‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 201 sur 365 · BASSE ITALIE. LES SARRASINS · texte numérisé non relu

BASSE ITALIE. LES SARRASINS

core la suprématie nominale des duchés de Naples , d'Amalti et de Gaëte.

Le duché de Naples s'étendait, au couchant, jusqu'à Cumes ; il comprenait Isc'hia, Nisida, Procida, Pouzzoles, Baies, Misène, et, vers le midi, Itabia, Sorrente , Amalfi , l'iie de Caprée. La capitale avait des paroisses , un clergé , un chapitre grec et latin ; comme Ravenne , elle était gouvernée par des ducs, qui , attendu l'éloignement des empereurs, sortaient souvent de l'élection populaire, et ne rendaient à l'empire, à l'exemple du duc de Gaëte , qu'un hommage de pure forme ; pour s'affranchir de toute dépendance , ils s'appuyaient tantôt sur les Sarrasins , tantôt sur les successeurs de Constantin, tantôt sur ceux de Charlemagne, qui prétendaientà l'héritage de Théophanie.

Les princes de Bénévent ayant assailli et pris Bari , Léon le Philosophe , empereur de Constantiuople , envoya Symbaticus 887. pour les châtier; Bénévent fut occupé , et, bien qu'il se délivrât au bout de quatre ans, il ne put [jamais recouvrer son ancien lustre. Les ducs de Capoue, au contraire, après s'être rendus indépendants, grandissaient au préjudice des Sarrasins.

Les Aglabites, établis à Cumes et à l'embouchure du Garigliano, exerçaient leur férocité sur les pays voisins, Oria, Sainte- Agathe , Téramo ; d'autres venaient de Sicile dévaster le continent, d'où ils emmenaient en esclavage des populations entières. Les Pandolfes de Bénévent et de Capoue , les Guaimars de Salerne ne se sentaient pas assez forts pour vaincre les infidèles , d'autant plus que leurs propres discordes les jetaient dans des luttes continuelles, avec alternative de succès et de revers. Les empereurs grecs faisaient de temps à autre quelque tentative pour combattre les Sarrasins ; une des bandes de ces derniers ayant été expulsée de Crète, ils la prirent à leur solde pour assaillir les 897. Sarrasins de Calabre, et s'emparèrent de Bari et de Matera.

L'unique voix capable de rallier les chrétietis , celle du pontife , retentit encore; Benoît VllI , après avoir réuni tous les me. évêques et les comtes des églises, marcha contre les Sarrasins établis à l'embouchure du Garigliano. La bataille dura trois ' jours; le quatrième, les infidèles s'enfuirent en désordre. Parmi

les dépouilles on trouva un diadème estimé mille livres d'or, que le pape offrit à l'empereur Henri II, et, au nombre des prisonniers , la femme de leur chef, qui fut tuée. Le mari , furieux, envoya au pape un sac de châtaignes , comme symbole de l'armée qu'il amènerait bientôt , et le pape lui répondit par l'envoi

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d'un sac de millet, pour indiquer la multitude des guerriers qu'il lui opposerait ; du reste, appelés commeauxiliaires dans des combats fratricides, les Sarrasins n'eurent que trop souvent l'occasion de s'abreuver de sang italien.

Dans la Sicile même les Arabes avaient étendu mais non consolidé leur domination ; là , comme ailleurs , les scheiks ou chefs devenaient puissants au préjudice de l'émir, et le pays se trouva divisé en un grand nombre de petites seigneuries rivales , toujours ennemies des habitants , qui furent tenus de payer la dirae de tous les fruits de la terre. L'autorité des califes d'Afrique n'était plus reconnue, bien qu'on réclamât leur intervention dans les discordes intestines, qui dégénérèrent souvent en guerre civile.

Un autre peuple vint se mêler aux vicissitudes des pays méridionaux. Le nom de Normanns, c'est-à-dire hommes du Nord , est resté à cette portion de Teutons ou Daces [Deutsch] qui occupèrent la péninsule Scandinave, tandis que leurs frères , établis sur les provinces romaines, s'appelaient Francs et Germains ; du reste, ils leur ressemblaient par le visage, la taille élevée, la noble prestance. Odin leur avait enseigné une religion superstitieuse et cruelle; à force de lutter contre une nature sauvage , leur caractère était devenu fier et féroce. Les périls faisaient leurs délices; les batailles acharnées, les tempêtes horribles, les voyages lointains, les dangers les plus graves , formaient leurs exercices et leurs divertissements. Dévoués à leur chef, ils affrontaient, sur un signe de lui, les glaces , les ours, les orages ; heureux s'ils trouvaient la mort dans leurs expéditions, parce que leur âme s'envolait au paradis pour vider des coupes de liqueur généreuse dans les bras des Walkiries, et les harpes des scaldes perpétuaient leur gloire.

Mourir sous le chaume paternel était une honte pour eux. Afin de suppléer à la stérilité de la terre natale, ils allaient en course, vendangeaient les vigne^ des autres, enlevaient les moissons des côtes, exerçaient la piraterie. Abordant au rivage, ils convertissent en flotte la première forêt qu'ils trouvent , et pénètrent dans des fleuves inconnus ; s'ils rencontrent des ponts, des écluses, des obstacles naturels , ils chargent leurs barques sur les épaules et passent outre. Parfois encore, sous la conduite du plus brave ou du plus entreprenant, après avoir co)isulîé les dieux, ils allaient fonder des colonies dansdes contrées lointaines ; ils partageaient entre eux les terres conquises, et, dans les assemblées ,

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