‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 109 sur 365 · LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

LÉGENDAIRES

Le talent des moines s'exerçait quelquefois dans la peinture de ces vies saintes, et ils inventaient les circonstances les plus bizarres; les meilleures étaient déposées dans les archives des monastères, et, lorsqu'on les en tirait après beaucoup d'années, elles étaient crues à cause de leur antiquité. La critique vint ensuite les passer au crible , et réunit les plus authentiques en un corps d'histoire qui embrasse quinze siècles, tous les pays, tous les usages, tous les rangs.

Les légendes étaient une espèce de réaction des imaginations contre les désordres moraux de l'époque; car on y mettait en évidence la bonté, la justice, qui avaient disparu du reste du monde; puis le tableau des sentiments doux et sympathiques au milieu des douleurs fournissait une pâture aux esprits privés de tout autre aliment. D'autre part, montrer l'assistance continue de la Providence, n'était-ce pas offrir une consolation à la vie si cruellement agitée de ce temps?

Après l'invasion des Lombards , les ténèbres devinrent plus épaisses ; le pape Agathon recommande à l'empereur grec les légats qu'il envoie au concile de Constantinople, comme des prêtres d'un zèle intègre, chez qui la fidélité aux traditions remplace le savoir : « Car, dit-il, est-il possible de trouver une par- « faite connaissance de l'Écriture sainte chez des gens qui vivent « entourés de barbares, et qui sont obligés de se procurer leur « nourriture au jour le jour? » Les Pères du synode romain écrivent : « Si nous considérons l'éloquence profane, il nous « semble que personne ne peut se vanter d'y briller. La fureur « des nations barbares agite et bouleverse sans relâche nos pro- « vinces par la guerre, par les incursions, par le pillage. Aussi , « entourés de barbares, nous menons une vie pleine d'angoisses « et de fatigues; nous sommes forcés de gagner notre vie de nos « propres mains, car l'Église a perdu les biens qui la soutenaient , « et la foi seule nous reste pour aliment. » Pépin ayant demandé des livres à Paul P"" , ce pape lui envoya tout ce qu'il put rassembler. Or de quoi se composait cette collection ? De l'antiphonaire, du responsal, de la Granimaîre d'Aristote, des livres du faux Denys l'Aréopagite , la géométrie, le traité d'orthographe, la grammaire, tous en grec ; c'était bien peu pour un pape et pour un roi.

Nous le répétons, il ne faut pas se hâter néanmoins d'imputer cette misère à la seule invasion des barbares, puisque nous ne trouvons guère mieux dans l'Orient, qu'elle avait épargné.

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