BÉRENGER EMPEREUR
durent leur salut à la clémence de l'empereur. Cependant, loin d'être désarmés par cet acte, ils appelèrenten Italie Rodolphe IF, roi de la Bourgogne transjurane, qui vint en effet, suivi de son gendre Burcard, duc de Souabe; mais cet auxiliaire, dans une bataille sanglante à Firenzuola, était déjà dans une déroute complète, lorsque la réserve de son gendre lui donna la victoire^ 922, et Rodolphe se fit couronner roi à Pavie.
Les Hongrois étaient revenus sur ces entrefaites ; après avoir taillé en pièces une armée de vingt mille hommes, que Bérenger ; leur avait opposée, ils se jetèrent sur Padoue, Trévise et Brescia. L'empereur, mal obéi, fut obligé , pour désarmer leur fureur, de ■ , leur payer dix boisseaux de deniers d'argent (l) ; pour acquitter I cette rançon, il dépouilla les églises de leurs biens, et préleva sur \ tout le peuple, sans excepter les enfants a la mamelle, un denier j par tète. Enfin, après une défaite, il perdit la couronne , et se^ trouva réduit à la possession de Vérone et du duché du Frioul ; alors, sacrifiant le pays à ses intérêts, il appela lui-même les Hongrois contre Rodolphe, son rival. Ces ennemis féroces assail- || lirent Pavie, ville florissante et très-peuplée où se tenaient les [\ 924. .diètes du royaume (2), détruisirent quarante églises, et tuèrent son évêque avec celui de Verceil ; ils ne laissèrent la vie qu'à deux cents individus, qui recueillirent parmi -les cendres huit boisseaux de deniers pour racheter des barbares les ruines de leur patrie.
Modène fut longtemps défendue par ses citoyens, qui, du haut ■ des remparts, s'encourageaient à la vigilance par uu chant guerrier que nous avons conservé (3). Les Hongrois, après avoir ravagé
(1) Luilprand, v, 15, nous laisse entendre qu'il altérait les monnaies en y mettant beaucoup de cuivre.
(2) Poimlosissimam atque opuleutissimam, FitonoARo. Luitprand l'ap- ' pelle /on«05a ; avec son emphase liabituelle, il dit que, dans peu de temps,
elle se releva de manière à surpasser les villes voisines et lointaines, n'étant i ,• inférieure à Rome que parce qu'elle ne possédait pas les corps des saints apô- ■ ' très. Tous les évêques de Lombardie étaient dans l'usage d'avoir chacun un palais à Pavie à cause des diètes.
(3) Nous citons ce chant comme un essai assez heureux de la poésie qui passait des formes anciennes aux nouvelles, puisqu'il est composé de vers hendécasyllabes :
Nos adoremus celsa Christi numina, Uli cauora deiiius iioslra jubila ; Illius magna lisi sui custodia Hxc vigilantes jutiilemus carmina.
Divina mundi rex Cbriste custodia,