‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 230 sur 365 · PRIVILEGE DE SUTRI · texte numérisé non relu

PRIVILEGE DE SUTRI

d'en exiger l'hom mage lige. Pour soutenir ses prétentions, il franchit les Alpes ; très-mal accueilli en Lombarclie, excepté à Milan, et pourvu d'hommes et d'argent par les villes , il détruisit Novare *J^^^■ et d'autres places qui lui fermaient leurs portes. A Roncaglia, il passa en revue trente mille hommes d'élite à cheval, outre les Italiens; il se dirigea sur Pontremoli, qu'il dut prendre de force, et ruina Arezzo. Il arrêtait tous les prêtres et les moines qu'il trouvait ou les chassait des églises et des couvents , ce qui le fit appeler l'exterminateur de l'Italie. C'est ainsi qu'il arriva jusqu'à Sutri.

LaRomagne était toujours bouleversée; Etienne Corso, après avoir soulevé les contrées maritimes, s'était fortifié dans Ponte- Celle et à Montalto, où le pape dut l'assaillir. Rome elle-même, malgré la rentrée du pape, ne jouissait d'aucune tranquillité : tous les jours des tumultes, des pillages, des meurtres ; une faction se tenait en armes vers Anagni, Palestrina et Tusculum ; une autre soulevait la Sabine , et Pierre Colouna , avec l'abbé de Farfa, interceptait les communications du côté du territoire napolitain. Pascal eut beaucoup de peine à recouvrer les places du patrimoine de Saint-Pierre ; à la nouvelle de l'arrivée de Henri V, il se fit promettre par les ducs de la Pouille et ses propres barons qu'ils le défendraient au besoin. Néanmoins il avait plus de confiance dans les démarches qu'il fit auprès de l'empereur; mais, comme Henri refusait de se désister d'aucun des Ldroits exercés par ses prédécesseurs, Pascal, qui désirait aplanir les dif- <<'•• Acuités à tout prix , résolut de faire la plus grande des concessions : il proposa donc la cession par les ecclésiastiques de tous les domaines temporels , avec les vassaux et les châteaux qu'ils avaient reçus de l'empereur, sauf à retenir les dîmes et les terres données par des particuliers , à la condition que l'empereur renoncerait au droit immoral des investitures.

Henri ne laissa point échapper une si belle occasion de restituer à la couronne tant de fiefs concédés par les rois aux ecclésiastiques lorsqu'il importait d'en faire un contre-poids aux seigneurs laïques; l'accord fut donc conclu, et les otages donnés, sauf l'approbation de l'Église et des princes de l'empire.

Le désintéressement le plus complet, le désir d'extirper le mauvais grain et le souvenir de la pauvreté apostolique déterminaient Pascal à renoncer pour l'Église à tous les biens temporels; mais il ne songeait pas à l'impossibilité de dépouiller tant de seigneurs ecclésiastiques, ni au mécontentement qu'éprouveraient les nobles laïques en voyant tarir cette source de positions pour

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