DROIT FÉODAL ÉCRIT
pas qu'on en discutât les bases, qui furent enfin ébranlées par les princes et le peuple à la fois. Girard et Obert de l'Orto, jurisconsultes milanais, publièrent, en 1170, les premiers livres sur les fiefs, attribuant à l'Italie l'origine du système féodal ; mais ils ignoraient ce qu'il était en France et en Angleterre, où il obtint le plus grand développement. Leurs traités jouirent d'une grande autorité même au dehors, et eurent différents glossateurs, tels que Bulgaro, Pileo, Hugolin, Vincent et Jacques d'Ardissone. Minucio de Pratoveri , par ordre de l'empereur Sigismond,ffit une nouvelle classiflcatiojj de ses lois. Barthélémy Barattieri, de Plaisance , leur donna une autre forme , qu'il soumit à l'approbation de Philippe Visconti, duc de Milan. Le fameux Jacques Cujas en fit ensuite une édition, distribuée en cinq livres. Au delà des Alpes , les coutumes lombardes devinrent le droit commun des fiefs. Dans le royaume de Sicile et de la Pouille, les Normands introduisirent le droit féodal de la France, comme une exception eu faveur des Français que la solde militaire attirait en Italie ; il y avait donc les fiefs selon le droit lombard et selon le droit franc. Dans les fiefs lombards, surtout ceux de Bénévent, tous les mâles avaient une portion de l'héritage ; l'aîné seul succédait dans les fiefs francs. L'empereur Frédéric autorisa même en Sicile les femmes à hériter à défaut de mâles ; dans les fiefs francs, il donnait la préférence à la jeune fille sur la femme mariée, et, pour les fiefs lombards, il voulait qu'on tînt compte de la dot que les femmes mariées avaient reçue (l). Le fief indivisible convenait mieux aux rois, qui cherchèrent dès lors à faire prévaloir le jus Francorum.
Tel était le système féodal, qui s'établit, ici plus tôt, là plus tard, sur toute l'Europe germanique, et qui, malgré de graves désordres, procura quelque avantage à la société. La féodalité, en effet, était une loi forte et rationnelle de recrutement militaire, qui n'appelait pas, comme aujourd'hui, tous les hommes à la défense du pays, mais seulement ceux qui le possédaient. On vit alors des armées telles que les temps modernes en désirent en vain, aptes à la défense, sans avoir rien de menaçant comme moyen d'attaque , qui ne coûtaient rien à l'État, et n'enlevaient point les bras à l'industrie, ni les fils et les époux aux objets de leur affection. La féodalité offrait en outre la meilleure combinaison alors possible des forces matérielles, et l'autorité la plus
(1) Const. regni Sicilui, liv. m, tit. 26, 27,