‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 144 sur 365 · LOUIS III · texte numérisé non relu

LOUIS III

chis de la servitude régulière des Romains et de l'oppression violente des barbares, apprenaient de nouveau à manier les armes, qui leur servaient à protéger leurs maisons, leurs biens, leurs couvents, leurs cités. Ce dur apprentissage tourna au profit de la liberté ; car les Italiens comprirent la puissance de l'union, et, une fois qu'ils eurent les armes à la main, ils en firent usage pour acquérir des franchises ou défendre celles qu'ils avaient.

Bérenger assaillit plusieurs fois les Italiens. Alors, dégoûtés par les revers, ou se conformant à la politique qu'on leur reprochait déjà, et qui consistait à vouloir toujours deux rois, afin que l'un tînt l'autre en respect (l), un parti des seigneurs, et nommément Adalbert de Toscane, offrit la couronne d'Italie à Louis, roi de Provence. Adalbert, dans le principe, était si bon que, s'il n'avait pas autre chose, il donnait aux pauvres son corde chasse avec sa chaîne en or, sauf à la racheter ensuite lui-même; mais plus tard il s'abandonna à l'ambition et à la cruauté, et ne cessa de se montrer hostile à Bérenger. Louis vint, et fut couronné roi dans une assemblée à Pavie, puis empereur à Rome sous le nom de Louis III. Maître de toute l'Italie, il voulut visiter la Toscane, et Adalbert le reçut à Lucques avec tant de magnificence qu'il 9oi. s'écria : « Ce marquis pourrait tout aussi bien s'appeler roi , car il ne m'est inférieur que par le nom. » Adalbert, et surtout sa femme , l'ambitieuse Berthe, voyant dans ces paroles une expression d'envie , lui devinrent hostiles , et finirent même par lui aliéner les autres princes. Louis vint à Vérone, congédia son armée, et, après avoir distribué aux siens de riches possessions , il vivait dans une imprudente sécurité. Bérenger, qui ne lui avait fait aucune opposition, put donc le surprendre facilement ; il lui reprocha de lui avoir juré une autre fois qu'il ne troublerait pas l'Italie , lui fit crever les yeux et le renvoya en Provence. Ses soldats restèrent dispersés , et plusieurs, au passage des Alpes, 903, périrent sous les coups du marquis d'Ivrée, gendre de Bérenger.

cursione. Mlratoui, ad ann. 910. Les chanoines de Vérone furent autorisés à fortifier le château de Cereta, pro persecutione Vngarorum. Miiratori cite un grand nombre de concessions semblables.

(1) Le prêtre André, auteur du Brève Chronkon (Menken, Script. Rer. genn. i, loo ), en parlant de l'élection de Louis le Germanique et de Ciiarles le Cliauve, dit ; Pravum egorunt consHium quatenus ad duos mundarent regnum. L'évêque Luitpraud s'exprime plus clairement (i, 20) : Italienses semper geminis uti dominis volunt, quatenus alterum alterius ieirore coerceant.

222 BÉBENGER EMPEREUR.

Les excès commis par les Hongrois dans la haute Italie, se reproduisaient dans le midi, où les Sarrasins dévastaient et massacraient ; la bande établie sur le Carigliano interrompait les communications et pillait les biens de l'Église. Quand Ibrahim, roi de Kaïrwan, débarqua de l'Afrique en Sicile pour ramener à l'obéissance les émirs révoltés, il se plaignit que les villes de la Calabre leur eussent fourni des secours ; bien que des envoyés vinssent lui faire des excuses de leur part, il les somma de se préparer à la servitude et d'annoncer son arrivée dans la ville du vieux Pierre. Cozenza, néanmoins, lui opposa une forte résistance, « et une nuit, par jugement de Dieu, il mourut (1). »

Les papes avaient les yeux ouverts sur ces ennemis du pays et de la foi; Jean X, désireux de rétablir la concorde parmi les seigneurs italiens, afin de les faire concourir à la délivrance de la patrie, résolut de fortifier l'uni té chrétienne en la plaçant sous le patronage de Bérenger, et , le jour de Noël, en 915 , il le couronna empereur, à la condition qu'il ferait la guerre aux musulmans. La cérémonie du couronnement fut solennelle; Bérenger prodigua les dons aux églises, au clergé, au peuple. Le pape, dans l'intervalle, avait invité la cour de Constantinople à expédier une flotte pour intercepter aux Sarrasins la voie de la mer ; il établit une ligue entre Landolf, prince de Bénévent, Grégoire, duc de iXaples, et Jean, duc de Gaëte. Le pontife lui-même dirigea l'expédition, où figura Bérenger en personne avec Albéric , marquis de Caraerino. La colonie des barbares fut bloquée ; elle souffrit tant de la faim que ses défenseurs, après avoir mis le feu à leurs maisons et à leurs richesses, débouchèrent avec impétuosité dé" leur retraite pour se dérober par la fuite à leurs ennemis; mais la plupart furent tués, ou pris et faits esclaves.

Lis factions, néanmoins, ne s'apaisèrent poiut. Le marquis de Toscane et Berthe, sa femme, furent emprisonnés à Mantoue par ordre de Bérenger, qui ne put cependant se faire livrer leurs châteaux. Lambert, archevêque de Milan , qui avait dû acheter sa dignité à prix d'argent ; Adaibert , marquis d'Ivrée, gendre de Bérenger ; Adelric, marquis et comte du sacré palais , conspirèrent contre l'empereur. Informé qu'ils avaient une réunion sur la montagne de Brescia, Bérenger soudoya deux chefs hongrois qui les surprirent. Adelric fut tué ; Adaibert évita la mort en se faisant passer pour un pauvre fantassin de Calcinate: d'autres

(1) Chron. Vullurnense, Rer. it. script., tome i, n, p. 415.

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