COMTES. ENVOYÉS ROYAUX
La charge de comte, qui n'était point héréditaire, pas même viagère quelquefois, obligeait à la fidélité envers le roi, à rendre la justice aux sujets selon les lois et les coutumes, à punir les malfaiteurs, à protéger les veuves et les orphelins, à percevoir les taxes dues au lise .Les comtes n'avaient de juridiction directe que sur la ville de leur résidence; du reste, le morcellement germanique continuait encore, et chaque officier public, sans excepter les intendants des biens royaux, exerçait une parcelle de juridiction.
Dans les petites villes et les bourgs, il y avait des vicaires; dans les campagnes, des centeniers et des décans^ constitués sur un nombre de familles plus ou moins considérable ; mais, quand il s'agissait de la liberté et de la propriété des citoyens, la sentence était réservée aux comtes. Ils présidaient les Plaids des hommes libres et desscabins, exposaient le fait en discussion et les preuves, indiquaient les dispositions de la loi suivie par les parties, et posaient la question que les juges avaient à résoudre ; puis, sur la décision du tribunal , ils prononçaient la sentence et en poursuivaient l'exécution. Ils remplissaient donc les fonctions du ministère public et du président; mais le jugement restait aux scabins, choisis par le peuple parmi les propriétaires du pays, francs ou romains, équivalant aux décurioiis des anciens municipes. Le comte déposait ceux qu'on trouvait indignes.
Lorsque les décisions des comtes paraissaient injustes, on pouvait en appeler, soit au comte palatin, résidant peut-être à Pavie, qui prononçait comme représentant du roi, soit au roi lui-même ou à son conseil, selon l'importance des causes ou la dignité des personnes. Les plus graves étaient soumises à l'assemblée générale. Les individus qui dépendaient immédiatement du roi échappaient à cette juridiction.
Dès que la trop grande étendue de l'empire rendit impossible la réunion de tous les vassaux, Charlemagne institua des assemblées partielles; dans le but de les faciliter, il divisa l'Italie en plusieurs légations, et chaque légation en comtés , dont laplupart correspondaient à la circonscription diocésaine. Deux agents royaux parcouraient quatre fois par an leur province {missatica), convoquant aux plaids les évêques, les abbés et les comtes compris dans leur légation, les avocats ecclésiastiques, les vassaux, les centeniers et quelques scabins ; leur mission avait pour objet de rendre la justice ou de la faire rendre par les officiers publics , de faire droit aux plaintes portées contre eux, et de recueillir des informations sur la condition du pays.