‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 150 sur 365 · LA PAPESSE JEANNE · texte numérisé non relu

LA PAPESSE JEANNE

intérêts mondains , et s'y trouvait impliquée davantage, soit à cause de ses interminables conflits avec les empereurs, ou des barons dont le nombre s'était accru aux environs de Rome, soit encore par l'augmentation de ses propres richesses. Ces richesses étaient si considérables que les offrandes, sous Léon III, ^'élevèrentàplus dehuit cents livres d'or et vingt et un mille d'argent. Léon IV, le prêtre héros qui défendit et fortifia contre les Sarrasins le quartier du Vatican, déposa dans la basilique des saints des ornements d'une valeur de trois cent quatre-vingt-six livres d'argent et deux cent seize d'or. Elles n'étaient pas toujours employées à un si noble usage, et faisaient du saint-siége l'objet de brigues et de convoitises, ggs. On raconte qu'une jeune fille de Mayence, élevée à Athènes

sous l'habit d'homme, vint se fixer à Rome, où elle se faisait appeler Jean d'Angleterre. Elle acquit une telle réputation de savoir et de vertu qu'elle fut élevée à la papauté ; mais, au bout de deiix ans, son inconduite amena la découverte de son sexe. Ce conte vulgaire , occasion de plaisanteries et de scandale, ne supporte pas l'examen de la critique, et le sens commun le repousse. Marianus Scotus, chroniqueur du onzième siècle , en fait mention ; puis, avec plus d'étendue, Martin de Bologne, auteur d'une histoire des papes jusqu'en 1277 ; mais leur autorité est tardive, et d'ailleurs les passages semblent interpolés. On peut en dire autant de celui d'Anfi stase le Bibliothécaire, attendu que lui-même donne ailleurs Benoit III pour successeur à Léon IV, en ajoutant que son élection fut notifiée à l'empereur Lothaire, qui mourut en septembre 8-55. C'était le moment où les Églises grecque et latine se trouvaient dans toute la chaleur de leur rivalité, qui finit par un schisme déplorable ; cependant le patriarche Photius et d'autres écrivains, qui n'ont pas épargné les injuresà la cour romaine, ne parlent jamais de la papesse Jeanne; croit-on qu'ils eussent négligé d'invoquer cette scandaleuse aventure contre les Italiens, qui reprochaient aux Grecs d'élever parfois des eunuques au patriarcat? Une médaille de S.SS, portant l'empreinte de Lothaire et du pape, a dissipé tous les doutes.

Un prêtre, nommé Anastase, déposé en concile par Léon IV, parce qu'il ne résidait pas dans sa paroisse, se fit le compétiteur de Benoit III. et, fort de l'appui des commissaires impériaux, il le dépouilla des insignes sacrés. La question fut longtemps débattue; mais enfin l'élection des Romains l'emporta sur l'usurpation des étrangers.

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