LE ROI PÉPIN
Les villes dont les Goths et les Lombards ne s'étaient pas rendus maîtres, ou qui n'avaient subi qu'une domination passagère, avaient continué à se régir selon les lois romaines. Mais les empereurs de Constautinople, trop éloignés, ne pouvaient pas toujours leur envoyer des gouverneurs , ou négligeaient de le faire , et les événements interrompaient souvent les communications avec l'exarque de Ravenne ; elles furent donc obligées de s'administrer elles-mêmes et de pourvoir à leur propre défense, cequ'elles firent avec le produit des impôts dus à l'empereur. Ainsi, par la force des choses, ces municipes s'emparèrent du trésor, de l'armée, de l'administration civile et judiciaire, pour constituer en fait une véritable liberté civile. L'empereur Léon VI , en 890, abolit le nom de consul, puis les curies elles-mêmes, comme des institutions tombées en désuétude, et d'ailleurs inutiles , puisque tout restait soumis à la sollicitude Impériale (l) ; mais, à cette époque, le lien entre les villes d'Italie et l'empire oriental était si relâché que les curies , bien que modifiées , continuèrent à fonctionner. Le sénat et le pater civitatis élu par le peuple existaient encore, mais les defensores et \esmagis(ratiis disparurent ; puis l'exarque ou le pape nommait aux emplois civils et militaires. Les deux pouvoirs restèrent distincts même dans l'administration de la justice, qui émanait d'une double source, des ducs et des dativi ou juges, bien que parfois ces deux qualifications fussent réunies dans la même personne.
Les villes furent prises plusieurs fois, et plusieurs fois sans doute se délivrèrent par leurs propres forces ; le parti national était appuyé parles évêques, riches, puissants et très hostiles aux Lombards. Depuis ce moment, nous voyons ces villes se faire la guerre l'une à l'autre, et les évêques combattre les papes ou les exarques ; c'étaient là des symptômes de vie indépendante. On élisait un citoyen pour remplacer le chef que la cour de Constautinople avait l'habitude d'envoyer; ainsi l'avilissement des Grecs avait pour résultat de réveiller ou de stimuler les vertus républicaines en Italie, et de ramener l'homme à la dignité et aux biens qui en sont la conséquence ordinaire. Ce mouvement était encore plus sensible dans les villes maritimes, où, sous le nom de l'empire grec, germait la liberté, naturelle aux peuples qui,
(1) Nunc {curiss)y eo qtiod res civiles in alïum statum transformatx s'tnt, omukique ab tina iinpcraioruf majesialis soUicïtudine atque adm'niislralioHc pvndc'inl , ncincassum ciica légale soluin obcrrent, noslro décréta illinc submovenlur. Nov. 94 et 96.