux, non on amants ; par les hommes d'État qui savent que la félicité d'un pays n'est jamais solide si l'on ne la fonde pas sur ses origines et sur son passé.
Cela dit, l'auteur abandonne son œuvre à quiconque se sentira l'envie puérile de la déchirer, ou la résolution virile d'en profiter pour en faire une meilleure. A-t-on des erreurs ou des oublis à lui reprocher, il accepte la correction , et remercie de la leçon, fùt-elle même dépourvue de ces formes qui lui donnent plus de prix. Se trouve-t-il attaqué par les extrêmes opposés , parce que, ni menaçant ni timide, mais respectant les autres , il prétend à l'indépendance de sa propre pensée, et, entre deux abîmes , ne cherche l'équilibre que dans sa conscience? il écoute celle-ci, (jui lui crie : « Suis-moi et laisse dire les autres. » Quant aux tribulations qui, pour les Italiens d'aujourd'hui, convertissent en œuvre expiatoire la tâche d'écrire, il s'y résigne, dans la conviction que si par hasard il a tu des choses qu'il pensait, il n'en a dit aucune qu'il ne pensait pas. S'il erre, ce n'est pas du moins à dessein ; avant tout, il est certain d'avoir aimé et respecté son sujet, espérant qu'il en sortira quelque utilité pour ses compatriotes , qui , comme lui , souffrent , luttent, espèrent.
Que les Italiens nous pardonnent d'avoir osé, nous vieillard , accomplir l'œuvre qui fut l'exercice et le but de notre jeunesse , en marquant librement de nos pas un sentier foulé par tant d'autres. Heureux le talent qui gagne les sympathies en dépit de la frivole raillerie et de la dénigration systématique ! Mais si nous rencontrons, même aujourd'hui, à côté des intelligences qui affectent de ne pas comprendre, la dangereuse interprétation, l'insinuation malicieuse , l'hypocrite compassion; si l'on persévère à nous envier la bienveillance de nos compatriotes,