LES NORMANDS
délibéraient sur les intérêts publics , sous un chef qui était à la fois capitaine, juge, prêtre. Aussi rusés et chicaneurs que braves, ils pillaient et trafiquaient ; ils offraient leur courage à quiconque voulait le payer, épiant toutes les occasions de voler, de gagner, d'acquérir des terres dans le pays qu'on les avait appelés à défendre.
C'est ainsi qu'ils peuplèrent l'Islande et l'extrémité du Groenland ; peut-être même pénétrèrent-ils dans la Caroline de l'Amérique cinq siècles avant Colomb. Pendant deux siècles ils menacèrent l'Europe, au point qu'ils figurent dans l'histoire de toutes les nations, dont ils formèrent l'aristocratie guerrière. Quelques-uns fondèrent l'empire russe avec Ru rie; d'autres, avec Guillaume, soumirent l'Angleterre , et des bandes , sous le nom de Varanges , combattirent à la solde des empereurs de Byzauce ; d'autres enfin moltstèrent la France pendant longtemps, remontant les fleuves, a l'embouchure desquels ils fondaient des établissements , jusqu'à ce qu'ils obtinrent le duché qui, de leur nom, fut appelé L>ormandie.
Dans cette nouvelle irruption de barbares , on ne voyait pas un peuple entier, mais un petit nombre de guerriers sans femmes, qui épousaient celles des vaincus. Gaufrid Malaterra, leur compatriote , les dépeint ainsi : « Astucieux et vindicatifs , la « vengeance et la dissimulation sont héréditaires parmi eux; ils '< savent s'abaisser jusqu'à l'adulation, et se jettent dans tous les « excès, quand la loi ne les refrène point. Les princes étalent la '< magnificence aux yeux du peuple, et le peuple associe l'ava- « rice à la prodigalité. Avides de biens , ils méprisent ce qu'ils « ont, espèrent ce qu'ils désirent : armes, destriers , luxe de vê- « tements, chasses , faucons, sont leurs délices; le cas échéant , « ils supportent les rigueurs du climat, la fatigue et les priva- « lions de la vie militaire. »
Mais il n'était plus aussi facile de rançonner l'Europe depuis qu'elle se partageait entre mille barons , toujours prêts à défendre leurs domaines ; en effet , à tout passage de fleuve ou do montagne, se présentait un homme d'armes avec sa lance , son estoc et de gros chiens, pour arrêter le voyageur et réclamer le péage, si même il ne s'emparait de son bagage et de sa personne.
Les anciennes habitudes se modifiant sous l'influence des nouvelles idées qu'avait introduites le christianisme , les Normands s'en allaient , avec le bourdon et la cape du pèlerin , visiter la Terre-Sainte , Saint- Jacques de Galice , Saint-Martin de Tours,