‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 118 sur 365 · LE ROI PÉPIN · texte numérisé non relu

LE ROI PÉPIN

habitués à l'indépendance de la mer, supportent difficilement sur terre un pouvoir despotique.

Les grandes agrégations de peuple ne convenaient pas à la nouvelle civilisation , et l'indépendance individuelle prévalut. L'immense empire de Gharlemagne ne put se maintenir lorsque sa main robuste se fut retirée. Les nations qu'il avait associées rompirent leurs liens aussitôt que son indomptable volonté cessa d'imprimer une forte impulsion à l'administration compliquée à laquelle il les avait soumises ; tous les royaumes se fractionnèrent en autant de seigneuries qu'il y avait de peuples , avec des lois propres, avec une indépendance réelle sous une souveraineté nominale.

L'Italie, qui semblait elle-même devoir être absorbée dans cette vaste concentration, conserva sa personnalité, mais fut subdivisée en une foule de principautés. Les rois de la Péninsule n'étaient guère supérieurs aux grands feudataires, lombards ou francs, ou bien aux prélats, qui, à l'exemple du clergé de France et de Germanie, se mêlaient de la politique ; tous ces personnages répugnaient au gouvernement régulier établi par Gharlemagne.

Pépin, roi d'Italie, résidait à Pavie, mais restait soumis à l'empire ; en effet, Gharlemagne, dans une lettre qu'il lui écrivait en 807, s'intitule encore roi des Lombards, et lui transmet des ordres (1). Dans sou enfance, il eut Wala pour tuteur, puis, pour conseiller et ministre saint Adalard, abbé de Gorbie, qui rendait la justice sans distinction de personnes et sans recevoir de présents ; il réprima les puissants qui opprimaient le peuple, et se croyait, non un homme, mais un ange. Il fut l'ami du pape Léon III, qui disait : « Si je m'étais trompé en croyant en lui, désormais je ne croirais plus en aucun Français (2). >>

Pépin mourut fort jeune, et Gharlemagne le remplaça par son 8)o. fils Bernard; mais Louis le Débonnaire, son successeur, ayant partagé le royaume entre ses propres fils , assigna l'Italie à Lothaire, l'aîné , avec le titre d'empereur et la suprématie sur ses frères. Cette nomination irrita Bernard, qui, comme roi d'Italie , aspirait à l'empire, d'autant plus que ses désirs étaient encouragés par les Italiens. Anselme, évèque de Milan, et Valfond, évêque de Grémone, mécontents d'une souveraineté étrangère, formèrent une ligue de princes et de villes, fortifièrent les pas-

(1) BOIQUET, V, C29.

(2) Paschasius nadhcrlus , ap. Mabuxon, £enerf. ScTC. iv, p. 1.

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sages et firent entendre pour la première fois le cri , répété en- 8^1?. suite d'âge en âge, expulsons les barbares! Bernard franchit les Alpes avec ses alliés; mais il fut défait et condamné à mort. Les deux prélats, les évêques et les grands personnages qui l'avaient accompagné, furent enfermés dans des prisons ou des monastères.

Lothaire, resté roi de la Péninsule, entraîna les Italiens dans les longues guerres suscitées par les partages fréquents de l'empire. Après avoir succédé à son père, il fit avec ses frères, en vertu du traité de Verdun , un nouveau partage conforme aux nationalités ; puis, sans prétendre à aucune supériorité qui pût g/,,,, diminuer l'indépendance des autres, il passa les Alpes, laissant en Italie son fils Louis IL

Le royaume d'Italie comprenait la partie supérieure de la Péninsule , autrefois soumise aux Lombards, et qui prit alors le nom de Lombardie. Elle était divisée en comtés , et nous avons déjà fait connaître leurs attributions, ainsi que les privilèges des hommes libres, du clergé, des communes, alors mêlés d'autres droits civils par la concession de Charlemagne; bien que les apparences lombardes fussent respectées , les coutumes des Francs s'étendaient , soit à l'égard de la propriété ou des jugements, et l'on voyait partout des bénéficiers et des vassaux laïques ou ecclésiastiques selon le droit salique.

Les lois émanées des premiers Carlovingiens ne faisaient, en effet , que réaliser le système de Charlemagne , en précisant les droits et les devoirs, en refrénant les usurpations des barons, tandis qu'on prodiguait aux églises les franchises et les privilèges. Les rois lombards dominaient sur la nation entière et ne faisaient que rarement la guerre hors de leur royaume. Le contraire était pratiqué chez les Francs, qui dès lors avaient besoin de multiplier les vassaux, en leur assignant des fiefs, c'est-à-dire des biens particuliers qui portaient l'obligation du service militaire. Lorsque les Romains, par l'obtention du wehrgeld., furent assimilés aux Lombards, les Italiens qui restaient de l'ancienne race, principalement dans les pays non occupés par les barbares, obtinrent le droit de porter les armes, avec les honneurs et les prérogatives qui en étaient les conséquences ; c'est ainsi que l'usage des bénéfices ou fiefs s'étendit dans la Péninsule, surtout depuis que les biens confisqués aux hommes hostiles furent répartis entre les Francs. Les grands, possesseurs de ces fiefs, s'affranchissaient de la dépendance des rois , à mesure que ceux-ci étaient plus faibles et plus éloignés. Les grands vassaux ne pou-

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