ÉDUCATION FÉODALE
Les vassaux veillaient à ce que le roi ne put usurper les pouvoirs des autres, comme il l'eût fait s'il n'avait eu qu'à opprimer le peuple : ils cherchèrent des limites aux prérogatives royales , et leurs efforts produisirent la représentation seigneuriale, qui devint ensuite le modèle de la représentation populaire, le droit privé, la dignité personnelle et le dévouement envers le seigneur, dévouement volontaire qui ne dérivait pas d'une soumission stupide, comme dans l'Orient.
Chaque feudataire avait des droits et des privilèges; il fallait donc les discuter, les défendre, les rétablir, tantôt par les raisonnements, tantôt par la force : de là dérivaient les idées de droit, d'où le passage était facile aux idées de lii)erté.
Le feudataire, réduit à l'isolement dans son château, devait vivre au milieu de sa famille bien plus qu'autrefois. Là il ne trouvait d'égaux que sa femme et ses enfants, et, bien qu'il fût entraîné au dehors par des vices grossiers et des habitudes farouches , les sentiments de la famille devaient se fortifier dans son cœur. Le fils aîné, destiné à succéder au pouvoir paternel, était entouré des soins propres à le rendre tel quil pût, selon les idées d'alors, flatter l'orgueil domestique. La femme restait au manoir, afin de représenter son époux, lorsqu il sortait pour aller combattre ou courir les aventures, et de veiller à la défense du château ou d'en garder l'honneur. C'est ainsi que la famille se régénérait , et l'on voyait les femmes nourrir des sentiments plutôt nou\eaux que rares dans l'ancienne société : le courage, l'élévation de la pensée, la dignité personnelle; de là cette délicatesse d'affection et d'égards, qui fut portée au comble par la chevalerie, le résultat le plus splendide de la féodalité. Dans les châteaux des grands seigneurs on instruisait les jeunes gens à ces belles manières qui, de ces cours brillantes, prirent le nom de courtoisie , comme les villes avaient jadis donné naissance aux mots urbanité, civilité, politesse. Cet ordre de choses enfanta le point d'honneur, qui est l'ensemble des convenances au delà de la stricte justice, et dont le sentiment fait acquérir la réputation d'homme accompli; la fidélité scrupuleuse a la parole donnée, l'ennoblissement de la gloire militaire et de la loyauté.