‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 79 sur 319 · I.i2 GAULdlS CISALPINS · texte numérisé non relu

I.i2 GAULdlS CISALPINS

IVEsis, se fixèrent entre Ravenne et Ancône, où ils bâtirent Séna (Sinigaglia). Ainsi, les Gaulois occupèrent la Transpadane, et les Kimris la Cispadaue (1). Une partie des Étrusques, qui n'avait pu s'unir au corps de la nation au delà du Pô et de l'Apennin, se réfugia dans les Alpes, sur le territoire qu'ils appelèrent Rhétie.

La civilisation des Étrusques disparut pour faire place à une sauvage désolation. Les envahisseurs regardaient comme dangereux pour leur liberté de se renfermer entre des murailles; aussi, de tant de villes florissantes, cinq seulement furent épargnées : Mantoueet Melpum, dans la Transpadane, et, dans l'Ombrie, Ravenne, Butrium, Ariminum. Bientôt Melpum fut anéantie; les autres, adonnées au commerce , que méprisaient les conquérants , durent se conduire avec une grande prudence au milieu de ces maîtres terribles , qui habitaient des bourgs sans murailles, n'avaient ni meubles ni aucune des commodités de la vie : pour lit, de l'herbe ou de la paille; pour nourriture, le produit de la chasse; pour unique occupation, la guerre; pour trophées, les têtes des ennemis , qu'ils suspendaient par les cheveux à la crinière des chevaux ; pour richesse , les troupeaux et l'or, parce qu'ils se peuvent transporter (Polybe).

Chaque printemps, ils entraient en guerre, et faisaient des courses , pour enlever du butin, depuis l'Adriatique jusqu'à la Grande-Grèce; cependant, ils côtoyaient la mer Supérieure afin d'éviter les Montagnards de l'Apennin et les robustes enfants du Latium. Croissant en population, ils voulurentexpédier unecolonie au dehors ; trente mille Sénons franchirent les montagnes , et se dirigèrent vers l'Étrurie. Les Étrusques leur firent demander pour quel motif ils venaient dans un pays où leurs ancêtres n'avaient pas habité. « Nous cherchons des terres, répondirent-ils; cédez-nous celles qui ne vous servent pas , et nous serons amis. » L'arrivée de ces Gaulois empêcha les Étrusques de secourir leurs frères de Véies, assiégés par Camille; les victoires de Rome furent favorisées par la situation critique des Étrusques dans l'Italie supérieure.

(I) J'adopte la dénomination latine, tirée de la situation de Rome.

Edwards a prétendu reconnaître en Italie, de nos jours même , le type des deux races galliqiie et kimrique : aux Gaulois, tête longue, profil saillant, front haut et développé, menton proéminent , ne^ aquilin; aux Kimris, face plate et courte, pommettes larges, nez droit, écrasé, peu saillant. Voir sa lettre a Thierry, Sm- les caraith-ex des races humâmes.

PRISE DE ROME PAR LES frAULOTâ. CAMILLE. 143

Le penchant invétéré des Italiens à invoquer l'étranger dans leurs propres discordes nous porte à croire que les Etrusques, pour nuire aux Romains excitèrent contre eux ces nouveaux assaillants. Les Sénons , en effet , marchèrent sur Clusium , ville alliée de Rome, et Rome les fit sommer de se retirer; les trois Fabius, ambassadeurs, voyant qu'ils n'étaient pas écoutés, entrèrent dans la ville assiégée et se mirent à la tête de ses défenseurs. Cette conduite parut aux Gaulois une violation du ■59^ droit des gens et les rendit furieux ; sous les ordres du Brenn , comme s'appelaient leurs chefs , et grossis par des renforts, ils marchent contre les Romains, les battent près de la petite rivière d' Allia, qui des monts Crustuminiens se jette dans le Tibre , dépouillent les cadavres , leur coupent la tète et se dirigent vers Rome. Saisis d'une terreur panique ou se croyant incapablesde défendre leur ville, les citoyens l'abandonnent, et Rome est réduite en cendres; les Gaulois massacrent les sénateurs et les prêtres, qui, après avoir proféré les formules du sacrifice, avaient attendu , désarmés et revêtus de leurs insignes, les impitoyables envahisseurs.

Les Vestales et les choses sacrées avaient été transportées à Cœré d'Étrurie, et le peuple s'était réfugié dans les pays voisins; mais le brave Manlius décida une poignée d'hommes résolus à se renfermer avec lui dans la citadelle du Capitole. Là, ils tinrent ferme; cependant, désespérant de pouvoir résister aux armes et a la famine, ils songeaient à capituler, lorsqu'ils furent secourus par Furius Camillus, qui, exilé par l'ingratitude du peuple, vivait retiré à Ardée. Il oublia les torts de sa patrie, réunit les Romains dispersés , obtint les pleins pouvoirs de la dictature, et arriva lorsque , à Pesaro [pesa-auro] , on traitait de la rançon d'argent. « C'est avec le fer, s'écria- t-il, et non avec l'or que la patrie doit être rachetée. » 11 délivra la citadelle, expulsa les Gaulois, et, par ce fait d'armes, il attesta l'immobilité du Jupiter Capitolin; il fut considéré comme second fondateur de la ville.

C'est là une tradition d'orgueil national et patricien , aussi riche de poésie que de contre-sens et de faussetés ; mais une autie tradition plus positive nous apprend que les Gaulois furent obligés d'abandonner le siège du Capitole, parce que les Vénètes avaieut envahi leurs terres cisalpines. Ils permirent donc aux Romains de se racheter à prix d'or, et cet or fut porté dans la Gaule, où il resta comme un insigne trophée, jusqu'à ce que Drusus leùt

lii PRISE DE ROME PAR LES GAULOIS. CAMILLE.

recouvré. Il est certain que les Gaulois ne quittèrent pas de sitôt le pays; campés à Tivoli, ils faisaient des courses dans les campagnes et les saccageaient. Aussi les Romains délibérèrent-ils d'abandonner leur patrie malheureuse et sans défense, pour aller s'établir dans la grande et forte Véies.

C'était là, peut-être, un conseil des plébéiens. En effet, dans la nouvelle patrie, ils seraient devenus les égaux des patriciens, puisque ceux-ci n'y auraient plus trouvé ni le terrain légal, ni la propriété assurée par les tombeaux, ni les souvenirs des aïeux. Mais, disait Camille, Rome jouit de collines très-salubres; son fleuve offre des avantages pour transporter les denrées de l'intérieur et les recevoir par la voie de mer; elle se trouve près de la mer, mais pas assez pour être exposée aux flottes ennemies; déplus, elle est située au milieu de l'Italie, dans une position unique pour s'agrandir (l). Les patriciens firent intervenir avec plus d'efficacité l'opposition ordinaire des augures ; il fut donc résolu qu'on resterait. Alors, du milieu des cendres et des débris, sans édile et sans ordre, on rebâtit la ville plébéienne dans le lieu même où le lituus étrusque avait primitivement fondé la ville patricienne. En fouillant parmi les décombres, on trouva intact le sceptre de Romulus , gage de longue durée pour le peuple , et plusieurs tables de la loi , qui furent exposées en public, excepté celles qui concernaient la religion, et qu'on tenait encore secrètes.

Les Gaulois se renfermèrent dans la partie supérieure de l'Italie, qu'ils appelèrent Gaule cisalpine, mais sans cesser de harceler les Romains. Le dernier désastre avait laissé une telle impression de frayeur, qu'un trésor destiné à pourvoir aux guerres contre les Gaulois [tmnulhis) fut fondé à perpétuité. Pendant ces guerres , aucun citoyen n'était dispensé de prendre les armes ; les affaires étaient suspendues, et l'on confiait k un dictateur, avec tous les pouvoirs, le soin de sauver la république. Cette guerre, d'ailleurs, améliora la tactique romaine : le casque de cuivre fut remplacé par un casque eu fer battu, et l'on garnit le rebord des boucliers d'une bande du même métal ; les javelines, frêles et allongées, furent également remplacées par le pilvm,

(1) Salubenimos colles, fliimen opportximim , qno ex medUcrrnne'is hcis/rnges devehanliir, quomnrU'nni commcntvx nccipiantur; vuire vic'innm ad commodifalea , non exposi/mn nhnia propinquifafe ad pericvla r/nssium e.rfernanim; vegiomtm Italia' médium^ ad incremenfnm tirb'n nafum iinire locvm. TiTF-I^rvr., v, ^'i.

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