GUILLAUME BRAS DE FER
verge de la justice, et de terminer les différends avec loyauté ; en même temps, il reçut des indigènes le gonfalon du commandement.
Cette féodalité entre deux empires ne pouvait vivre et se consolider que par la valeur personnelle de cette poignée de braves. Aux yeux des Italiens, ils n'étaient que des barbares et des aventuriers ; ils dépouillaient le peuple à l'envi , et le pape ne pouvait les réprimer ; néanmoins, avec leur caractère flexible et rusé, ils voulurent obtenir un appui moral , et Guillaume demanda à 10*6. l'empereur Henri IH le titre de comte de la Fouille et l'investiture. Il l'obtint, et Drogon, son frère et son successeur, fut confirmé dans les mêmes prérogatives ; les Normands reçurent en outre le territoire de Bénévent, excepté la ville, assignée au pape en échange de ses droits sur l'église de Bamberg que lui avait donnée Henri F"". Les douze comtes, bien qu'ils fissent hommage, tantôt aux Grecs, tantôt aux Latins, ne se fiaient qu'à leur bonne épée ; du reste, personne ne croyait en eux, et ils ne croyaient en personne. Aujourd'hui ils se battaient entre eux ; demain ils se liguaient contre un ennemi, et ils considéraient comme tel quiconque possédait une jolie femme, un bon cheval , une armure ou une terre qu'ils désiraient. Lacourde Constantinople, après avoir inutilement tenté d'attirer, par de larges promesses, cette poignée de braves sur les frontières de la Perse pour combattre ses ennemis, permit à Argyre de Baride leur nuire par tons les moyens possibles, et même de tramer une conspiration pour les assassiner 1051. tous à la même heure; beaucoup périrent en effet, et Drogon lui-même fut égorgé dans l'église de Moutoglio ; mais Humfroi, son frère et son successeur, vengea les siens.
Dans leurs incursions, ils ne respectaient ni les biens des églises ni ceux des pontifes; le riche monastère de Mont-Cassin souffrait tant de leurs dévastations que l'abbé avait résolu de le transférer ailleurs. Bainolfe, comte normand, avec plusieurs guerriers, gravit un jour cette délicieuse hauteur; mais, comme la crainte de quelque violence avait jeté les moines dans la consternation, il laisse hors de l'église les armes et les chevaux , entre dans le sanctuaire et se met à prier. Les moines, résolus à un coup de main, ferment le temple, montent sur les chevaux des Normands, font sonner le tocsin dans les campagnes, et, à la tête des paysans accourus, il assaillent les Normands désarmés qui invoquent en vain la sainteté de l'asile, violé tant de fois par euxmêmes. Beaucoup périrent, et le comte, fait prisonnier, dut se ra-