attendre l'assentiment de l'empereur
C'était donc un conflit universel des pouvoirs nouveaux avec les anciens, des empereurs avec les papes, avec les grands feudataires, avec l'aristocratie militaire, avec l'aristocratie ecclésiastique. Ces luttesorageuses des factions, ces fractionnements d'États assuraient l'impunité aux hommes pervers , qui se soustrayaient au châtiment en se réfugiant sur les domaines d'un voisin privilégié, c'est-à-dire qui avait obtenu ou usurpé une juridiction propre, indépendante de toute au Je. Ces immunités elles-mêmes engendraient d'interminables débats entre les comtes , les évêques, les monastères, tandis que les seigneurs reprenaient courage, et le pouvoir de tout faire enlevait au vice jusqu'à la honte. Les rois, les papes et les ducs, pour refréner ces prétentions rivales, étaient obligés de recourir à des mesures tyranniques, d'employer l'astuce et la force. Ainsi, dans cette phase de la société, qu'on peut appeler féodale, le peuple souffrit beaucoup, autant même que sous les anciennes tyrannies; le neuvième et le dixième siècle furent considérés comme les plus misérables par l'espèce humaine. Gratiosus, archevêque de Ravenue , doué de l'esprit prophéti-
DÉSOLATION DE l'ITALIE. 183
que , ou du moins d'une grande sagacité , prévoyait , peu après la mort de Charlemagne, les désastres dont l'avenir était gros, et les exposait sous des formes bibliques:
« L'empire s'en ira en morceaux, surtout par l'œuvre de ses « habitants, et la guerre sera entre eux. La métropole du monde « sera assiégée , ses ennemis la fouleront aux pieds ; de toutes « parts on s'insurgera contre elle, et elle sera livrée à la dévas- « tation. Les étrangers enlèveront les dépouilles des villes voia sines, profaneront les églises des saints et dépouilleront les « tombes des apôtres. Des hommes sans barbe (l) accourront « à la défense du pays , mais ils le ravageront également. Dans « ce temps-là séviront une cruelle famine et une terrible morta- « lité; la terre ne donnera plus de fruits, et cette mère des hom- « mes leur deviendra marâtre. Des chrétiens deviendront tri- « butaires d'autres chrétiens, et personne n'éprouvera pour son « prochain la moindre pitié. Un signe de cette calamité sera l'or- « gueil et la cupidité des prêtres ; ils se partageront, comme s'ils « leur appartenaient, les trésors de l'Église, et, après l'avoir dé- « pouillée de ses ornements , ils dilapideront aussi ses domaines. « Les monastères seront détruits, les églises dévastées; les mi- « nistres du Seigneur raviront l'encens du saint autel, et ne a rempliront plus leur ministère... Des nations inconnues, abor- « dant sur les côtes, égorgeront les chrétiens, dévasteront les « campagnes ; ceux qui échapperont à la mort tomberont dans <« la servitude, et les nobles romains passeront captifs sur la « terre étrangère. Rome sera saccagée pour ses richesses et con- « sumée par l'encendie. La race d'Agar viendra de l'Orient pour « piller les cités maritimes , et il ne se trouvera personne pour « la repousser, attendu que, dans tous les pays de la terre, les rois « seront indignes de leur couronne et les oppresseurs de leurs « sujets. L'empire des Francs périra, et les rois s'assiéront sur le « trône impérial. Toute chose tournera au pire , et les serviteurs « l'emporteront sur les maîtres, et chacun se confiera dans sa « propre épée. Il ne restera plus souvenir des anciennes institu- « tions, et chacun marchera dans les sentiers de l'iniquité , la « justice étant oubliée et les jugements pervertis. »
Tel est le tableau des calamités que nous aurons à tracer d'après les narrations confuses d'ignorants chroniqueurs.
Le royaume d'Italie se composait des pays situés entre les
(1) Barbirasas, les Francs , à la différence des Loml)ards, qui avaient la barbe longue et pointue. (Agnellus, liber pontif-, p. 180.)