‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 78 sur 319 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

PoLUIQLL tXTÉRlElRE, LeS GALLOIS. Le LATILM ET l'ÉtKLRIE SUBJUOILS.

Fin de i.'vge héroïque.

Ces faits intérieurs se développaient au milieu de guerres continuelles, au moyen desquelles Rome, plutôt pour sa propre sécurité que dans un but d'invasion , cherchait à soumettre toute l'Italie.

Les populations de l'Italie s'étaient altérées au contact des colonies helléniques et par les relations avec la Grèce et l'Asie Mineure. Tarquin le Superbe avait voulu rendre les Étrusques puissants ; n'ayant pu y réussir, il vint renforcer Rome, contre laquelle plus tard Porsenna prit les armes, comme une mère qui voudrait châtier sa fille. De là l'aversion des Romains pour les Etrusques, et les propositions d'alliances que, dans le but de leur nuire, ils firent aux peuples voisins.

Le Latium était divisé en deux ligues : Ëques et Volsques dans l'une, Berniques et Latins dans l'autre. Les Romains for- 493 mèrent une fédération militaire avec les villes du Latium sur ces bases : c Tant que le ciel et la terre dureront, nous nous aiderons mutuellement, nous partagerons également les dépouilles des ennemis; les contestations privées se termineront dans le délai de dix jours, et les juges seront pris dans le lieu où le contrat aura élo

|;j8 (JUINTIUS CINCIJNNATUS.

fait (1). M D'abord dix, puis trente, ensuite quarante-sept villes envoyèrent des députés à la fontaine de Férentiuuni pour traiter des intérêts communs; plus tard, le congrès, dit Feriœ latinœ, se tint sur l' Aventin et le Capitole. Le droit des Latins [jus Latii) conférait celui de mariage [commbium) entre les deux peuples; en sorte que les iils suivaient la condition du père. Ils eurent aussi le droit de commerce, qui donnait la revendication, la cession en jugement, la raancipation et le nexus.

Les fédérés de l'Italie attaquèrent cette ligue ennemie ; et, bien que les historiens se soient presque entièrement bornés à ne raconter que les victoires des Romains, leur plume laisse échapper des preuves de leurs défaites. Ainsi, la famille des Fabiens composée de trois cent six membres et suivie de quatre mille clients ,

'<77. entreprit d'elle-même la guerre contre Véies , et put la soutenir deux années; mais enfin, surprise à l'improviste, cette petite armée fut exterminée près du Grémère. Plus tard , le Sabin Appius Herdonius, à la tête de cinquante mille hommes, occupa le Capitole parce que les tribuns avaient empêché lepeuplede prendre les armes. A chaque instant , Éques et Volsques , descendus de l'Algide et du mont Albain, tombent sur Rome, dévastent, incendient, puis se réfugient sur leurs montagnes. Dans l'impossibilité de les atteindre et d'en finir avec eux par le siège de leur capitale, il fallut prendre une à une toutes leurs forteresses. Le consul Minuciusse laissa entourer par les Éques, et sa perte devenait iné-

138. vitable, si Rome n'eût confié la dictature à Quintius Cincinnatus^ citoyen de grande famille et d'habitudes modestes , qui abandonna la culture de son petit champ pour commander l'armée, triompha, puis s'en retourna à la charrue. Les Romains, avec une lenteur calculée, un courage que les désastres ne pou valent abattre, une activité infatigable, consumèrent deux siècles dans ces petites conquêtes contre la ligue ennemie ; même pendant la paix, ils avaient toujours la main sur la garde de l'épée, épiant toutes les occasions qui pouvaient assurer l'heureuse issue de la guerre.

Nous ne nous appesantirons point sur tant de combats; et, du reste, les vicissitudes de Tarente, royaume de Pallas, de Tusculum , royaume de Télégone , de la superbe Tibur, chef-lieu d'abord desSicules, puis des colons argiens, etenfin capitale de Tiburnus, descendant d'Amphiaraiis, procureraient à nos lecteurs peu de plaisir ou d'instruction. C'étaient des villes sans importance, qui

(1) Denys, liv. I ; Festus , ad. v. prxtor ad portam.

\0l!5lNS SUBJUGUÉS. AKDÉE. 139

néanmoins rivalisèrent longtemps avec Rome et servirent d'aliment à l'éloquence pompeuse de Tite-Live.

Les desseins de Rome étaient favorisés par les dissensions de ces petits peuples, dont l'histoire ressemble à celle de nos republiques du moyen âge. Ardée et Aricie se disputent la possession d'un terrain; elles prennent pour arbitre le peuple romain, qui se rassemble par tribus , écoute les discussions. Publius Sceptius, qui avait atteint quatre-vingt-trois ans et fait vingt campagnes, demande la parole, et l'appelle que le terrain en litige appartenait à Corioles, vaincue par les Romains; il devait donc être la propriété des Romains, et fut agrégé au domaine publie. Les Ardéates se soulevèrent, et les patriciens eux-mêmes, mécontents de voir le peuple s'immiscer chaque jour davantage dans les affaires du gouvernement, désapprouvèrent le plébiscite ; mais, comme ils ne pouvaient le casser, les Ardéates durent courber la tête et accepter l'alliance.

De nouveaux malheurs viennent fondre sur eux. Une lille du peuple, douée d'une grande beauté, était recherchée eu mariage par deux jeunes gens : l'un plébéien, favorisé par les tuteurs de celle-ci; l'autre noble, qui, outre ses pairs, avait pour lui sa mère , ambitieuse d'une alliance éclatante. La discorde de la famille se propage dans la ville; les juges prononcent en faveur de la mère; les tuteurs en appellent au peuple, et font enlever la jeune fille par une bande d'affidés; une autre bande, conduite par le noble prétendant, s'y oppose ; on se bat et le sang coule. La plèbe, repoussée de la ville, promène le fer et la flamme sur les terres des nobles, et , grossie d'une multitude d'artisans , s'apprête à faire le siège d'Ardée. Les passions s'enflamment; le peuple demande secours aux Volsques, et les nobles aux Romains, qui saisissent l'occasion de réparer leurs torts envers Ardée. Le consul Géganius vint pour chasser les Volsques, qui déjà assiégeaient la ville, les entoura et les fit passer sous le joug. Assaillis dans leur retraite par les Tusculans, ils périrent jusqu'au dernier; la paix fut rétablie dans Ardée par Je supplice des chefs du peuple (l).

Dans le même temps , sur la gauche du Tibre , les Romains continuaient à frapper l'aristocratie étrusque. Après avoir conquis les villes sacrées de Fidènes et de Tarquinies , ils assiégèrent Véïes. Le siège dura dix ans, et, comme il fallut hiver-

(1) TiTE-LiVK, liv. IT.

140 LES OAULOIS.

uer sous les aimes, les Romains, pour lu première fois, assignèrent une solde aux combattants; entretenus et payés, les soldats n'eurent pas hâte de retourner à Rome pour cultiver leurs champs, et restèrent à la disposition des chefs, qui purent dès lors s'engager dans de longues entreprises.

Dans les livres fatidiques de l'Étrurie, il était mystérieusement écrit, que les dieux n'abandonneraient les murailles de Véïes que lorsqu'on aurait mis à sec le lac Albain , en en versant les eaux dans la mer. L'entreprise ne parut pas impossible aux Romains, qui pratiquèrent un admirable conduit d'écoulement, long de six milles et creusé dans la lave. Enfin, Furius Camillus , nommé dictateur, se procura des alliés, se rendit les dieux propices, et, par une mine, pénétra dans Véïes. Les immenses richesses de cette ville furent pillées, les citoyens vendus conmie esclaves, et Junon transportée à Rome. Interrogée si elle était satisfaite, la déesse avait répondu deux fois oui. Un vase, de l'énorme valeur de huit talents, fut envoyé à Apollon de Delphes, et, malgré l'opposition des patriciens, les terres de Véïes furent partagées entre les plébéiens, dont chacun eut sept arpents. Capène, Paieries , Sutrium et Vulsinies ne tardèrent pas à succomber, et Rome paraissait sur le point de soumettre toute l'Etrurie, lorsque survint un nouveau fléau, les Gaulois.

Comme on l'a déjà vu, une forte tribu de ces peuples avait autrefois, sousle nom d'Amhra, envahi l'Italie, vaincu les Sicules et pris possession de la vallée du Pô; de là, les Gaulois avaient suivi leurs conquêtes jusqu'au Tibre, qui, par le Nar et le Tronto, formait la limite de leurs vastes domaines, divisés en trois régions : ris-Ombrie, autour du Pô; l'Oll-Ombrie, versant occidental de l'Apennin; la Vill-Ombrie, la côte de la mer inférieure entre le Tibre et l'Arno. Les deux premières comptaient trois cent cinquante-huit bourgades ; mais les Étrusques s'introduisirent dans la Vill-Ombrie, qu'ils enlevèrent aux Gaulois, sans les exterminer toutefois ; continuant la guerre contre l'Is-Ombrie, ils la conquirent peu à peu, et y établirent douze colonies. Une partie des Isombriens retourna dans la Gaule d'au delà les Alpes, une partie se retira dans les vallées Alpines , et quelques-uns résistèrent dans le pays entre le Tésin et l'Adda. Les Oll-Ombriens furent soumis à leur tour; renfermés dans le canton qui de leur nom s'appela Ombrie, ils adoptèrent les coutumes et U« langue de leurs voisins.

Au delà des Alpes, sur rimnu'nse espace compris entre les

Pyrénées et le Rhin, les différentes tribus des Gaulois éprouvaient de cruelles vicissitudes , dont la plus mémorable fut l'irruption des Kimris, peuple d'une même origine et tout à fait sauvage. Cette violente invasion chassa plusieurs peuplades gauloisesde leurs demeures : une bande avecSigo\èse traversa la forêt Hercynienne et s'établit dans les Alpes illyriques ; une autre de Bituriges, d'Éduens, d'Arvernes et d'Ambarres se dirigea vers l'Italie, sous la conduite de Bellovèse. Débouchant par le mont Genèvre sur les terres des Ligures-Tauriui , qui habitaient entre le Pô et la Doria, cette bande marcha vers la Nouvelle-Étrurie, située sur le Pô; là, ayant reconnu les débris de l'ancienne migration, elle adopta, comme un heureux augure , le nom d'Is-Ombriens ou d'Tnsubres , qu'elle avait conservé.

Parmi les peuples anciens, les Gaulois sont renommés par un courage intrépide, impétueux , un esprit franc; , ouvert à toutes les impressions, une vive intelligence, une extrême mobilité, et aussi par leur répugnance à toute discipline , leur ostentation et leur vanité, cause perpétuelle de dissensions. De leur politique, en deçà des Alpes, il ne reste d'autre indice que la construction d'une forteresse au milieu du territoire conquis, appelée Milan (l), et destinée aux assemblées et aux sacrifices. Bientôt arrivèrent, sous la conduite d'Élitovius, (2), des Carnutes, des Aulerques, des Cénomans , qui, joignant leurs forces à celles des autres bandes, chassèrent les Étrusques au delà du Pô, et fondèrent Brescia et Vérone. Une troisième horde composée de Salies, de Lœves et de Lébèques, traversant les Alpes maritimes, s'établit à l'occident, sur la gauche du Tésin.

Les fluctuations des populations continuant au delà des Alpes, des Kimris les passèrent à leur tour; c'étaient des Boies, des Lingons , des Anamans, qui, après avoir traversé l'Helvétie et la Transpadane, franchirent le Pô. Les Lingons habitèrent le triangle compris entre le Pô, la Padusa et la mer ; les Anamans se placèrent entre le Taro et la petite Versa, et peuplèrent Plaisance; les Boies s'établirent entre le Taro et l'Utens (Montone), et firent leur chef-lieu de Felsina, qu'ils nommèrent Bononia. LesSénons, les derniers des Kimris, après avoir repoussé les Ombriens jusqu'à

(l) Mci-laml , mon pays; Maylaml , pays de mai; Mcdellam , viilo do la Viorjie; Mitlelaivn , an milieu des plaines ; Medio-amnhim ; Mcdus el O/anus, deux chefs de bande; Medio-lana, à cause de la truie à toison ((u'on y lroii\a, sont les différentes étymologies de Milan.

C»! F.le-dorc, le foiiiliillon.

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