LES CAMPAGNARDS. PROLÉTAIRES
prétation d'arbitres , ce dont les archives nous offrent une foule d'exemples.
Dans les villes, l'émancipation suivait uue autre marche. On y trouvait beaucoup d'hommes libres qui , favorisés par quelque métier, n'avaient pas été réduits à la nécessité de se faire serfs. Quelques individus, débris de la population romaine , y avaient survécu comme censitaires; ils étaient un peu mieux traités par les vainqueurs, parce que leur mort ou leur fuite entraînait !a ruine de la propriété consistant dans les services qu'ils pouvaient rendre, soit de leur personne, soit par un métier , par quelque profession littéraire ou le paiement d'un tribut. Quelques-uns d'entre eux, affranchis du cens ou des autres charges par la bienveillance jou l'argent, jouissaient de la liberté; d'autres, par indigence ou faiblesse, s'étaient plies à la condition servile. Les affranchis, lorsque leur nombre eut augmenté à la campagne, ne trouvèrent plus dans l'agriculture des moyens suffisants d'existence ; ils se réfugièrent alors dans les villes pour se livrer à des métiers et à des travaux libres. L'extension du commerce et de l'industrie les favorisa. Lorsqu'on voit à cette époque s'établir des corporations et des maîtrises pour exercer les métiers confiés naguère aux esclaves, on est convaincu que la servitude personnelle s'effaçait de plus en plus, bien qu'on ne fût pas encore arrivé à l'idée d'une cité où des ouvriers libres feraient tout le travail.
Ainsi, à côté des deux nations coexistant au sein de la féodalité, les propriétaires et les non-propriétaires, une troisième s'élevait, celle des hommes qui possédaient leur industrie. Lorsque cette dernière aura pénétré dans la société, nous aurons la commune, et tel est précisément le travail que nous verrons s'accomplir dans la résurrection des cités.
Cependant les serfs rachetés ne jouissaient pas de la condition des vainqueurs, et ils avaient perdu la protection d'un maitre; dès lors, considérés comme gens ne tenant à personne^ ils étaient privés de justice. Dans les villes, aucun habitant n'avait de rapports avec le gouvernement royal, excepté l'évêque, qui parfois se rendait à la cour comme intercesseur, et revenait avec une concession ou une exemption, que souvent le comte ou l'exacteur ne respectait pas. Au milieu de pareilles circonstances, il ne restait aux prolétaires qu'à s'unir étroitement en associations particulières d'arts et métiers , afin de se donner une organisation intérieure; ou bien, qu'à recourir aux cours ecclésiastiques pour