J0 LA COMMUNE MILANAISE
parti tomber chaque jour dans l'état le plus déplorable, recueillit tout l'or qu'il put, et se rendit en Allemagne pour implorer le secours de Tempereur ; celui-ci , qui haïssait Héiibert dans la persuasion qu'il était l'auteur de la discorde , promit d'appuyer les plébéiens contre les nobles, à la condition qu'on recevrait dans la ville quatre raille de ses cavaliers. Lanzon consentit d'abord ; mais, s'apercevant du danger d'une pareille convention , il préféra réconcilier les dissidents. En effet, les nobles, que la dévastation périodique de leurs domaines réduisait à la pauvreté , rentrèrent, sous l'obligation de quitter leurs châteaux de la campagne pour habiter la ville, au moins pendant quelques mois de l'année, et d'obéir à ses magistrats. Voilà donc les citoyens et les vassaux soumis à la même juridiction , et la commune se trouva constituée.
Héribert mourut en lû45 ; il fut à fois habile politique et bon prélat : dans une disette , il faisait distribuer tous les matins 8,000 pains ethuit boisseaux de blé, et, chaque mois, il donnait lui-même des vêtements neufs et de l'argent ; il continua ainsi au moins pendant huit ans. De nos jours même, dans le Ponti- ,fical, on emploie un évangélistère sur parchemin, donné par lui, avec de riches ornements d'or et de pierres précieuses, un crucifix et la figure en or de l'archevêque : précieux monuments des arts de l'époque, comme aussi le portrait à fresque de ce prélat , qui a été placé dans les portiques de la bibliothèque ambrosienne.
Tous les citoyens , grands et petits , s'unirent au clergé pour nommer son successeur; mais, comme alors les rois de l'Allemagne se prévalaient de la corruption du clergé pour s'immiscer dans les élections, la ville présenta à Henri III quatre sujets 1043. nobles, parmi lesquels il devait choisir le nouvel archevêque. Il les écarta tous, pour donner la préférence à Gui de Velate, étranger à la noblesse féodale, et qui se trouvait à sa cour comme son secrétaire. De là, nouveaux conflits avec le haut clergé; mais la peur du roi le fit recevoir.
Pendant ces vacances, le peuple avait vu qu'il pouvait administrer ses affaires lui-même, et il s'était donné un gouvernement municipal; son indépendance croissait encore dans les dissensions de l'archevêque avec ses vassaux. Partout la petite noblesse était en lutte avec les grands seigneurs, qui cherchaient à s'assurer les hautes dignités ecclésiastiques depuis que les prélats étaient princes. Les prélats, qui devaient leur nomination à ces influences funestes, se mêlaient aux passions et aux intérêts sécu-