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LES NORMANDS EN ITALIE

le pays. Peut-être, comme il arrive souvent, l'appel au peuple avait-il pour but de masquer leur intérêt personnel et leur mécontentement ; quoi qu'il en soit, les habitants de Bari , loin de les seconder, complotèrent de les livrer aux Grecs. Ils s'enfuirent donc à Ascoli, soulevée également ; mais ils ne se crurent en sûreté qu'à Bénéventet à Capoue. Là, méditant sur les moyens de soustraire leur patrie au joug des catapans grecs, ils s'adressèrent aux Normands, leur offrant de les prendre à leur solde. Une foule de leurs guerriers, séduits par tout cequ'Osmond leur faisait dire sur les délices du climat et la lâcheté des possesseurs, arrivent et repoussent les habitants encore idolâtres du mont Jou ( le Saint-Bernard) ; pourvus par Mélo d'armes et de chevaux, et réunis à des bandes lombardes qu'il avait rassemblées, ils marchent contre les Grecs. Leur bravoure triompha dans les premières actions; mais Basile Bougian, qui vint avec assez d'argent, après avoir élevé contre les révoltés Troja , Draconario , Fiorentino et d'autres forteresses , leur livra bataille près de Cannes et les battit si complètement que , sur trois mille Normands, il n'en survécut que cinq cents; Osmond périt lui-même (i). Mélo courut en Allemagne pour réclamer les secours de Henri II ; mais il y mourut, et l'empereur lui fit des funérailles royales. Datto, que la trahison livra aux Grecs , fut conduit sur un âne à Bari, puis jeté à la mer dans un sac de cuir ; c'était le supplice des parricides.

Les Sarrasins profitèrent de ces bouleversements pour recommencer leurs dévastations ; afin de les réprimer, l'empereur Constantin L\ fit une nouvelle tentative pour conquérir la Sicile ; à la ^Qry^ tête d'un grand nombre de Busses , de Vandales , de Turcs , de Bulgares, de Polonais, de Macédoniens, il prit Beggio et le détruisit. Les Grecs recouvrèrent tout ce qu'ils avaient perdu, châtièrent les villes et les peuples qui s'étaient soustraits à leur obéissance, et menacèrent Rome ; les papes alors firent prier Henri III de venir la sauver.

Les Normands, échappés au désastre de Cannes, n'avaient pas quitté laPouille; ils vendaient leur courage aux princes lombards ou aux abbés de Mont-Cassin. Sergius, duc de Naples, surpris et chassé par Pandolfe, prince de Capoue, dut à leur assistance d'être réintégré dans ses droits; pour les récompenser, il

(1) Et H Normant, liquel avaient été. (roiz mille, non retnaniiinatrent se non cine cent. AmÉ.

318 KAMILLE DE HAUTEVILLE.

douna la ville d'Aversa à Rainolfe, frère d'Osmoud, avec le titre de comte sur un territoire que se disputaient les deux duchés. Cette colonie devint une puissance au milieu de populations opprimées. Les succès de leurs frères attiraient chaque année d'autres Normands en Italie. Tancrède, gentilhomme banneret de la basse Normandie, après avoir combattu sous les drapeaux de Robert le Diable, vieillissait au milieu de ses douze fils dans le château de Hauteville. Peu favorisés du côté de la fortune, ses enfants voulurent essayer de s'enrichir par les armes, et, après avoir io«. réuni quelques compagnons, ils se rendirent en Italie comme pèlerinset guerriers. Guaimar IV, prince deSalerneetde Capoue, eut recours à leurs bras pour soumettre Amalfi et Sorrente. D'autres fois, ils servaient les Grecs ; car ils n'étaient mus, ni par le devoir ni par la fidélité, mais par l'appât de la solde.

Aboulafar et Aboucab, gouverneur de la Sicile, se firent la guerre, et Aboulafar, vaincu, réclama les secours de Michel le Paphlagonien. Heureux de cette occasion, l'empereur grec expédia George Maniokis, vaillant capitaine , qui , après avoir réuni autant de Lombards et de Normands qu'il put, passa en Sicile et prit Messine et Syracuse. Les Arabes, avec les auxiliaires d'Afrique, mirent sur pied environ cinquante mille combattants; Maniokis, cependant, les battit près de la rivière Remata, s'empara de treize villes, et peut-être aurait-il délivré l'ile entière, s'il n'eût pas mécontenté ses propres alliés.

Guillaume Bras-de-fer, Drogon et Humfroi, fils de Tancrède de Hauteville, chefs delà colonie militaire normande, déployèrent un grand courage dans cette expédition ; mais, lorsqu'il s'agit de partager le butin, ils ne purent rien obtenir de l'avarice loM grt'cque. Les Normands irrités interrompent la guerre, retournent sur le continent, abordent à Re<:gio de Calabre, et se mettent à ravager les possessions des Grecs, avec le projet de leur enlever la Rouille et la Calabre. Ils comptaient à peine sept cents cavaliers et cinq cents fantassins, lorsqu'ils se trouvèrent en face de soixante mille Impériaux commandés par le brave Docéan; le héraut leur ayant offert l'alternative de se retirer ou de combattre, « Combattre I » s'écrièrent-ils tous, et un Normand, d'un coup de poing, étendit mort à terre le cheval du hé- \QU\. raut. La plaine de Cannes vit encore une fois la défaite des Romains, auxquels il ne resta que les places de Bari, d'Otrante, de Brindes et de Tarente. La nécessité remit en faveur Maniokis, qui, dans la plaine de Dragina, battit les Arabes et versa le sang

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