LE B.VS PEUPLE
Dans la Rome impériale, l'histoire ne nous présentait plus qu'un souverain ; après l'arrivée des barbares, elle ne parla que des vainqueurs et des guerres de leurs rois. Les fiefs s'établissent, toute centralisation disparaît, et chaque château devient le théâtre d'événements distincts. Maintenant un nouvel auteur figure sur la scène, le peuple.
Jusqu'à nos jours même , le peuple a conservé du régime féodal un souvenir odieux, qui se manifeste dans ces mille contes de châtelains enlevés par des démons, de spectres de seigneurs qui errent en gémissant autour des asiles de leurs débauches et de leurs méfaits : vengeance populaire, qui fait appel à la justice du ciel, quand il ne peut l'obtenir ici-bas. Eu effet, les nobles étaient toujours eu armes ; entourés d'une clientèle armée, ils n'avaient à craindre aucun supérieur qui pût les refréner, et ils ne respectaient nul inférieur ; les contestations se décidaient par le duel , et les lois ne protégeaient que les gens d'église et d'épée : dans ce milieu social, le peuple dépendait donc du seul caprice des feudataires. Tous les fléaux de la guerre retombaient sur lui ; les ennemis, c'est-à-dire les voisins, lorsqu'ils faisaient des incursions, dévastaient le champ qui le nourrissait, ou maltraitaient sa famille. Lorsque le maître ou ses besoins l'exigeaient, il fallait qu'il lui cédât son bien, ses chars, ses bœufs, sa maison, sa femme même ; appelé à combattre , il se trouvait nu en face de ces guerriers bardés de fer, et destiné à succomber sous les coups inévitables de gens sans pitié. Enfin le lièvre et le cerf, dont la chasse était réservée aux seigneurs, devenaient un fléau pour le paysan, qui était obligé de souffrir que ces animaux dévastassent impunément ses champs et ses vignes. Cette condition déplorable était pourtant un progrès sur l'état horrible dans lequel il se trouvait sous la civilisation romaine. Au temps de l'invasion, les colons, c'est-à-dire les personnes attachées à la glèbe, mais libres du reste, partageaient la même condition; victimes des premières violences des barbares, puis de Tanarchie qui en fut la suite, les colons périrent ou tombèrent dans la ser-