PLÉBÉIENS ET NOBLES
569. pontificat, l'édilité. Avec les trois lois du dictateur Philou Publiiius, le vote des curies cessa d'être nécessaire, et le consentement du sénat suffit tout seul pour donner aux plébiscites un caractère obligatoire, sans acception de classes. Le sénat , dès lors, prit la place des pères anciens, et le mot peuple exprima l'en- 303. semble de tous les citoyens; les tribuns purent s'emparer des auspices dans les cas où ils le jugeaient nécessaire, et un secrétaire d'Appius Claudius, pour capter la faveur populaire, rendit publiques les formules juridiques symboliques et le calendrier.
L'égalité pénétrait même dans les coutumes. La Pudeur patricienne avait une chapelle dans le forum Boarium; lorsque Virginie, patricienne et femme d'un consul plébéien, y vint pour les sacrifices d'usage, elle se vit repoussée par les matrones, quoiqu'elle dit : « Je puis entrer, parce que je suis chaste et l'épouse d'un homme qui m'a reçue vierge , et dont je n'ai qu'à me louer soit à cause de son caractère, de ses exploits ou de ses dignités. » Alors elle érigea, dans son propre quartier, un autel à la Pudeur plébéienne, exhortant les femmes du peuple à rivaliser de chasteté avec les patriciennes, comme les hommes rivalisaient de courage ; les femmes de réputation sans tache, et n'ayant eu qu'un seul mari ( univirœ) , sacrifiaient à cet autel avec les mêmes rites observés dans l'ancien.
Ainsi le peuple conquit ie droit et l'égalité religieuse. Les dissidences entre les familles patriciennes et plébéiennes se perpétuaient sans doute, mais les deux ordres cessèrent de former des États distincts dans la république , qui désormais fut une démocratie dans laquelle les droits du peuple étaient tempérés par le sénat et les grands. La religion de l'Etat, qui mettait à toute chose le sceau des formules inaltérables , faisait obstacle à l'anarchie démagogique et au despotisme militaire. La loi, sacrée dans les temps sacerdotaux , et mystérieuse dans les aristocraties, se trouvait alors divulguée. Par l'équitable répartition du droit, la raison humaine fut substituée à la raison divine des auspices, mystérieusement révélée parles prêtres, et à la raison d'État, en vertu de laquelle le peuple héroïque pourvoit à sa propre conservation avec un sénat propre. Le sénat ne fut plus une autorité de domination, mais de tutelle, pour devenir simple conseil sous les empereurs. La liberté romaine se résuma dans ces trois phrases : autorité du sénat, empire du peuple, pouvoir des tribuns de la plèbe.
Rome est donc née du mélange de races diverses , fait qui