DROIT FÉODAL ÉCRIT
propre à diriger les travaux guerriers, qui, à cette époque, étaient les plus importants et les seuls nobles. A la chute des Carlovingiens, alors que la féodalité n'était pas encore affermie, les guerriers de pays différents ou de la même contrée ne songeaient qu'à leur propre intérêt. Désormais les ducs, les comtes, les barons, les propriétaires indépendants, les hommes d'armes, sont liés entre eux par des services et une protection réciproques : immense progrès vers la vie socia le.
L'indépendance du barbare forme encore la base du système féodal ; mais il s'habitue à reconnaître certaines obligations morales et réelles. Cette indépendance dissolvante a pour résultat, dans l'origine, le fractionnement des fiefs, qui produit uneinfinité de petites seigneuries ; mais, après la moitié du onzième siècle, les fiefs de médiocre importance vont arrondir les grands, soit par héritage, soit par la conquête ou par la soumission volontaire du faible, qui cherche auprès du plus fort protection et meilleure justice. La féodalité, bien qu'elle fût une source de désordres , empêchait donc qu'ils ne devinssent excessifs, en refrénant par les intérêts réciproques; si elle favorisa l'anarchie, elle préserva l'Europe de la fureur des conquêtes et des invasions qui la bouleversait depuis des siècles, en attachant l'homme et les générations au sol, source de leur droit. La noblesse, qui grandit alors eu importance, puisqu'elle avait le moyen de prouver son origine par le titre du fief d'où elle tirait son nom, manifesta surtout une grande inclination pour la vie des champs.
Dans le temps où les passions dominaient sans frein, où les lois n'avaient aucune force, où l'on ne respectait ni les conventions, ni les traités, ni la paix jurée, un prince aurait pu facilement se faire despote comme en Orient, engager les peuples dans des guerres ruineuses, répandre ou perpétuer la barbarie dans d'autres contrées; mais tous ces barons portaient ombrage au pouvoir royal, ou parfois rivalisaient avec lui. La guerre, d'ailleurs, ne pouvait se faire qu'avec leur consentement, puisqu'ils fournissaient les hommes et 1 argent; or ce morcellement de la puissance rendit impossibles les expéditions communes et les conquêtes; le vaisseau des migrations avait, pour ainsi dire, jeté l'ancre sur le sol, et les nations purent se constituer.
Chose digne de remarque, l'Italie conserve encore à peu près les mêmes divisions territoriales qui furent alors établies par la féodalité; or la différence de mœurs et de dialectes prouve qu'elles tenaient à quelque chose de plus solide que le caprice