‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 110 sur 365 · LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

LÉGENDAIRES

Chaiiemagne, qui s'occupa fort tard de l'écriture, ne put jamais façonner à cet art sa main alourdie par les armes, bien qu'il eût près de lui des tablettes, sur lesquelles il s'exerçait à tracer son nom (1). Gela ne l'empêchait pas d'être fort instruit ; il s'exprimait avec une éloquence abondante et vigoureuse, parlait le latin comme sa propre langue, et composait des vers dans cet idiome. 11 comprenait aussi le grec, et parfois il discutait dans les assemblées des évêques avec une précision qui étonnait les prélats. Ce qui est plus important, il aima et protégea, sans basse jalousie, sans distinction de pays, quiconque montrait un esprit cultivé. Il fonda des écoles d'où sortirent, dans le siècle suivant, des maîtres distingués ; il encouragea le savoir, s'efforçant d'amener les vainqueurs à estimer les sciences dont la tradition se conservait parmi les vaincus, et les vaincus à cesser de faire synonymes les mots septenfrionnl et barbare.

Lors de sa première expédition en Italie, il vit les restes de cette civilisation brillante , sinon morale, et se proposa de la transplanter en France. Il emmena donc avec lui Pierre de Pise, autrefois professeur à Pavie, et lui confia la direction de l'école du palais, qui suivait Charlemagne partout où il allait. L'empereur, les princes de sa famille et tous les personnages les plus distingués de la cour assistaient aux leçons. Il envoya en Italie un moine d'Irlande, qu'il mit à la tète du monastère de Saint- Augustin près de Pavie, avec mission de propager le savoir; l'Anglais Alcuin, par son ordre, composa des livres à l'usage des écoles primaires.

(1) Que le promoteur de tout bon et solide savoir en Europe ne sfit pas écrire, c'est une idée qui nous répugne aujourd'hui, habitués que nous sommes à nous instruire sur les livres; mais ils étaient si rares alors qu'on préférait l'enseignement oral, ijien que Charlemagne ne fût pas dans le cas do manquer de livres, il dut se conformer au sjstème général, qui consistait à lire, à écouter, à discuter, en abandonnant la tâche d'écrire à une classe inférieure et, pour ainsi dirt-, mécanique. Cet usage, d'ailleurs, ne se renferme pas dans celte époque : quatre siècles plus tard, Frédéric Barberousse, protecteur des poètes et poète lui-même, ne savait pas écrire ; non plus que le loi de France, Philippe le Hardi , ni le chevaleresque Jean de Luxembourg, roi de Bohème au siècle de Dante. Louis XIV fut élevé par réréfive, qui ne lui enseigna ni à lire ni à écrire. 11 est inutile de parler de tant de seigneurs qui ne pouvaient apposer sur les chartes qu'une croix pour toute signatme; on trouve jusque dans le quatorzième siècle cette mention que tel personnage n'a signé, ne sachant écrire, vu sa qualité de genldhomme. C'était probablement pour ce mot que les princes avaient introduit les monogrammes, chiffres artificiellement composés des lettres de leur nom, et qui probablement étaient faits par leur secrétaire.

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