GUILLAUME BRAS BE FER
cheter en restituant toutes les possessions qu'il avait usurpées (il.
Les papes faisaient entendre leurs plaintes habituelles contre les Normands , qu'ils accusaient de massacrer et de tourmenter les malheureux habitants, sans épargner ni les femmes ni les enfants ; de dépouiller les églises et de fermer l'oreille à toutes leurs exhortations. Léon IX obtint contre eux, de Henri III, une grosse bande, commandée par Godefroy de Lorraine, qui d'ailleurs s'en retourna bientôt, ne laissant qu'environ cinq cents hommes. Formant une petite armée avec ce corps et d'autres auxiliaires, clercs ou laïques, enrôlés en Italie au delà des Alpes, Léon, en personne, marcha contre les INormauds, bien que Pierre Damien et d'autres sages fussent d'avis qu'un pontife ne doit employer que les armes spirituelles. Les chefs normands lui firent proposer la paix, avec promesse de lui rendre hommage pour leurs domaines (2) ; mais le pape, cédant aux conseils des Allemands, qui méprisaient cette poignée d'hommes , leur répondit qu'il ne traiterait qu'à la condition qu'ils évacueraient l'Italie. Les Normands alors, avec trois mille cavaliers et quelques fantassins, tous gens habitués aux armes, livrèrent bataille près de Civitella, dans la Capitanate, mirent en déroute les troupes indisciplinées du pape et le firent prisonnier lui-même. Après l'avoir battu sous les armes, ils l'adorèrent vaincu, et lui demandèrent pardon de leur victoire, le suppliant d'accepter leur hommage pour toutes leurs possessions actuelles et pour toutes celles qu'ils acquerraient en deçà comme au delà du Phare. Léon ne se fit pas prier; ainsi la défaite valut à ce pontife des avantages qu'il n'aurait pas trouvés dans une grande victoire, puisqu'il obtenait sur un pays la suprématie à laquelle il n'avait jamais prétendu. Argyre, qui avait secondé l'entreprise papale, fut blessé ; puis la disgrâce le rendit suspect à l'empereur de Byzance, qui l'envoya en exil, où il mit fin à ses jours; sa mort délivra d'un ennemi obstiné les Normands, qui soumirent alors toutes les villes de la Fouille.
Robert, dit Guiscard, c'est-à-dire le rusé , avait concouru aux victoires remportées par Hurafroi, son frère : au dire de Guillaume de la Fouille, c'était un homme de haute stature, d'une vigueur extrême, avec de larges épaules , de longs cheveux, une barbe
(1) Léo Ostiensis, liv. ii. ch. 71.
(2) Mandèrent messaige à lo papa, et cerchoient paiz et concorde, et promet toient chascuns an de romen censé et tribut à la saincte Église^ AriHR.
18 mai.
fObi.
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couleni- delin, des yeux flamboyants, une voix de tonnerre ; il maniait l'épée d'une main, et la lance de l'autre ; il était plus rusé quUlysse, plus éloquent que Cicéron. Il vint en pèlerin de Nor mandie, suivi seulement de cinq cavaliers et de trente fantassins ; sa pauvreté primitive le rendait avide de biens , frugal pour lui, généreux envers les autres. Trouvant ses compatriotes en possession de tout, il prend à sa solde des aventuriers italiens et fait la guerre de partisan ; tandis que son frère Humfroi soumettait la Fouille à sa domination, il se jette sur la Calabre, courant et pillant, aujourd'bui très-riche, demain affamé , bientôt renommé poul- sa bravoure parmi ises compatriotes si braves. Humfroi en devint jaloux, et, l'ayant surpris pendant un banquet, il fut sur le point de le tuer; puis, après une réconciliation , il reconnut toutes les conquêtes qu'il avait faites. A sa mort, Guiscard hérita de toutes ses possessions.
Le pape Nicolas II, qui l'avait excommunié pour ses violences, touché de sa docilité, le réintégra dans le sein de l'Église; puis, comme il ne le voyait pas satisfait de son titre de comte, il lui conféla celui de duc de la Fouille, de là Calabre et de tout ce qu'il pourrait enlever, en Italie et en Sicile, aux Grecs ou aux 1039. Sarrasins ; à ses yeux, les premiers étaient frappés de déchéance comme schismatiques, et les autres, comme infidèles. Afin de témoigher sa reconnaissance au pontife, Guiscard se déclara, lui, ses héritiers et ses successeurs les vassaux du saint-siége, avec obligation de lui fournir des troupes au besoin , et de lui payer douze deniers de Favie par chaque paire de bœufs (1).
(1) Robertum donat Nicolaus honore ducali,
Unde sibi Calaber consensus et Apulus omnis.
(Guillaume de la Fouille.)
Le serment qu'il prêta au pape (Baronius, ad. an. 1069, n» 70), est le premier exemple certain des rois vassaux du saint-siége :
Ego Robertvs, Dei gratia et snnct'i Pétri, dux Apiilia: et Calabrise, et utrnqtie subveniente, futurus Sicilise ; ab hac horn et deinceps ero fidelis s. romanœ Ecclesiœ, et tibï domino meo Nicolao papa'. In consilio mit facto, unde vitam aut membrum perdus, aut captus sis mala captione, non ero. Consitinm qxiod miki credideris, et contradices ne illud maiiifcstem, non manifestabo ad tuum damniim, me sciente. Sanctee romanse Ecclesiœ ubique adjutor ero, ad tenendum te et ad acquirendum regalia s. Pétri, ejusqiie possessiones, pro nieo passe, contra omnes homines; et adjuvabo le ut secnre pi honortfice teneas papatnm romanum, ierramqne sancti Pétri et principalum; nec invadere nec acquirere quasram, nec eiican deprsedari preesumam, absque tua, iuorumqkie successormn, qui ad honorent sancti Pétri intraverint, certa licentia, prxter
ROBERT aUISCARD. (fÛH
Cet acte doit fixer l'attention du lecteur, s'il veut apprécier la justice ou du moins la légalité de la conquête normande et de la suprématie pontificale. Ainsi se créait un grand fief, qui, selon la loi de l'empereur Conrad, devait passer aux fils et aux petitsfils, et relever du pape , comme le duché de Normandie relevait du roi de France.
Capitaines et soldats élevèrent sur le pavois Robert, qui cessa dès lors d'être leur égal pour devenir leur prince ; mais l'opposition de ses neveux, qu'il avait dépouillés, et des autres barons, ennemis de toute supériorité, épuisa les forces dont il aurait eu besoin pour affermir sa nouvelle domination.
Guiscard, néanmoins, parvint à enlever aux Grecs Reggio, io7(. Squillace , Brindes , Gallipoli, et , malgré les secours venus de l'Orient, Bari même, leur dernière possession dans la Grande- Grèce. Il eut également le bonheur de soustraire Capoue aux ducs ; puis, sur l'invitation des Amalfitains, il attaqua Salerne, une des plus belles villes d'alors, et renommée pour son école de médecine qui attirait des malades de toutes parts. Après un siège terrilile, il la prit , et Amalfi eut le même sort. Ainsi finissait la domination lombarde cinq cent neuf ans après qu'Alboin eût planté sa lance sur le sol italien. Guiscard assiégea aussi Naples et Bénévent, se moquant des excommunications papales ; enfin Didier, abbé de Mont Cassin, un des saints personnages les plus fameux de l'époque, fit suspendre les hostilités.
Robert était parvenu si haut sur l'échelle de la gloire que partout on ambitionnait des alliances avec sa famille ; le marquis Azzo, chef de la maison d'Esté, Raymond, comte de Barcelone, l'empereur de Constantinople et celui d'Occident lui de mandèrent ses fi>lles pour les marier à leurs fils. Enorgueilli de ses
illam quant tu mihi concèdes, vel fui concessttri sunt successoie.s. Pensionem de terra sancti Pétri quam ego feneo aut tenebo, sicut statutttm est, recta fide studebo ut illam annuulHer romanu habeat Ecclesia. Omnes quoque eccteslas, qux in mea persistunt dominatione, ciim earum possessionibus, dimittam in tua potes tate , et defensor ero illarum ad fidelitatem s. romanœ Ecclesiœ. Et si tu vel tui successores ante me ex hac vita migraveritis, secundum quod monitiis fuero a melioribus cardinalibus, clericis, romanis et laicis, adjuvabo ut papa eligutur et ordinetur ad honorem s. Pétri. Hicc omnia siiprascripta ohservabo sanctx romanx Ecclesia.' et tibi cum recta fide; et hanc fidelitatem observobo tuis successoribus ad honorem s. Pétri ordinatis, qui milii firmaverint investituram a te mihi concessam. Sic me Deus adjuvet et fixe sancta evangelia.